Athènes, le mardi 9 mars 2010 – De nombreux médecins et
infirmières ont pris part le vendredi 5 mars aux défilés de
fonctionnaires des services publics battant le pavé des rues
d’Athènes, afin de protester contre le plan d’austérité proposé par
le gouvernement de Georges Papandréou, afin de tenter de sauver la
Grèce de la crise économique, particulièrement âpre dans ce pays.
Les conditions de travail sont aujourd’hui si difficiles dans les
hôpitaux grecs que les professionnels de santé devraient encore
participer nombreux au prochain grand mouvement de grève et de
manifestation prévu le 16 mars.
3,8 infirmiers pour 1 000 habitants
Le profond malaise qui traverse les établissements de santé
helléniques, qui accusent un déficit de sept milliards d’euros,
sévissait déjà avant que la crise financière ne frappe de plein
fouet le pays. Ainsi, en février 2009, les médecins et infirmiers
avaient lancé un grand mouvement de protestation destinés à
dénoncer un manque croissant de personnels et de moyens, symbolisé
par une rupture d’approvisionnement en matériels médicaux, liés à
des absences répétées de paiement. Conscient des conséquences
qu’entraînerait une réduction trop drastique des fonds dédiés à la
santé, le gouvernement de Georges Papandréou a tenté d’épargner un
peu ce secteur. Ainsi, le gel total des embauches en 2010 ne
concerne pas les hôpitaux publics : la pénurie de soignants et plus
particulièrement d’infirmières est en effet déjà criante. Quand on
comptait en 2006 5,7 infirmiers pour un médecin en Irlande, ce
ratio ne dépassait pas 0,9 infirmier pour un praticien en Grèce.
D’autres chiffres permettent d’appréhender la gravité de la
situation : le pays ne compte aujourd’hui que 3,8 infirmiers pour 1
000 habitants quand la moyenne européenne est de 8,9/1 000 ! La
promesse du gouvernement affirmant que le secteur de la santé ne
serait pas concerné par la restriction du nombre de fonctionnaires
n’est cependant guère porteuse d’espoir : les praticiens et les
infirmiers savent en effet que le budget dédié à la santé a
significativement diminué ces dernières années, passant de 3 % du
PIB en 2004 à 2,3 % en 2009.
Les hôpitaux gangrenés par la corruption
Conditions de travail sans cesse détériorées, manque cruel de
moyens : les raisons ne manquent pas pour dissuader les jeunes
d’embrasser une carrière médicale ou d’exercer leur profession dans
les hôpitaux publics grecs. A ces nombreuses difficultés,
s’ajoutent des salaires très bas. Ainsi, après vingt-cinq ans de
bons et loyaux services, un médecin hospitalier à temps plein ne
peut espérer gagner plus que 2 500 euros net par mois. Ces faibles
rémunérations font le lit du développement d’une forte corruption
au sein des hôpitaux publics. La dissémination de la fraude fiscale
au sein de toute la société grecque est connue de longue date. Dans
le domaine de la santé, les dénonciations ont déjà été nombreuses.
Ainsi, en 2006, la Commission européenne avait épinglé la Grèce et
pointé du doigt des règles suspectes d’attribution directe de
fournitures médicales aux hôpitaux. Ces admonestations européennes
ne semblent guère avoir fait évoluer le cours des choses. Ce 2
mars, la section grecque de l’ONG Transparency a souligné que le
montant des pots-de-vin versés en Grèce en 2009 pouvait être estimé
à 790 millions d’euros, soit 50 millions de plus. L’enquête publiée
par Transparency soulignait par ailleurs comment dans le public
comme dans le privé, les hôpitaux apparaissent les secteurs les
plus touchés par cette corruption. Cette pratique peut prendre la
forme d’attributions non réglementées de marché, mais aussi plus
simplement de médecins que l’on paye de la main à la main pour être
soigné plus rapidement et plus efficacement.
4 consultations pour le prix de 3
En ville et dans les cliniques privées, un même sentiment
d’inquiétude et de désolation prévaut. Le magazine Courrier
International a ainsi récemment décrit comment les praticiens sont
de plus en plus nombreux à proposer des facilités de paiement à
leurs patients. C’est ainsi que l’on peut lire sur la devanture de
certains cabinets médicaux : « paiement en douze mensualités
accepté » ou encore « pour trois consultations payantes, la
quatrième est offerte ». Ces offres promotionnelles désespérées ne
permettent pas totalement d’endiguer les renoncements au soin qui
sont de plus en plus nombreux. L’Union des médecins grecs affirme
ainsi que la population préfère « consommer des antalgiques
puissants et des médicaments sans ordonnance plutôt que de
s’attaquer pour de bon à leurs problèmes de santé ». Les
consultations et interventions chirurgicales sont de fait en baisse
et il semble peu probable que le pays parvienne à améliorer un
système de santé déjà classé vingt-troisième parmi les vingt-sept
pays européens.
Aurélie Haroche
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