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Soins gratuits pour les sans-papiers : un forfait de 15 euros par an pourrait être institué

Publié le 31/08/2010 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 31 août 2010 – Après un été marqué par de nombreuses polémiques sur la situation des Roms sur notre territoire, la confirmation par le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot hier, qu’un forfait de 15 euros par an pourrait être imposé à une partie des bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat (AME) ne pouvait manquer de susciter de nombreux commentaires. Pourtant, quand le 16 juin dernier, à l’occasion d’une audition au Sénat concernant la gestion budgétaire de l’année 2009, Roselyne Bachelot avait déclaré ne pas être « contre une participation forfaitaire du bénéficiaire adulte de l’AME » et avait même précisé qu’elle « comptait la proposer dans le prochain projet de loi de finances », l’annonce n’avait été que succinctement reprise par les médias. Si une telle évolution s’impose selon le ministre de la Santé, c’est en raison d’une forte augmentation des dépenses ces dernières années, qui s’élèveraient à 300 millions d’euros entre 2007 et 2010. Cette progression est notamment le fait de la hausse de « 20 % des déboutés du droit d’asile qui deviennent éligibles à l’AME » ou encore de « l’augmentation des séjours pour pathologies graves », précise le ministère.

Fraudes ou gestion convenable ?

Pour le député UMP, Thierry Mariani, qui a repris à son compte ces derniers jours cette question d’un durcissement de l’AME, il existerait également de nombreuses « fraudes », en raison de l’absence de contrôles. Pourtant, la précédente réforme de l’AME a contribué à multiplier les contrôles et à imposer la production de justificatifs supplémentaires : pour bénéficier de l’AME, les étrangers sans papiers doivent notamment prouver leur présence sur le territoire français depuis au moins trois mois.  Le docteur Didier Maille, responsable du service social et juridique du Comité médical pour les exilés, dément l’existence d’irrégularités. Le dispositif est « géré convenablement par les Caisses régionales d’assurance maladie et à 50 euros près le coût est absolument identique au coût d’un assuré social lambda », affirmait-il hier interrogé par RMC. La réaction du docteur Didier Maille témoigne combien cette intervention dans le débat du député UMP, Thierry Mariani, dont certains se souviennent peut-être qu’il fut à l’origine de la proposition des tests ADN dans le cadre du regroupement familial, représentera certainement pour Roselyne Bachelot un embarrassant soutien. La personnalité de Thierry Mariani et ses positions très tranchées pourraient en effet mettre à mal la stratégie discrète de Roselyne Bachelot.

Le tollé des associations

Rappelons que l’Aide médicale d’Etat (AME) bénéficie aux étrangers en situation irrégulière dont les revenus sont inférieurs à 634 euros par mois. Aujourd’hui, on estime que 210 000 personnes sont couverts par ce dispositif, quand de nombreux autres sans papiers pourraient y prétendre. C’est ce que défend régulièrement l’association Médecins du Monde (MDM), une position partagée par Didier Maille qui indique : « On déplore  des difficultés d'entrer dans la prestation pour les familles que nous rencontrons. Le niveau de prestation de l'A.M.E. est bien inférieur à la couverture générale ou même à la CMU », affirme-t-il. Aujourd’hui, les associations de patients et de défense des étrangers sont bien décidées à s’opposer à la réforme dessinée par le ministre de la Santé et si clairement soutenue par Thierry Mariani. Dans une lettre adressée au ministre cet été, le Collectif interassociatif sur la santé, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, l’Observatoire du droit à la santé des étrangers et l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux estiment que « L’instauration d’un forfait d’entrée à l’ouverture serait un recul majeur de la politique de santé et des principes fondateurs de l’aide sociale ».



Aurélie Haroche



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