Paris, le jeudi 18 septembre 2008 – Constater l’augmentation de
la fréquentation des services d’urgence est presque devenu une
marotte tant éditoriale que politique. Cette tendance serait
notamment le fait de patients dont l’état de santé ne justifie
nullement une prise en charge immédiate dans un service
hospitalier. Si l’observation est fréquente, rares sont ceux qui
ont souhaité en savoir d’avantage sur ces patients qui se rendent
aux urgences sans y être adressés par un praticien. Le docteur Joël
Ladner et ses confrères du département d’épidémiologie du CHU de
Rouen se sont intéressés de plus près à ces patients «
auto-référés » qui représentent 70 % des « usagers vus
dans les services hospitaliers d’urgences » selon une enquête
nationale publiée en 2002. Leurs résultats publiés en
janvier ont été présentés la semaine dernière à l’occasion du
Congrès international d’épidémiologie.
Plus jeunes, plus actifs et avec un niveau d’éducation
plus élevé
L’étude a été réalisée entre juillet 2003 et mars 2004 dans
quatre établissements de Haute Normandie. Trois cent cinquante
malades (de plus de 18 ans) ayant consulté les urgences de leur
propre chef ont été inclus et divisés en quatre groupes. Les
premiers (35,4 %) ont indiqué s’être rendus directement à l’hôpital
en raison de la facilité de cette démarche, les seconds, moins
nombreux (23,1 %) ont affirmé que leur médecin traitant était
indisponible, tandis que l’on trouvait dans un troisième groupe
(19,2 %) des patients ayant consulté quelques temps auparavant un
praticien libéral mais qui s’inquiétaient de la persistance de
leurs troubles et dans un dernier ensemble (22,3 %) des malades
conduits aux urgences par leur famille ou les pompiers. L’un des
éléments les plus saillants de l’étude de l’équipe de Joël Ladner
est de révéler que le premier groupe (124 patients) différait
significativement des trois autres par l’âge moins élevé des
malades qui était de 34,1 ans en moyenne (entre 40,2 et 42,4 ans
pour les autres patients). Par ailleurs, ces patients ayant choisi
les urgences pour leur « commodité » avaient plus souvent une
activité professionnelle que les autres (75,8 %, contre 62,5 à 71 %
dans les trois autres groupes). Les auteurs signalent également que
leur niveau d’éducation était souvent plus élevé : 41,9 % d’entre
eux ont indiqué avoir le baccalauréat ou un diplôme plus important
encore, contre 28,7 % des malades ayant indiqué que leur médecin
n’était pas disponible et 38,7 % des patients accompagnés par leur
famille ou les pompiers. Cependant, parmi les patients s’inquiétant
d’une persistance de leurs troubles, la proportion de ceux ayant au
moins le bac était plus importante (43,1 %). Sans surprise, ces
patients ayant le plus directement recours aux urgences avaient
également moins souvent un médecin traitant (90 % contre une
moyenne de 96 % dans les trois autres groupes). Le fait d’avoir un
médecin traitant ne les empêche d’ailleurs nullement d’ignorer
fréquemment le système libéral : « Dans les six derniers mois,
ils ont plus souvent consulté un service d’urgences qu’un médecin
généraliste libéral » indiquent Joël Ladner et son équipe. En
première intention, 69,2 % des patients arborant le premier type de
profil déclarent consulter d’abord leur médecin traitant, contre
une moyenne de 83,2 % dans les trois autres groupes. Les personnes
consultant les urgences par facilité et celles amenées par les
pompiers ou leurs proches sont également beaucoup plus nombreuses à
penser au pharmacien en première intention (une moyenne de 20,8 %
contre 11,3 % chez les autres usagers).
Peu d’améliorations en vue
Ces résultats forcent à observer d’un œil différent le phénomène
d’augmentation de la fréquentation des services d’urgences, qui est
en partie lié à la hausse du nombre des patients « auto-référés ».
Pour les auteurs de l’étude, leurs observations mettent en évidence
certaines failles du système de médecine libérale qui « a
concentré, avec succès, ses efforts sur certains profils de
clientèle (personnes âgées, inactifs ayant du temps) et a négligé
une population ayant des contraintes de travail et de temps. Au
cours des années, le créneau d’accès à son médecin traitant s’est
réduit (…) et cette réduction va certainement encore
s’accentuer ». Constatant par ailleurs que la petite
traumatologie est « la principale cause de venue aux urgences »,
notamment chez les patients du premier groupe (71,8 % des cas), ils
remarquent que bien que la médecine de ville aurait certainement pu
prendre en charge la plupart des pathologies bénignes, « elle
aurait été non concurrentielle aux urgences en termes de rapidité
et de souplesse ». Soulignons enfin qu’après leur passage aux
urgences, 13 % des patients auto-référés ont été hospitalisés et
c’est évidemment dans le premier groupe de malade que la proportion
d’hospitalisation est la plus faible (7,4 %). Cependant, si dans
moins d’un cas sur deux le médecin des urgences interrogé a estimé
que la venue du patient était justifiée, aucune différence
significative n’a pu être établie entre les quatre groupes.
A.H.
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