Paris, le jeudi 2 septembre 2010 – Le projet de révision des
lois de bioéthique a été dévoilé officiellement hier et devrait
être présenté dans quelques semaines en conseil des ministres.
Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a assuré que son texte
comportait « un certain nombre de dispositions innovantes, mais
aucune ne vient percuter les principes cardinaux ».
Cependant, le mot « révolution » est utilisé
aujourd’hui par plusieurs médias pour évoquer la mesure la plus
commentée du projet : la possibilité de levée l’anonymat des
donneurs de gamètes. Il est en effet prévu de créer un droit
d’accès aux « données non identifiantes ». A leur
majorité, les enfants nés d’un don de gamète pourront obtenir des
renseignements sur certaines données médicales, mais aussi sur la
taille du donneur, sur son origine géographique et son niveau
socioprofessionnel (au moment du don, on le suppose). En outre, en
cas d’accord du donneur ou de la donneuse, il sera même possible de
connaître son identité.
Une mesure qui risque de dissuader encore plus les
donneurs
En quelques lignes, le texte de Roselyne Bachelot est donc
revenu sur l’un des « piliers » de notre système selon
Dominique Le Lannou, qui dirige le Cecos de Rennes. « Remettre
en cause l’anonymat risque de bousculer un système qui permet à
mille enfants par an de voir le jour », estime-t-il cité par
Ouest France. Ce que redoute ce responsable du Cecos depuis plus de
trente ans, c’est un effondrement des dons, alors qu’une pénurie
est déjà dénoncée depuis plusieurs années. D’ailleurs, les coups de
téléphone dont ont été assaillis les Cecos hier et les témoignages
de donneurs inquiets et réticents publiés aujourd’hui par la presse
révèlent un climat si non de rejet, tout du moins de
circonspection. Roselyne Bachelot veut pour sa part croire que
cette mesure permettra une « responsabilisation des dons »
et rappelle qu’elle s’inscrit dans un « mouvement général en
Europe ».
Minorité bruyante
L’Europe entière a en effet vu émerger les protestations
d’enfants nés grâce à des dons de gamètes soucieux de connaître
leurs origines biologiques. Cependant, les spécialistes considèrent
que si ces requêtes sont très médiatisées, elles restent
marginales. C’est notamment le point de vue du pédopsychiatre
Christian Flavigny (hôpital La Pitié Salpêtrière) interrogé dans
Elle et qui parle d’une « minorité bruyante ». Pour lui,
la levée de l’anonymat n’est pas sans danger, laissant « planer
un spectre, une famille fantôme ». Il rappelle en outre que la
« filiation n’est pas biologique, elle ne se fait pas dans le
chromosome mais dans les relations que tissent parents et enfants.
Un problème de construction psychologique peut donc apparaître chez
l’enfant en entretenant une requête chargée d’illusion et
d’idéalisation ». Dans la Croix, le psychologue Jean-Loup
Clément propose une analyse similaire.
Au sein des familles concernées, beaucoup partagent cette
hostilité à une telle mesure. Thierry Guillin, président de
l’association L’enfant de l’espoir, contacté par Paris Match
déclare sans nuance : « Je ne comprends pas l’intérêt ».
Mais d’autres comme, Pauline Tiberghien, présidente de
l’association Procréation Médicalement Assistée (PMA) a salué «
Un vrai pas en avant ».
Dons d’organes croisés
D’autres voix considéreront peut-être que ce qui aurait été un
vrai grand pas en avant, une révolution plus prometteuse, aurait
été d’autoriser de façon claire la recherche sur les cellules
souches embryonnaires, qui reste l’objet d’une interdiction avec
possibilité de dérogation ! Mais le texte comporte cependant au
moins une évolution qui ne devrait pas faire polémique et entraîner
des changements réellement positifs : l’autorisation des dons
d’organe croisés. La France est l’un des derniers pays en Europe
avec le Portugal à proscrire cette possibilité qui permet pourtant
d’accroître très significativement le nombre de don d’organes issus
de vivants.
Aurélie Haroche
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