Paris, le vendredi 23 mars 2007 – Si l’on ne
devait juger l’action du ministre de la Santé que sur sa seule
aptitude à réconcilier les professionnels de santé et à effacer les
crispations qui subsistent parfois entre les infirmières et les
médecins, force serait de constater que son échec est total. Xavier
Bertrand quitte en effet son ministère au lendemain d’un accord
entre l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM) et
les syndicats médicaux, en faveur duquel il s’est largement
prononcé et qui offre une nouvelle revalorisation aux médecins
généralistes d’un euro au mois de juillet 2007 et promet des
perspectives aussi heureuses pour 2008. L’UNCAM s’était pourtant
longtemps montrée hostile à une telle hausse du C, arguant
notamment que des négociations en vue d’une augmentation des tarifs
des infirmières et des kinésithérapeutes étaient parallèlement en
cours. Les réticences du directeur de l’UNCAM, Frédéric Van
Roekeghem n’auront pas été entendues et les infirmières semblent
devoir aujourd’hui payer les frais de cette volonté affichée du
ministre d’entendre avant toutes autres les revendications des
médecins généralistes. Dans une colère qui ne saurait prendre en
considération les raisons potentiellement légitimes des aspirations
des omnipraticiens, les infirmières ne cachent pas aujourd’hui
combien cette différence de traitement leur semble relever d’une
vive injustice. Dans un communiqué commun diffusé ce mercredi 21
mars, la Fédération nationale des infirmières (FNI), l’Organisation
nationale des syndicats d’infirmiers libéraux (ONSIL) et le
Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL)
réunis au sein d’une intersyndicale, qui affirme représenter 85 %
de ces professionnelles, compare avec indignation : « Les infirmières libérales ont
reçu ce jour pour solde de tout compte une promesse d’augmentation
d’à peine 5 % après cinq années de blocage sur leurs actes et de
vingt cinq années sur les majorations de dimanche, alors que les
médecins ont vu leurs honoraires progresser de 25 % sur ces 5
dernières années ».
Les infirmières voulaient être logées à la même
enveloppe budgétaire que les généralistes
Sans plus se perdre dans ce jeu souvent cruel
et inadapté des comparaisons, il convient cependant de rappeler
combien les revendications présentées patiemment par
l’Intersyndicale depuis le 12 décembre dernier ne semblaient guère
empruntes d’une quelconque démesure. Rappelant qu’entre 1992 et
2003, le tarif de l’Acte médical infirmier (AMI) qui atteint
aujourd’hui 2,90 euros n’a progressé que de 25 %, les infirmières
attendaient une nouvelle augmentation de 40 centimes, soit de près
de 14 %. Leurs revendications concernant l’indemnité forfaitaire de
déplacement, dont la progression au cours des quinze dernières
années a été de 39 % ne se sont guère révélées plus
ambitieuses : exigeant 30 centimes d’euros supplémentaires
(soit un passage de 2 à 2,30 euros), l’Intersyndicale envisageait
ainsi une hausse de 15 %. Enfin, les actes infirmiers de soins
(AIS) dont le tarif est aujourd’hui de 2,40 euros et qui n’a
augmenté que de 9 % depuis 1992 réclamaient selon les trois
organisations une hausse de près de 21 %, soit cinquante centimes
d’euros. Le cumul de ces différentes revalorisations représentait
pour l’assurance maladie une enveloppe de 531 millions d’euros sur
une année pleine, soit une charge comparable au passage de 21 à 23
euros du tarif de la consultation des omnipraticiens. Face à ces
revendications, les infirmières n’auront donc obtenu de Frédéric
Van Roekeghem que la promesse d’une revalorisation de 5 % de leurs
différents tarifs, une augmentation dont il a cru bon de préciser
qu’elle « serait
imputée sur l’Objectif national des dépenses d’assurance
maladie pour
2008 ».
Rupture des négociations
Face à l’ intransigeance apparente du directeur de l’UNCAM,
l’Intersyndicale a rompu les négociations avec l’UNCAM avant même
qu’une nouvelle réunion prévue le 27 mars ne permettre d’aborder
frontalement la question des augmentations tarifaires. Plutôt que
de participer à cette rencontre, à laquelle ne se dérobera pas
Convergence Infirmière, les trois organisations préparent une
grande journée d’action nationale. La date du 17 avril n’a pas été
choisie au hasard mais sans doute un peu tardivement puisqu’elle
est celle de l’anniversaire de Xavier Bertrand, qui ne sera plus à
cette heure en charge du dossier.
A.H.
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