Washington, le lundi 6 septembre 2010 – « Cette histoire me
fera mourir de rire ». C’est par ces mots que le docteur
Petiot, guillotiné le 25 mai 1946, accueillit l’annonce du recul de
la date de son exécution, liée au mauvais état de la guillotine,
non entretenue à la fin de la guerre.
Peut-être s’ils ont autant d’humour noir, Ralph Baze et Robert
Foley pourraient se laisser aller à un commentaire similaire. Ces
deux prisonniers actuellement dans le couloir de la mort du
Kentucky viennent d’apprendre que leur sentence ne sera
probablement pas exécutée avant le début de l’année 2011. A
l’origine de ce sursis inespéré pour ces deux condamnés qui ne
disposaient plus d’aucune voie de recours : une rupture de stock de
thiopental. Il s’agit du premier produit qui compose le cocktail
létal utilisé lors des exécutions capitales dans les 35 Etats
américains n’ayant pas aboli la peine de mort.
Pas de problème au Texas et dans l’Ohio
Il y a quelques jours, le seul laboratoire qui fabrique le
thiopental aux Etats-Unis, Hospira, a indiqué qu’il s’efforçait de
« remettre le produit sur le marché début 2011 ». Si le
laboratoire qui indique diffuser l’anesthésiant à des fins
médicales et « n’encourage pas son usage » dans le cadre
des exécutions capitales, ne peut donner de précisions sur
d’éventuelles ruptures de stock dans les établissements
pénitentiaires où se pratique les exécutions capitales, des
informations commencent à être données par les Etats eux-mêmes.
Outre le Kentucky, l’Oklahoma voit également ses réserves
s’épuiser. « Nous avons assez de produit pour une
exécution » a indiqué Jerry Massie porte-parole des autorités
pénitentiaires. Des cas de conscience inédits devraient donc se
poser au gouverneur puisque deux exécutions sont prévues avant la
fin de l’année. Dans les Etats où les exécutions sont les plus
nombreuses, au Texas et dans l’Ohio, on affirme cependant qu’aucune
difficulté n’est à prévoir. Il est en tout un cas un homme que
l’histoire ne pourra nullement faire sourire : Gregory Wilson sera
le dernier homme exécuté cette année au Kentucky. Pour son
exécution prévue le 16 septembre, il reste en effet une dose de
thiopental.
Expérimentation humaine
Soulignons que les Etats, en dépit de leurs tentatives, ne
peuvent se retourner vers un autre anesthésiant. Dans l’Oklahoma,
un tel projet s’est vu retoqué par la justice : elle a estimé
recevable les arguments des avocats du condamné Jeffrey Matthews
qui soulignaient qu’un tel remplacement relèverait de «
l’expérimentation humaine ».
Martine Pichet
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