Exclusif : une courte majorité de médecins favorable à une sortie progressive du nucléaire

Paris, le lundi 11 avril 2011 – Le grave accident de la centrale de Fukushima au Japon a relancé partout dans le monde le débat autour de la dangerosité de l’énergie nucléaire. La France, qui fait figure de leader dans le monde dans ce domaine, n’a pas échappé à cette tendance. Si les deux principaux partis de gouvernement restent plutôt favorables à l’atome, tout en appelant à un renforcement de la vigilance, l’opinion, elle, se montre en la matière difficile à sonder.

En effet deux enquêtes publiées pratiquement simultanément le 21 mars dernier ont présenté des résultats plutôt contradictoires. Quand l’enquête TNS Sofres commandée par EDF et publiée par les Echos affirmait que 55 % des Français se montraient défavorables à une sortie du nucléaire, le sondage Ifop réalisé pour Europe Ecologie affirmait que 70 % des Français souhaitaient une sortie progressive (51 %) voire immédiate (19 %) des programmes énergétiques basés sur le nucléaire. Les responsables d’Europe Ecologie eurent beau moquer les résultats du premier sondage, la concomitance de ces résultats bien différents laisse deviner une indécision de l’opinion.

40 % des professionnels de santé favorables au statu quo

Face à cette fluctuation, la position des médecins peut-elle être considérée comme un baromètre fiable ? En tout état de cause, la perception du nucléaire par les professionnels de santé peut influencer durablement leurs patients. Or, il apparaît qu’une petite majorité de praticiens souhaite aujourd’hui une sortie progressive du nucléaire. Tel est le principal enseignement de notre sondage mené du 25 mars au 8 avril sur notre site et qui révèle que 49 % des professionnels de santé seraient favorables à une sortie progressive du nucléaire civil et 10 % n’hésitent pas à souhaiter même une sortie immédiate. Le maintien de la politique actuelle n’est souhaitable que par 40 % des professionnels de santé.

L’énergie présentant le plus faible impact sur la santé

Cette position des professionnels de santé témoigne certainement de l’impact de l’accident de Fukushima quant à l’appréhension des risques de l’énergie nucléaire. En effet, si les praticiens ont rarement été spécifiquement interrogés sur cette question, les prises de position de certaines hautes instances médicales avaient révélaient plutôt une certaine bienveillance à l’égard de cette source d’énergie. Ainsi, en juillet 2003, l’Académie de médecine adoptait quasiment à l’unanimité un avis invitant à privilégier la filière nucléaire, soulignant qu’en matière de santé, elle semblait présenter « le plus faible impact sur la santé par kilowatt produit par rapport aux filières utilisant des combustibles fossiles, les biomasses ou l’incinération des déchets (…) ou même les énergies éolienne et photovoltaïque ».

Sondage réalisé sur le JIM du 25 mars au 8 avril
auprès de 471 professionnels de santé

Les décisions de l’Académie de médecine ne reflètent pas toujours le sentiment de l’ensemble des praticiens, mais cette opinion révèle une certaine confiance accordée à l’énergie nucléaire par la sphère médicale.

Tchernobyl oublié, l’angoisse aussi

Les réserves bien plus prononcées que l’on constate aujourd’hui sont-elles cependant le résultat d’une réelle mutation ou une simple réponse épidermique au choc de Fukushima ?

Au sein de l’opinion publique, l’évolution de la perception de la dangerosité du nucléaire témoigne que l’éloignement des accidents affaiblit la vigilance. Ainsi, quatre ans après la catastrophe de Tchernobyl, en 1990, pressés de classer les différentes menaces écologiques, les Français citent en premier lieu le risque d’accident nucléaire. Cette inquiétude est cependant reléguée au troisième plan dès 2002, devancée par la pollution aquatique et atmosphérique. Enfin, en 2008, ils ne sont plus que 27 % à désigner le nucléaire comme danger environnemental le plus préoccupant, tandis que 53 % évoquent les changements climatiques et 36 % la pollution de l’eau.

Augmentation des prix en cas de sortie du nucléaire : ça on le sait !

Ainsi apparaît-il que le nucléaire n’a pas toujours été (et pourrait ne pas être si longtemps) l’épouvantail qu’il est actuellement. En la matière, seuls semblent donc avérés les sondages révélant qu’une majorité de Français se considèrent plutôt mal informés sur le nucléaire. Ce défaut de connaissance ne concerne cependant pas la question du prix. Selon une enquête menée par BVA pour BFM, 80 % des Français pensent qu’une sortie du nucléaire aura un impact sur leurs factures d’électricité.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Académie de médecine et EDF...

    Le 11 avril 2011

    Concernant l'avis de l'Académie de Médecine sur l'énergie nucléaire, ne perdons pas de vue qu'il est co-signé par un de ses membres les plus influents : le Professeur Aurengo, aussi membre du Conseil d'Administration d'EDF... mais cela n'a sans doute aucun lien.
    Ph Perrin

Réagir à cet article