Rien ne va plus entre les infirmières et le gouvernement… québécois

Québec, le jeudi 29 avril 2010 – Dans les établissements hospitaliers publics québécois, quand s’achève le « quart » de travail de nuit, des petites réunions improvisées ont lieu dans les couloirs. Plusieurs infirmières discutent pour savoir laquelle d’entre elles demeurera pour pallier les pénuries d’effectifs. Les conversations sont souvent tendues. « Ce n’est vraiment pas facile les 15 ou 20 minutes où on doit décider qui doit rester. Des fois, on a des filles qui pleurent. Si tu t’en vas, c’est ton équipe qui va en subir les conséquences et le lendemain, il faut retravailler avec ces gens-là. C’est un éternel combat», soulignait ainsi récemment Jérôme Rousseau, président du Syndicat des professionnels en soins de l’Hôpital Laval (Québec). Les larmes de celles forcées de rester plusieurs heures encore à leur poste sont également évoquées par Nancy Bédard de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). « Je vois des infirmières pleurer, on n’a plus de vie » commente-t-elle régulièrement sur les médias canadiens, expliquant comment après la garde de nuit, certaines doivent rester en poste « jusqu’en après midi, avant de reprendre leur quart de travail à minuit ». « Après 40 heures de travail, on est fatiguées, brûlées. Quand on t’oblige à rester, c’est comme une claque dans la face. C’est dur pour le moral de dormir trois heures et de retourner travailler le lendemain. Ça peut être un danger de faire des erreurs. Là, on dit que c’est assez », racontait également Sarah Pageau, infirmière en chirurgie cardiaque. Tenues de se soumettre au temps supplémentaire obligatoire, les infirmières doivent ainsi parfois cumuler « 16 heures, voire 24 heures dans une journée », indiquait Régine Laurent, présidente de la FIQ. C’est la pénurie de professionnelles ou plus certainement leur abandon de la profession et leur fuite vers le privé qui est à l’origine de cette situation. Aujourd’hui, les organisations représentant les infirmières québécoises estiment qu’un nombre croissant d’entre elles quitteront les établissements publics si aucune mesure d’envergure n’est prise. Il en va de la survie du réseau public, assurent beaucoup d’entre elles, confortées dans leur position par la crise actuelle des services d’urgences.

Refus total de réaménager le temps de travail de la part du gouvernement

L’arrivée à échéance des conventions collectives des travailleurs du secteur public en mars est apparue comme l’occasion idéale de faire changer les choses. Les infirmières ont défendu des revendications très précises : elles souhaitent que toutes les infirmières bénéficient de postes à temps plein, basés sur des semaines de travail de quatre jours à horaires allongés afin de réduire les heures supplémentaires obligatoires. Elles préconisent également l’intégration des employées issues des agences privées, de plus en plus nombreuses dans les hôpitaux publics, ce qui crée une multiplication des statuts. Cependant, le gouvernement s’est totalement opposé à toute idée de réaménagement du temps de travail. Aussi, les négociations sont-elles suspendues depuis le 31 mars. Les actions se sont multipliées de la part des infirmières qui tous les mercredi arborent en lieu et place de leurs blouses blanches des vêtements noirs, tandis que différentes manifestations ont eu lieu lundi et qu’une grève générale pourrait être menée en septembre. Fortes de leur soutien à 80 % de la population, les infirmières veulent croire à la réussite de leurs mouvements.

Travailler plus pour gagner beaucoup plus

Certains éléments révélés ces dernières semaines par la presse pourraient cependant égratigner la forte confiance dont bénéficient effectivement les infirmières. Plusieurs journaux ont en effet révélé comment les heures supplémentaires (volontaires) avaient permis à quelques infirmières d’engranger des rémunérations dépassant 160 000 dollars canadiens (soit près de 120 000 euros) l’an dernier. Face à ces professionnelles qui réalisent plus de 20 heures supplémentaires par semaine, les syndicats et l’Ordre se montrent réservés. « Ce sont des gens qui n’ont pas de vie à l'extérieur du travail » a ainsi commenté, Elisabeth Leduc, présidente du syndicat des infirmières, « inhalothérapeutes » et infirmières auxiliaires du Centre de santé et de services sociaux de Gatineau où 14 infirmières ont gagné plus de 100 000 dollars l’année dernière soit trois fois plus qu’en 2005-2006. « On ne recommande pas à nos infirmières de faire du temps supplémentaire à tour de bras comme ça, mais à chacun son seuil de tolérance. Le danger c'est d'en faire trop et de devenir très fatigué. Il faut toutefois être reconnaissant envers ces gens-là qui permettent de diminuer le temps supplémentaire obligatoire pour les autres infirmières » a-t-elle ajouté.

Martine Pichet

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Vos réactions (3)

  • Nous avons ici encore des syndicats

    Le 29 avril 2010

    Cet ordre des infirmières québécoises qu'on nous a si souvent donné en exemple pour la défense des infirmières ! Si bel exemple qu'on nous l'impose en France pour notre bien...évidemment ! Comment permet-il de telles durées de travail quotidien ?
    Cela met la santé des professionnels en danger mais aussi la sécurité des patients (risque accru d'erreurs) !
    Heureusement que nous avons ici encore des syndicats et pas seulement un ordre source de des-ordres !

    Véronique Barre

  • Pourtant elles ont un ordre

    Le 29 avril 2010

    Et pourtant les québécoises ont un ordre dont on ne cesse de nous vanter les mérites pour nous "vendre" le notre. Alors à quoi ça sert ? Est ce bien déontologique et "moral" de cumuler autant d'heures de travail, de risquer les erreurs et la vie des patients. Les infirmiers sont tellement bien reconnus grâce à leur ordre qu'ils ont des conditions de travail indignes et c'est ça le "modèle"?


    Celine Bouillot

  • 120000 euros je prends !

    Le 30 avril 2010

    Si en faisant 2O h sup/semaine soit 55 h la semaine je gagne 120 000 euros/an, je prends. Parce que moi pour 37 h/sem je depasse rarement 25 000 euros/an dans le privé avec 25 ans d'experience. Et ayant fait 4 ans de liberal, j'étais à 70 H/sem pour 35 000 euros/an: cherchez l'erreur!
    L'avantage certain c'est que l'on fait cela 10 ans et après si l'on a été prévoyante c'est retraite ou un peu d'interim pour la couverture sociale. Une chose est sûr on est vraiment sous payé !

    Nathalie Cox

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