Paris, le lundi 9 novembre 2009 – Le ministre de la Santé,
Roselyne Bachelot ne semble pas avoir l’optimisme arithmétique.
Lors de la conférence de presse organisée ce matin au ministère de
la santé, dédiée au lancement le 12 novembre de la campagne de
vaccination à destination de la population générale, elle a évoqué
l’immunisation des professionnels de santé. « On a parlé de
désaffection des professionnels de santé pour la vaccination, de
début poussif, certains ont même parlé d’échec, un de ces experts
(…) a même parlé de bide. Qu’en est-il vraiment ? Je vous laisse
juge : ils seront ce soir plus de 80 000 praticiens hospitaliers,
médecins et infirmiers de ville à être vaccinés. Je dis bien 80 000
». Ces chiffres méritent-ils cependant tant d’être répétés ? Au
regard des 800 000 professionnels de santé principalement visés par
la campagne et du million de soignants que compte la France, il
semble que moins de 10 % des personnes visées aient pour l’heure
répondu à l’appel.
34 praticiens libéraux immunisés pour un bassin de population
de 300 000 personnes !
C’est d’ailleurs ce dont témoigne également des chiffres rendus
publics la semaine dernière. Ainsi, mercredi 4 novembre,
l’Assistance publique des hôpitaux de Paris recensait 7 000
vaccinations, soit moins de 10 % de ses effectifs. Le lendemain,
dans un communiqué commun, MG France, la Coordination médicale
hospitalière et le Syndicat national de médecins, chirurgiens,
spécialistes biologistes et pharmacien des hôpitaux publics
(SNAM-HP) indiquaient que seuls 7 % des professionnels de santé
hospitaliers auraient choisi de se faire vacciner. Par ailleurs,
des données officielles du ministère de la santé confirmaient que
selon les établissements, la couverture vaccinale variait entre 2
et 10 %. Sur le terrain, les informations délivrées par les
praticiens responsables de la vaccination confirment ce que
Roselyne Bachelot refuse de devoir appeler une « désaffection ».
Ainsi, le chef du service « microbiologie et hygiène » d’un
établissement francilien, contacté par le JIM, indique qu’au sein
de son hôpital comptant 1 900 personnes,
seules 91 avaient choisi de se faire immuniser vendredi 6
novembre, ce qui correspond à 4 % du personnel. Concernant les
praticiens libéraux, le spécialiste soulignait qu’au vu des
demandes de rendez-vous enregistrées et des personnes s’étant déjà
présentées à l’hôpital, une trentaine serait vaccinée « avant
l’ouverture des centres dédiés ». Ces résultats concernent un
établissement situé dans un bassin de population comptant 300 000
personnes… qui bénéficieront donc le 12 novembre de 34 praticiens
libéraux immunisés !
Roselyne Bachelot vaccinée le 12 novembre !
A l’heure des questions des journalistes, ce matin, l’équipe de
Roselyne Bachelot se montrait un peu moins triomphaliste. Ainsi, le
directeur général de la Santé, Didier Houssin, confirmait qu’il
s’agissait d’un « faible pourcentage », qu’il évaluait « autour de
10 % ». Cependant, il soulignait qu’il était sans doute « un peu
tôt pour juger de la couverture vaccinale ». Dans la lignée de son
directeur général de la Santé, le ministre tempéra également son
enthousiasme en remarquant que si les chiffres étaient «
encourageants », ils n’étaient pas « satisfaisants ». Elle tint
cependant à rappeler que de nettes différences prévalaient en
fonction des hôpitaux, non seulement en raison d’organisations
logistiques diverses, mais aussi en fonction « de l’histoire de
l’épidémie ». « Je pense par exemple à cet hôpital où deux
nourrissons et deux femmes enceintes ont été hospitalisés »
souffrant de formes sévères de la grippe A (H1N1), et où « les
demandes de vaccination ont été beaucoup plus importantes »
observe-t-elle. Quelques minutes plus tôt lors de son exposé, le
ministre avait évoqué le « décès dramatique d’une patiente au CH de
Nice la semaine dernière très vraisemblablement contaminée au sein
même de l’hôpital [qui] doit rappeler chaque professionnel, chaque
personne au contact des plus fragiles d’entre nous au sens des
responsabilités ». Et pour témoigner qu’elle n’hésite pas elle-même
à prendre ses responsabilités, Roselyne Bachelot a annoncé qu’elle
se ferait vacciner le jeudi 12 novembre. Elle confirmera ainsi
qu’elle fait toute confiance aux premiers rapports de
pharmacovigilance qui ne font apparaître aucun trouble majeur
associé à la vaccination contre la grippe A (H1N1). Ainsi, pour 50
000 personnes immunisées, une trentaine d’effets indésirables «
d’intensité bénigne à modérée » ont été rapportés.
A.H.
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