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Dépister la prédisposition génétique à 109 maladies…c’est possible pour 349 dollars !

Publié le 09/02/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Stanford, le mardi 9 février 2010 – La mission d’information sur la révision des lois de bioéthique a formulé récemment différentes propositions, dont une concerne la nécessité de mettre en place « une veille permanente sur les tests génétiques proposés en particulier sur Internet, en recensant les examens en libre accès, en les évaluant et en diffusant l’information auprès du grand public ». Cette mission que les députés souhaitent voir confier à l’Agence de biomédecine témoigne de la méfiance qu’inspire en France la commercialisation de tests génétiques faciles d’utilisation et qui selon leurs promoteurs promettent des résultats fiables en quelques semaines. Aux Etats-Unis, la situation est totalement différente : les sociétés offrant sur la toile des informations génétiques aux futurs parents ou à tout un chacun se multiplient.

Cent maternités proposent de dépister 109 maladies

La dernière en date, baptisée Counsyl et basée à Stanford se présente comme l’œuvre « d’entrepreneurs sociaux et de philanthropes ». Elle propose aux futurs parents un « test génétique universel », qui a été mis au point par des scientifiques de Stanford et d’Harvard. Si ce dispositif est qualifié d’universel c’est qu’il contribuerait à la mise en évidence, grâce à un simple échantillon de salive, des mutations génétiques liées à 109 maladies. Le test de Counsyl propose en effet de détecter les prédispositions des jeunes parents face à 109 pathologies transmises de façon récessive. Il s’agit des maladies génétiques les plus fréquentes que sont par exemple la mucoviscidose ou la drépanocytose mais aussi de pathologies plus rares telle la maladie de Pompe ou encore l’hyperinsulinisme familial lié à la mutation ABCC-8, premier risque détecté d’une longue liste que l’on peut découvrir sur le site de la firme américaine.

Pour se procurer ce test, les couples ont différents choix. Ils peuvent le commander sur le portail de la société, moyennant 349 dollars et renvoyer l’échantillon avant d’attendre en moyenne trois semaines les résultats. D’autres moyens d’accès existent : certaines assurances offrent en effet la prise en charge du test, tandis que plus d’une centaine de maternités l’utilisent, dont le plus fameux est le Centre de fertilité de Yale.

Harrisson Ford, ambassadeur malgré lui !

Le test de Counsyl connaîtrait un succès croissant outre-Altantique. La campagne de promotion résolument américaine orchestrée par la firme n’est sans doute pas totalement étrangère à ce résultat. Alerter les futurs parents est le choix délibéré de cette campagne. C’est ainsi que l’on découvre sur le site le témoignage d’une jeune mère dont l’enfant est atteint d’atrophie musculaire spinale et qui indique combien elle aurait aimé pouvoir bénéficier d’un test tel celui proposé par Counsyl. La firme fait également référence à un film récemment sorti aux Etats-Unis, qui, mettant en scène Harrisson Ford, montre la lutte d’une famille « qui tente de trouver un remède » contre une pathologie touchant deux de ses enfants. « Des maladies génétiques telles que celles montrées dans ce film (…), « Extraordinary Measures » peuvent désormais être évitées grâce à un simple test salivaire intégralement pris en charge par une assurance pour plus de 100 millions d’Américains » clame Counsyl. Surtout, la firme peut s’enorgueillir des témoignages de soutien et de satisfaction de nombreux illustres spécialistes. On retiendra par exemple celui du Docteur Pasquale Patrizio, directeur du centre de fertilité de Yale qui assure : « Tous les adultes en âge de procréer ont besoin du test de Counsyl » !

0,6 à 0,8 % des couples concernés par une même mutation

Sans surprise, Counsyl souhaite élargir son champ d’action à l’étranger. Avant la France, la Grande-Bretagne devrait ainsi être très prochainement le premier pays à pouvoir « bénéficier » de ce dispositif. Le prix pour les couples britanniques s’élèvera à 700 livres et déjà de nombreux médias se sont fait l’écho de la mise à disposition de ce test. Ainsi, dans le Daily Mail aujourd’hui, on découvre que la Bridge Fertility Clinic de Londres pourrait proposer à ses patients la réalisation de ce test, parallèlement à un conseil génétique. Le directeur scientifique de cet établissement se justifie en soulignant qu’il s’agit d’éviter des pathologies « plutôt horribles » et non de sélectionner des « traits tels que les yeux bleus ou l’intelligence ». Cependant, outre-Manche, les accusations d’eugénisme sont également nombreuses, telles celles formulées par Frances Flinter, du London’s Guy’s and St Thomas’ Hospital.

En France, ce sont uniquement des voix inquiètes ou irritées que l’on entend. Ainsi, dans le Figaro, la semaine dernière, le professeur François Thépot déclarait : « C’est une démarche commerciale, mais sans intérêt médical. Nous sommes tous porteurs de traits récessifs qui ne s’expriment pas, je ne vois pas à quoi peut servir cette prétendue prévention ». A ce type de sentences, Counsyl répond en affirmant qu’une publication scientifique serait en préparation. Déjà, une étude parue récemment dans Technology Review citée par le Figaro indique qu’« environ 35 à 40 % des personnes qui ont passé le test étaient porteuses d’au moins une anomalie génétique. Et les deux parents étaient concernés dans 0,6 à 0,8 % des cas ». Nul ne dit cependant de quel accompagnement ces porteurs sains et ces couples ont pu bénéficier.



Martine Pichet


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