Paris, le mercredi 1er septembre 2010 – On ne meurt plus
seulement des « suites d’une longue maladie » en France. Peu à peu,
le tabou qui entourait les causes de la disparition des célébrités
(comme de chacun d’entre nous), tend à s’estomper à la faveur d’un
mouvement relativement nouveau dans notre pays : la médiatisation
par les vedettes de leur maladie et plus précisément de leur
cancer. Deux tristes mais surtout courageux exemples l’ont révélé
cet été : la disparition de l’acteur Bernard Giraudeau et celle du
champion cycliste Laurent Fignon.
« On est des gens normaux »
Hier, le double vainqueur du tour de France, le légendaire
cycliste à l’allure un peu hippie avec ses cheveux mi-longs et ses
lunettes rondes, Laurent Fignon, est mort à l’âge de 50 ans. Aucun
mystère n’a été fait sur la maladie qui l’a emporté : en 2009, le
cycliste révélait être atteint d’un cancer (probablement du
pancréas) à un stade avancé. Plus récemment, en commentant ce qui
restera son dernier tour de France, il avait expliqué les raisons
de sa voix éraillée : une tumeur comprimait un de ses nerfs
laryngés. Des métastases pulmonaires avaient également été
détectées. La fatigue est grande, les séances de chimiothérapie
l’affaiblissent, mais avec le soutien de France Télévisions,
Laurent Fignon a cependant souhaité jouer jusqu’au bout son rôle de
commentateur. Il ne se voyait pas regarder le Tour de son salon,
expliquait-il. Surtout, par sa présence, il tenait à démontrer que
le cancer n’est pas « une maladie honteuse ». « Je crois qu’il
est important quand on a cette maladie, suivant l’état de forme,
d’essayer d’être une personne normale, de vivre normalement, de ne
pas toujours penser à ce cancer qui vous ronge plus ou moins
», analysait-il. « On est des gens normaux avec une maladie
grave certes, mais il n’y a pas de rejet à faire sur ces gens
là », ajoutait-il. « Quand je sera tout maigre, peut-être
qu’on ne me verra plus beaucoup. Je n’ai pas envie de faire pitié.
Mais si ça peut apporter quelque chose à d’autres de voir que je me
bats… », avait-il également déclaré.
Ne plus réduire les sujets à des cancéreux
L’impact de cet exemple sur les centaines de milliers de
Français souffrant de cancer et leurs familles pourrait être
important, estime la Ligue contre le Cancer. Déjà, au mois de
juillet, quand résonnait encore la voix affaiblie de Laurent
Fignon, l’organisation avait tenu à saluer le geste de l’ancien
champion, à en évoquer le caractère exemplaire pour les malades
anonymes. Aujourd’hui, interrogé sur France Info, le psychologue
Alain Bouregba revient sur la médiatisation de leur cancer par des
célébrités. « C’est un phénomène nouveau dont les malades
tirent un énorme profit. Ce qui panique le plus la personne malade,
c’est qu’on puisse la réduire à un cancéreux. Et c’est impossible
de parler de personnalités telles que Fignon ou Giraudeau,
seulement comme des malades. Et ça, ça fait un bien fou ».
Une leçon pour les professionnels
Au delà des patients, la leçon devrait également profiter
aux professionnels de santé. Les exemples de Fignon et
Giraudeau rappelleront en effet aux praticiens l’importance de voir
d’abord chez le malade un homme, avec ses désirs de poursuivre son
activité et de mener une vie sociale, familiale et publique en
dépit de la maladie et non pas seulement un patient devant
bénéficier de différents protocoles de chimiothérapie.
L’effet Kylie Minogue
Révéler que l’on souffre d’un cancer lorsqu’on est une célébrité
peut également être l’occasion de porter sur la scène publique
certains enjeux de la prise en charge. C’était dans cette voie que
s’était inscrit l’acteur Bernard Giraudeau, parrain de la Maison du
Cancer, qui avait interpellé le président de l’Institut national du
cancer (InCA), le professeur Dominique Maraninchi sur les
difficultés rencontrées par tous les malades. Il avait notamment
évoqué les défauts de l’organisation des soins qui conduisent les
patients courir d’un service à l’autre et les problèmes engendrés
par la pénurie de cancérologues. Dans d’autres cas, l’évocation de
leur cancer par des stars est l’occasion de lancer des messages de
prévention, mieux entendus que grâce à n’importe quelle campagne
d’information. Ainsi, en évoquant publiquement son cancer du sein,
la chanteuse australienne Kylie Minogue avait contribué en 2005 à
faire très significativement augmenter les demandes de mammographie
dans son pays.
Aurélie Haroche
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