Tokyo, le lundi 2 mai 2011 – Fukushima est un monde d’hommes.
Depuis le 23 mars, en effet, l’opérateur qui gère la centrale
nucléaire a ordonné le départ de toutes les femmes travaillant sur
le site, une vingtaine au total. Pour la gent féminine en effet, la
dose de radiations maximale autorisée ne peut dépasser les 5
millisieverts sur trois mois. Or, au cours des dix premiers jours
ayant suivi le tsunami, au moins deux femmes présentes sur le site
de la centrale ont vu ce seuil dépasser. Tepco a fait ces
révélations la semaine dernière. Il a d’abord indiqué mercredi
qu’une travailleuse a été exposée à une dose cumulée de 17,5
millisieverts. « C’est extrêmement regrettable » avait commenté le
porte-parole de l’Agence japonaise de sûreté nucléaire, Hidehiko
Nishiyama, indiquant qu’une enquête allait être menée pour
déterminer les conditions dans lesquelles cette surexposition avait
pu se produire. Cette investigation pourrait concerner une autre
femme, soumise selon des révélations faites hier par Tepco à des
radiations de 7,49 millisieverts. Il s’agit d’une femme appartenant
à l’équipe médicale de la centrale qui ne présente aujourd’hui pas
de problèmes de santé et qui devrait être l’objet d’un examen
médical spécifique ce lundi 2 mai. Rappelons qu’un scanner corps
entier peut entraîner une irradiation de 20 millisieverts.
Au-delà de la limite
Ces révélations confirment une nouvelle fois les risques
auxquels sont exposés l’ensemble des travailleurs de la centrale
nucléaire de Fukushima et semblent également mettre en évidence les
défauts de protection des techniciens. D’autres chiffres confortent
cette perception de la situation : on vient en effet également
d’apprendre que deux travailleurs sont aujourd’hui proches de la
limite des 250 millisieverts par an, seuil relevé après le
tremblement de terre pour permettre aux techniciens d’opérer en
cette période de crise intense. Au lendemain de cette annonce, le
blog scientifique du quotidien Libération proposait un bilan des
travailleurs exposés : vingt-et-une personnes ont reçu une dose
supérieure à 100 millisiervers au-delà de laquelle de nombreux
experts évoquent un risque augmenté de développer une leucémie. Par
ailleurs, outre les deux travailleurs désormais proches des 250
millisieverts, on compte huit ouvriers situés entre les doses de
150 et 200 mSv et onze entre 100 et 150.
Hypertension
Non seulement ces différents chiffres confirment la difficulté
immense d’apporter une protection suffisante aux travailleurs du
nucléaire en situation de crise, mais ils rappellent également
qu’outre les problèmes de radiation les techniciens japonais sont
soumis à des conditions de travail et d’existence particulièrement
difficiles. La vie très ascétique à laquelle ils sont soumis avait
ainsi déjà été évoquée ces dernières semaines et il semble
aujourd’hui difficile de faire entendre raison à Tepco. Pourtant
les autorités japonaises haussent le ton : la semaine dernière le
ministère de la Santé a demandé que des examens médicaux urgents
soient proposés aux employés de la centrale, les dernières données
ayant notamment révélé une augmentation des cas d’hypertension.
Dans d’autres domaines, également, les autorités japonaises ont
voulu témoigner qu’elles se montreraient intraitables à l’égard de
Tepco : elles viennent d’affirmer qu’elles n’autoriseront pas
l’opérateur électrique à limiter le montant des indemnités liées à
l’accident qui ont déjà commencé à être versées et qui ont entraîné
des baisses de salaire au sein de l’entreprise.
Canal + interpellé par l’Ambassade du Japon
Cette intransigeance affichée n’a pas empêché des voix
dissidentes de s’élever au sein du gouvernement pour dénoncer une
gestion de la crise insuffisante. Ainsi vendredi, un conseiller
scientifique du gouvernement a annoncé, les larmes aux yeux sa
démission. « Je ne peux m’empêcher de penser que le
gouvernement ne prend que des mesures provisoires (…) et retarde
ainsi la résolution de cette crise nucléaire » a déclaré le
professeur Toshito Kosako. Enfin, on relèvera que cette situation
japonaise a connu des répliques jusqu’au siège de Canal + : la
chaîne française a reçu de l’ambassade du Japon à Paris une lettre
de contestation pour protester contre les sketchs des Guignols de
l’info qui parodiaient les opérations de secours mises en œuvre à
Fukushima.
Aurélie Haroche
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