A Mexico, l’Amérique latine est invitée à jeter un nouveau regard sur le sida et l’homosexualité

Mexico, le mardi 5 août 2008 – La valse des bras et des corps, le mélange étourdissant du rouge et du blanc des danseurs et le passage en trombe des tambours et des grandes marionnettes mexicaines donnent un parfait reflet de l’image festive attachée partout à travers le monde à l’Amérique du Sud. Alors que la conférence internationale sur le Sida est accueillie pour la première fois dans un pays d’Amérique latine, Mexico a tenu à se montrer à la hauteur de cet honneur en organisant une somptueuse fête pour l’ouverture, dimanche, de la réunion qui s’achèvera vendredi. Mais au-delà de la beauté du folklore, le choix de l’Amérique latine ne s’est pas fait au hasard : il est destiné à éveiller les consciences d’une région où la lutte contre le Sida est très contrastée. S’il est souvent cité en exemple pour son excellente gestion de l’épidémie sur son territoire, le Brésil est loin de refléter la situation qui prévaut dans les autres pays d’Amérique latine où la lutte contre le virus a souvent été négligée face aux nombreux autres enjeux économiques, sociaux et politiques qui bouleversent les états de la région. Ces derniers mois, à la faveur peut-être de la préparation de la conférence de Mexico, les gouvernements de plusieurs pays ont semblé souhaité rompre le silence. C’est ainsi tout d’abord qu’a eu lieu la quatrième réunion de la Coalition des Premières dames et des femmes dirigeantes d’Amérique latine pour les femmes en mars dernier. Cette manifestation a notamment été l’occasion de présenter un système de microcrédits dédié aux femmes séropositives. Surtout, en juin dernier, lors de la session extraordinaire de l’ONU dédiée au Sida, le discours des représentants latino-américains et caribéens semblait témoigner de l’émergence d’une nouvelle prise de conscience. « Aucun autre problème ne pèse aussi lourdement sur l’avenir de notre peuple que l’infection par le VIH » avait ainsi annoncé, solennellement, l’émissaire péruvien.

Homophobie

Aujourd’hui, selon les derniers chiffres publiés par l’ONUSIDA, 1,7 millions de personnes vivent avec le Sida en Amérique latine, tandis que le virus a tué 63 000 personnes l’année dernière. Si comme sur le reste de la planète, la région a connu ces dernières années une forte féminisation de l’épidémie, les contaminations restent très nombreuses chez les homosexuels. La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle est souvent mal connue : l’ONUSIDA parle « d’épidémies cachées de VIH » chez les homosexuels masculins dans plusieurs pays d’Amérique centrale. Par ailleurs, « les rapports sexuels entre hommes restent la principale voie de transmission du VIH en Bolivie, en Colombie, en Equateur et au Pérou ». Alors qu’ils devraient être au cœur des opérations de prévention, les homosexuels demeurent cependant souvent l’objet de stigmatisations et discriminations. La grande manifestation qui a précédé l’ouverture de la conférence a d’ailleurs réuni des milliers de personnes et notamment de nombreux citoyens d’Amérique latine derrière une banderole où l’on pouvait lire : « Marche internationale contre les stigmatisations, les discriminations, l’homophobie ». Là encore, les gouvernements font de plus en plus entendre leurs voix sur ces questions. C’est ainsi qu’a été lancé en 2004 au Brésil un programme intitulé : « un Brésil sans homophobie », tandis qu’une campagne nationale contre l’homophobie a également été proposée récemment au Mexique. Au Bahamas, les lois anti-sodomie viennent d’être abrogées et au Pérou, le gouvernement a renforcé le « système de déclaration et le processus de réparation des violations (…) en cartographiant les déterminants de la stigmatisation et de la discrimination envers les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les professionnel(le)s du sexe et les détenus », indique le rapport de l’ONUDISA.

Grandir sans violence

Si les appels contre l’homophobie étaient dans la rue à quelques heures de l’ouverture de la conférence, ce thème était également au cœur des premiers discours des responsables officiels. Répondant au slogan « Agir partout, maintenant », ils ont non seulement rappelé l’importance de cesser les discriminations à l’encontre des homosexuels séropositifs mais plus largement à l’encontre de tous les malades. « C’est le virus qu’il faut combattre, non pas les gens qui vivent avec le sida », a ainsi martelé le président du congrès Pedro Cahn. Le secrétaire générale de l’ONU, Ban Ki-moon, a pour sa part rappelé que la discrimination était un véritable frein à la lutte contre le Sida et a lancé : « J’appelle tous les gouvernements à lutter contre la discrimination, l’exclusion et l’homophobie ». Mais au-delà de ces messages officiels, l’appel le plus vibrant contre l’exclusion liée au Sida a été lancé par une jeune fille hondurienne, âgée de douze ans et séropositive depuis la naissance. Longuement applaudie par toute l’assemblée composée de 22 000 personnes, Karen Dunaway Gonzalez a confié : « Je veux être chanteuse, mais réaliser ces rêves ne sera possible que si les médicaments sont garantis, que si l’on nous accepte dans les centres éducatifs et que si l’on nous laisse grandir sans violence, stigmatisation ou discrimination ».

 

Le site de la Conférence internationale sur le Sida : http://www.aids2008.org/

M.P.

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