Qui bénéficie de l’AME ?

Paris, le mercredi 13 août 2008 – C’est un dispositif qui crée en France autant de fierté que de polémiques. L’Aide médicale d’Etat (AME) qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier de soins gratuits, confirme la générosité du système de soins français. Cependant, cette générosité elle-même n’a pas manqué d’être souvent critiquée pour son caractère potentiellement dispendieux et pour les détournements éventuels qu’elle pourrait susciter. Loin de ces considérations, la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) vient de publier une étude destinée à mieux connaître les bénéficiaires de l’AME.

L’Afrique subsaharienne sur représentée

L’enquête révèle tout d’abord que les bénéficiaires de l’AME sont souvent jeunes : âgés de 20 à 39 ans dans 70 % des cas, ils résident pour 60 % d’entre eux en France depuis moins de cinq ans, bien qu’une proportion non négligeable (un tiers) affirme être présente sur le territoire français depuis plus de cinq ans, voire (pour 7 % des personnes interrogées) depuis plus de dix ans. Dans cette première approche, l’étude met en évidence que si les personnes recevant un titre de séjour sur le territoire Français sont ces dernières années majoritairement originaires du Maghreb (44 %), les bénéficiaires de l’AME viennent a contrario plus souvent d’Afrique subsaharienne (une personne sur deux) que des pays du Maghreb (17 %).

Un niveau d’étude souvent élevé

Plus surprenante est la révélation que les personnes titulaires de l’AME affirment avoir atteint un niveau d’étude souvent élevé : c’est ainsi que « seulement » 17 % des personnes interrogées (selon l’expression de la DRESS) n’ont jamais été scolarisées et que 30 % ont suivi des études supérieures. De même, il ne s’agit pas d’une population majoritairement inactive : huit hommes sur dix affirme avoir un emploi et six femmes sur dix font la même déclaration. Leur situation n’en reste pas moins précaire : dans la très grande majorité des cas, les bénéficiaires de l’AME n’ont pas de logements propres et vivent dans un foyer, un centre d’accueil, un hôtel quand ils n’ont pas la chance de pouvoir être accueilli par leur famille ou leurs amis.

Contrôle de police

Enfin, les données concernant l’accès aux soins des bénéficiaires de l’AME ne manquent pas d’être préoccupantes. Les renoncements aux soins sont fréquents : 38 % des hommes et 21 % des femmes ont choisi de ne pas consulter, principalement pour des raisons financières, au cours des 12 derniers mois. Chez certains sujets (4 %), cette attitude était liée à la crainte d’être contrôlé par la police lors de leurs recours aux systèmes de soins. Par ailleurs, si dans la population générale, les renoncements concernent presque exclusivement les soins d’optique ou dentaires, chez les titulaires de l’AME, ils concernent des soins de premier recours. On soulignera pour finir que « plus d’un bénéficiaire de l’AME sur trois a expérimenté un refus de la part d’un professionnel de santé le plus souvent un médecin ou un pharmacien », alors que l’on estime que 15 % des titulaires de la CMU se sont déjà heurtés à de tels refus.

A.H.

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