Santiago, le mardi 31 août 2010 – Le sauvetage des trente-trois
mineurs bloqués à San José est devenu une affaire d’Etat au Chili.
Le président Sebastian Pinera aimerait même pouvoir faire de ces
hommes des emblèmes de la liberté chilienne s’ils étaient sortis de
leur refuge, situé 700 mètres sous terre et 400 mètres sous
l’éboulement qui a provoqué la catastrophe, le 18 septembre jour du
Bicentenaire de l’indépendance du Chili. Il est cependant peu
probable que les hommes retrouvent leurs familles avant Noël, trois
mois devraient en effet être nécessaires pour creuser le tunnel de
66 cm de large par lequel les mineurs seront extraits un à un.
Le soleil ne se lève jamais
Si les travaux de forage se révèlent particulièrement délicats,
les autorités chiliennes sont également préoccupées par une
éventuelle dégradation de l’état de santé des mineurs. Les
premières images des emprisonnés qui ont fait le tour du monde la
semaine dernière offraient une image rassurante d’hommes bien
organisés, et qui en dépit de leur amaigrissement, semblaient
confiants, joyeux et bien portants. Pourtant, derrière les images,
les entretiens réalisés par des psychologues et l’absence de
plusieurs ouvriers sur la vidéo ont alerté les responsables de la
sécurité des mineurs. De fait, le ministre de la Santé considère
que cinq mineurs souffrent de dépression. « Ils sont très
isolés, ils n'ont pas voulu apparaître sur la vidéo, ils se
nourrissent mal » a étayé Jaime Manalich. Ces hommes
bénéficient d’ores et déjà d’entretiens privilégiés avec les
psychologues des équipes de sauveteurs, mais une grande attention
est également portée à tous ces naufragés de la mine sur le plan
psychologique. L’acheminement régulier de nourritures et d’objets
de divertissements devrait permettre de diminuer un tant soit peu
les risques de troubles psychiques, en créant notamment un rythme
chez ces hommes privés pendant 17 jours de toute notion du temps. «
Il est très important pour la santé psychique de se caler sur
un rythme, de dormir et de manger à heure fixe. Sans lumière
naturelle, ces rythmes sont très difficiles à conserver »,
expliquait récemment au Figaro le professeur de psychologie Gabriel
Moser.
Urines normales
Concernant l’état de santé somatique des mineurs, l’action
apparaît plus facile. Il est tout d’abord essentiel de les
réalimenter progressivement après leur jeûne forcé et de veiller au
risque de déshydratation. Ils ont ainsi reçu ces derniers jours de
l’eau, du sérum glucosé et de l’omeprazole et commencent désormais
à consommer des aliments riches en protéine. Il s’agit notamment
d’une « espèce de liquide conçu spécialement pour les
astronautes, qui permet un apport maximal de protéines et de
calories », explique le médecin et spéléologue France Rocourt
du CHU de Montpellier, interrogé par Libération. Déjà, chez ces
hommes ayant perdu entre 8 à 10 kilos, cette réalimentation a porté
ses fruits. « On a réussi à les hydrater, ils ne se plaignent
pas de la soif, leurs urines sont normales, et les diarrhées qui
étaient apparues à cause de l'eau qu'ils buvaient en bas se sont
arrêtées », indique le ministre de la Santé chilien.
Une poussière qui attaque la peau et les yeux
Outre l’alimentation des mineurs, l’attention se concentre sur
l’apparition d’éventuelles pathologies. Sans être extrêmes, les
conditions auxquelles font face les mineurs sont difficiles. La
température s’élève constamment à 33°C et l’humidité est très
importante. Des affections pulmonaires et dermatologiques sont
notamment redoutées. La caméra acheminée à l’aide d’une sonde a
ainsi pour mission d’observer les éventuelles lésions cutanées des
mineurs, tandis que ces derniers se sont déjà plaints des méfaits
de la poussière sur leurs yeux.
Stress post traumatique
Pour faire face à ces différents défis, le Chili peut compter
depuis le début de la semaine sur une équipe de spécialistes de la
Nasa. « La Nasa a une longue expérience de l'isolement,
particulièrement dans la Station spatiale internationale », a
expliqué le responsable de la mission, Michael Duncan.
« L'environnement est différent mais la réponse humaine
est exactement la même », a-t-il ajouté. Ce spécialiste de
l’isolement, accompagné d’un autre praticien, d’un psychologue et
d’un ingénieur offrira au Chili l’appui de son expérience pendant
toute la période de sauvetage mais également à l’issue de celui-ci.
Des syndromes de stress post-traumatique ne sont en effet pas à
exclure après la sortie des mineurs.
AH
Copyright © http://www.jim.fr