Des médecins et des infirmières arrêtés ou enlevés à Bahrein

Paris, le mercredi 18 mai 2011 – Depuis hier, il n’y a plus de députés représentant la communauté chiite au sein du Parlement de Bahrein. Les sept derniers élus qui y siégeaient ont présenté leur démission afin de dénoncer la violence avec laquelle les manifestations de ces derniers mois ont été réprimées. Il y a quelques semaines, onze autres députés s’étaient déjà engagés dans cette voie. Face à ces décisions, le gouvernement de Bahreïn se contente de prendre acte en organisant des élections partielles le 24 septembre prochain qui contribueront à remplacer les sièges laissés vacants. A cette date, le pouvoir espère que les manifestations de cet hiver ne seront plus qu’un mauvais souvenir. Il paraît en effet dores et déjà convaincu de sa victoire : il vient d’annoncer que l’état d’urgence décrété le 15 mars pour répondre à la révolte serait levé le 1er juin.

Au moins vingt quatre personnes tuées pendant les manifestations…

Cette décision marque, en dépit de la grande ténacité des opposants, un certain essoufflement du mouvement. Cette évolution semble inévitable compte tenu de la sauvagerie avec laquelle ont été traités les manifestants. Officiellement, Manama, la capitale, reconnaît que vingt quatre personnes sont mortes entre la mi février et la mi mars dans les rues du petit royaume. Ils pourraient cependant être plus nombreux à avoir péri sous les assauts de la police. Celle-ci n’a en effet pas hésité à enfreindre toutes les règles pour traquer les opposants au régime, y compris celles leur assurant le droit d’être soigné.

Des manifestants marqués

L’association Médecins sans frontières et l’organisation Médecins pour les droits de l’homme (PHR, Physicians for Human Rights) ont ainsi raconté comment les forces militaires utilisent des projectiles facilement reconnaissables leur permettant d’identifier parmi les blessés les personnes ayant participer aux manifestations. « Les blessures et en particulier celles causées par certaines armes utilisées par les forces militaires et la police, sont utilisées pour identifier les manifestants et les arrêter » a ainsi expliqué une coordinatrice de Médecins sans frontières (MSF).

Soigner c’est soutenir

Non contente de « marquer » ainsi les opposants au régime, la police de Bahrein entrave également l’accès aux soins. Ainsi, l’hôpital Salmaniya a été le théâtre d’affrontements très violents entre les forces de l’ordre et les manifestants. Et les patients n’ont pas été les seuls à avoir été pris pour cible par les policiers. Les médecins et infirmières ont été également très nombreux à être interpellés. Le fait de soigner les manifestants blessés a été présenté par les autorités de Bahrein comme la preuve d’un soutien explicite à la révolte. C’est sous de tels chefs d’accusation que 24 médecins et 23 infirmières ont été inculpés le 3 mai dernier et devraient être jugés en cour martiale. Ces professionnels de santé sont poursuivis notamment pour « incitation au renversement par la force du régime ».

Kidnapping

Par ailleurs, l’organisation PHR affirme dans un rapport récemment publié qu’au moins soixante dix praticiens et infirmières ont été arrêtés depuis le début des manifestations et que trente deux restent à ce jour introuvables. Leurs familles n’ont aucun moyen de connaître le sort de leur proche. Le président de PHR déplore : « C’est un pays riche avec un système de santé sophistiqué... et qui est maintenant complètement militarisé. »

On ne peut que regretter (et dénoncer) également le silence assourdissant de la communauté internationale face à cette répression sauvage exercée d’ailleurs avec le concours de nos « alliés », l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.   

Aurélie Haroche

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