Paris, le mercredi 10 mars 2010 – Il y a dix ans, l’idée avait
fait sourire. Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé (d’un
gouvernement socialiste !) avait suggéré pour pallier la pénurie
d’infirmières qui sévissait dans certains établissements publics et
privés et pour accompagner la mise en place des trente-cinq heures
que soit mis en place un dispositif destiné à favoriser l’embauche
d’infirmières espagnoles. Après cinq ans de fonctionnement, le
programme avait été abandonné en raison de la « raréfaction des
offres des établissements observée » à la fin de l’année 2004,
comme le soulignait à cette époque une note interne de la
Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personnes
privés non lucratif (FEHAP). L’heure des bilans était venue et l’on
constata que sans être l’échec prédit avant la mise en place du
dispositif, le système n’avait cependant pas totalement évité
certains des écueils prévus par de nombreux observateurs.
La langue reste un obstacle
Ainsi, l’acquisition de la langue française se révéla souvent
insuffisante et le stage préparatoire proposé systématiquement ne
permit pas de combler toutes les lacunes linguistiques des
professionnelles ibères. Cependant, les données chiffrées se
révélaient plutôt encourageantes. Huit cent quarante huit
infirmiers et masseurs kinésithérapeutes franchirent la barrière
des Pyrénées répondant à un peu plus d’un millier d’offres de
recrutement et contribuant à satisfaire près de 81 % de ces
propositions. Fin 2003, la proportion de professionnels espagnols
ayant choisi de retourner dans leur pays moins de deux ans après
leur prise de fonction ne dépassait pas les 8 %, un taux qui se
révélait comparable à la tendance à l’abandon que l’on observe chez
les jeunes diplômés français.
Dix ans plus tard, les infirmières ont regagné l’Espagne
Il apparaît cependant aujourd’hui, dix ans après l’arrivée des
premières infirmières espagnoles, qu’une grande partie de ces
professionnelles a choisi de quitter la France. Le quotidien La
Croix consacrait en effet hier un article sur le devenir de ces
infirmières ibères et signale que parmi les établissements qui ont
accueilli le plus grand nombre de ces professionnelles, beaucoup
constatent aujourd’hui qu’elles ont pour la plupart regagné leur
pays natal. « Elles ont toutes quitté
l’établissement », remarque-t-on ainsi à la clinique
Toulouse-Lautrec d’Albi, tandis qu’à Tarbes, plus de la moitié des
douze infirmières espagnoles engagées au début des années 2000 ont
quitté non seulement le petit hôpital privé d’Ormeau-Pyrénées mais
également bien souvent la France. « La majorité de mes
collègues sont rentrées en Espagne », explique ainsi Monica
Hernandez qui a fait le choix singulier de rester.
Rien n’a vraiment marché jusque là
Cette situation s’explique selon Georges Dernonis, ancien membre
de l’Institut européen de santé, cité par la Croix par des défauts
dans le dispositif de « sélection ». « La formule
fonctionnait bien au départ, puis on a cherché à l’étendre, du
privé au public. Les critères sont devenus moins stricts, ça a créé
un appel d’énorme » souligne-t-il. Le retour progressif de la
majorité des infirmières espagnoles vers la péninsule ibérique
témoigne combien ce dispositif se sera révélé impropre à résoudre
la situation de pénurie, qui tend à s’aggraver aujourd’hui. On
observe en outre que les régions ayant le plus bénéficié de
l’arrivée d’infirmières espagnoles n’étaient pas nécessairement
celles les moins bien dotées et que le secteur privé où la pénurie
est la plus criante a moins souvent séduit que l’hospitalisation
publique. Le site infirmier.com soulignait dans une analyse récente
comment le recrutement des infirmières espagnoles représentait un «
demi échec » et faisait partie des nombreuses solutions
envisagées au début des années 2000 n’ayant pas porté leur fruit, à
l’instar notamment du plan de retour à l’emploi des infirmiers qui
n’a pas permis d’obtenir les résultats espérés.
Aurélie Haroche
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