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Le côté obscur du désir de blancheur

Publié le 04/11/2009 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mercredi 4 novembre 2009 – A l’heure où certains mettent en avant le concept « d’identité nationale », une campagne lancée hier par la Mairie de Paris pourrait faire naître sur ce sujet de l’identité d’autres interrogations. La ville lumière a en effet choisi d’organiser une opération de sensibilisation face aux dangers qu’encourent les femmes noires cherchant par tous les moyens à dépigmenter leur peau. Sur les raisons de cette course à la blancheur, les explications divergent, mais beaucoup renvoient à des personnalités mal dans leur peau. Certains comme le psychologue Ferdinand Ezembe assure que : « Cette attitude des noires par rapport à la couleur de leur peau, procède d’un profond traumatisme post-colonial. Le blanc (…) reste inconsciemment un modèle supérieur ». Sans évoquer cette analyse historico-dermatologique, le docteur Camille Fitoussi, auteur de « Peau noire, cosmétologie et dermatologie » interrogée sur le site Le Post.fr donne pour autant un élément d’appréciation très politique du phénomène en indiquant : « Ce problème ne touche pas les Antillaises ». Au-delà de ces considérations communautaires, lorsqu’on les interroge sur ce qui les pousse à utiliser des crèmes souvent dangereuses pour éclaircir leur teint, les adeptes de cette pratique évoquent les discriminations à l’embauche que connaissent les noires. Le docteur Khadi Sy Bizet, auteur du « Livre de la beauté noire » relativise cependant la portée de l’argument : « Quand certaines femmes me tiennent de tels propos, je leur réponds qu’avec leur nom et leurs traits, elles ont beau avoir éclairci leur peau, elles restent des Africaines aux yeux des recruteurs » explique-t-elle citée par La Croix. Pour cette spécialiste, si les femmes souhaitant blanchir leur peau ont sans doute des difficultés à faire face « à une hiérarchie sociale qui tend vers le clair », c’est avant tout dans le but de séduire les hommes qu’elles franchissent le pas.

Hydroquinone et corticoïdes

Cette thématique de la séduction est d’ailleurs celle qui a été retenue par le slogan de la campagne de la Mairie de Paris qui exhorte : « Séduire : oui, se détruire : non ». Face à ce qui est considéré comme un véritable problème de santé publique par l’adjoint PS Jean-Marie Le Guen et qui concernerait selon la municipalité (et en l’absence de données précises) entre 10 à 15 % des jeunes filles de couleur noire de la capitale, la Mairie décline son message à travers des affiches, une BD intitulée « Beauté d’ébène » et des brochures. Distribuées auprès des professionnels de santé, dans les centres sociaux et par les associations présentes dans les trois arrondissements les plus concernés (10e, 18e et 19e), ces dernières font le point sur la dangerosité des produits. Vendus sur internet, à la sauvette ou dans les arrières boutiques de certains salons de coiffure, ces crèmes prétendument miracles contiennent en effet souvent de l’hydroquinone, un composé organique aromatique apparenté au phénol, utilisé comme dépigmentant, mais interdit depuis 2001 dans toute l’Union européenne. Elles peuvent également être dotées d’un « ingrédient appelé clobétasol (NDLR : un corticoïde puissant) qui est très utile pour traiter certaines maladies de peau (…) mais très dangereux quand on s’en sert comme d’un cosmétique sur une peau normale » explique le document. Ces cocktails détonants et les mélanges maisons fréquents entraînent des effets souvent délétères telle l’apparition d’une acné sévère, de tâches noires, de vergetures ou encore d’abcès. Aussi les appels à la prudence sont-ils martelés. En introduction, le docteur Antoine Petit qui tient depuis quatre ans à l’hôpital Saint Louis une consultation dédiée aux femmes marquées par les produits dépigmentant rappelle : « Ne nous laissons pas entourlouper par les vendeurs de promesses impossibles, de rêves et d’illusions, par les publicités qui nous prennent pour des enfants. La vérité, c’est que les produits pour éclaircir la peau peuvent tous être très dangereux ; et que ceux qui éclaircissent très fort sont toujours dangereux ».

Une véritable drogue

La brochure insiste également sur le risque d’addiction que représente l’utilisation de produits éclaircissants. « Ces crèmes sont comme l’alcool ou la drogue, traîtresses et dangereuses. Dans un premier temps, elles apportent un bien être et des bons résultats, mais si l’on continue, le corps en réclame encore plus jusqu’au point où la personne n’arrive plus à arrêter », souligne le document illustré de nombreuses images de réactions cutanées sévères aux produits les plus courants. La pertinence de cette campagne a été quasiment unanimement saluée, tant par les professionnels de santé que par les responsables d’associations. Cependant, beaucoup ont souligné que la diffusion de messages de prévention demeurerait inutile si une lutte plus drastique n’est pas menée contre les trafics auxquels donne lieu la vente juteuse des produits promettant la lumière. Le docteur Khadi Sy Bizet souligne ainsi, interrogée par le Post : « Il restera difficile de lutter contre ce comportement si on trouve toujours dans Paris des produits éclaircissants. Et chaque fois qu'un trafic est démantelé, un autre apparaît. Il faut lutter contre cela aussi ».



A.H.


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