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Les pharmacies à usage intérieur sont désertées au Québec

Publié le 05/11/2009 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Québec, le jeudi 5 novembre 2009 – Le représentant des résidents en pharmacie hospitalière de l’Université de Montréal, Maxime Thibault, continuait l’année dernière à proclamer son amour pour son métier : « Mes collègues et moi avons choisi d’exercer la pharmacie en milieu hospitalier pour la profondeur de la pratique et la richesse du travail en équipe multidisciplinaire ». Cet enthousiasme ne cessait cependant d’être entamé par des conditions de travail de plus en plus difficiles : « De nombreuses raisons nous poussent à nous demander si nous avons fait le bon choix : une pénurie sévère qui prive des secteurs de soins de l’expertise essentielle des pharmaciens d’hôpitaux, une pénurie qui oblige à faire beaucoup d’heures supplémentaires, le faible nombre de pharmaciens qui joignent les rangs de la profession et le refus du ministère de la Santé de rendre les conditions de travail des pharmaciens d’hôpitaux minimalement attrayantes » énumérait en effet Maxime Thibault.

Fermeture et diminution des activités

Un an après la dénonciation par les syndicats de l’aggravement inquiétant de la pénurie de pharmaciens au sein des hôpitaux, le gouvernement assure : « Nous sommes conscients qu’il existe encore des difficultés mais nous espérons que les mesures prises amélioreront la situation » indique le porte-parole du ministère de la Santé, Dominique Breton. Las, les 70 bourses de 30 000 dollars offertes aux étudiants pour qu’ils s’orientent plutôt vers l’exercice hospitalier n’ont que modérément séduit : seules 61 ont trouvé preneurs. En outre, les différentes évaluations rendues publiques ces dernières semaines font état d’une situation toujours plus inquiétante. Ainsi, l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (APES) assure qu’il manque entre 200 et 235 professionnels, tandis que le gouvernement reconnaît un déficit de 160 personnes. Syndicats et gouvernements s’accordent cependant pour reconnaître que le taux de pénurie qui atteignait 17 % en 2007 et 18 % en 2008 a grimpé à 20 % cette année. Cette situation a une incidence directe sur le fonctionnement des établissements. Une enquête menée auprès de cinq établissements situés en Abitibi-Témiscamingue (une région très fortement touchée) révèle que du 1er avril 2008 au 1er avril 2009, un centre sur cinq a diminué ses heures d’ouverture en raison du manque de personnel et trois départements ont restreint leurs activités. Dans d’autres hôpitaux, on préfèrera employer des suppléants : une solution qui coûte cher et qui contribue à dissuader un peu plus les pharmaciens d’épouser la carrière hospitalière, la rémunération d’un suppléant étant plus avantageuse que celle d’un titulaire.

30 % de différence de salaire

Le faible engouement des étudiants en pharmacie pour l’exercice hospitalier s’explique de fait par des raisons financières : deux années d’études supplémentaires sont nécessaires pour travailler au sein d’établissements de santé et l’écart salarial existant entre le privé et le public atteint aujourd’hui 30 % alors qu’il était nul il y a quinze ans. « Un étudiant qui termine ses quatre années d’études en pharmacie a le choix d’aller pratiquer au privé ou d’étudier deux ans de plus pour aller exercer en milieu hospitalier et gagner 20 000 dollars de moins. Que pensez-vous qu’il va faire ? » ironise le président de l’APES, Charles Fortier. La tentation du privé est en outre d’autant plus grande que les enseignes de pharmacies privées n’hésitent pas à rencontrer les étudiants sur leur campus dès la fin de leur deuxième année de formation.



M.P.



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