Une erreur humaine a favorisé l’accident de Fukushima

Paris, le lundi 23 mai 2011 – La semaine dernière, l’entreprise Tepco, qui gère la centrale nucléaire de Fukushima, remettait un document de 2 900 pages décrivant minutieusement l’ensemble des événements s’étant produit dans l’installation depuis le tsunami du 11 mars. Cette analyse révèle qu’une erreur humaine a pu précipiter les dysfonctionnements majeurs qui ont été observés. En effet, comme le révèle le site Mediapart, on y découvre que le système d’isolation condenser (IC) qui contribue à refroidir le cœur d’un réacteur arrêté et ce même en l’absence d’alimentation électrique a été interrompu par les techniciens après son déclenchement automatique. Dans la précipitation, les opérateurs ont en effet procédé à cette manœuvre s’inquiétant d’une baisse de pression. Il a été ensuite impossible de relancer le dispositif après la rupture de toute alimentation électrique. Pour le journaliste scientifique Michel de Pracontal, il ne fait aucun doute que cette erreur a précipité l’échauffement au sein du réacteur n°1.

Le Premier ministre renonce à son salaire

C’est la première fois que Tepco admet l’existence d’un dysfonctionnement humain après avoir longtemps affirmé que seul le tsunami était à l’origine des dommages subis par la centrale. Cet aveu ajoute encore un peu plus au discrédit que connaît désormais l’entreprise qui doit aujourd’hui faire face à une crise boursière sans précédent. La défiance des japonais s’exerce également à l’encontre des pouvoirs publics soupçonnés d’avoir minimisé la crise. Aussi, afin de témoigner de sa solidarité, le Premier ministre, Naoto Kan a annoncé il y a une dizaine de jours qu’il renonçait à ses émoluments jusqu’au rétablissement de la situation. 

Eau contaminée : un problème insondable

Le retour à la normale au sein de la centrale est loin d’être acquis. La question de l’évacuation de l’eau contaminée reste encore épineuse. On estime en effet que les parties basses de la centrale concentrent près de 90 000 tonnes d’eau contaminée. Tant la présence de fuites que les opérations d’évacuation de cette eau ne peuvent pas ne pas avoir d’influence sur l’environnement marin. Des analyses de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (ACRO) rendues publiques vendredi ont d’ailleurs confirmé que « l’eau de mer prélevée à une quarantaine de kilomètres de la centrale présente (…) une contamination anormale en césium 137, 134 et iode 131 ». Dernière tentative en date pour contenir cette pollution radioactive : une barge est déployée aujourd’hui au large de la centrale afin de contenir les milliers de tonnes d’eau contaminée. Longue de 136 mètres et large de 46 mètres, ce dispositif devrait cependant se révéler rapidement insuffisant, sa contenance ne dépassant pas les 10 000 tonnes d’eau.

Contamination significative jusqu’à 270 km autour de la centrale

Les contaminations retrouvées au niveau de la terre et des plantes sont également inquiétantes selon l’Acro, notamment parce qu’elles dépassent très largement les zones proches de la centrale. Les responsables de ce laboratoire affirment en effet que : « Les retombées de Fukushima sont détectables à des niveaux significatifs jusqu’à Kanawaga, située à environ 270 km de la centrale ». Ces données nécessitent donc le maintien de la vigilance qui s’exerce à un niveau tant national qu’international comme le démontre le lancement il y a deux jours d’une enquête de l’ONU portant sur les conséquences pour la santé de la catastrophe.

Soutien psychologique

Mais ce qui préoccupe les ONG encore présentes au Japon ne concerne pas uniquement les répercussions de l’accident nucléaire. Leur attention se concentre aujourd’hui sur le soutien psychologique à apporter aux victimes du tremblement de terre et du tsunami. Ainsi, ce 23 mai, l’équipe de Médecins sans frontière présente dans la préfecture de Miyagi indique que son activité s’oriente désormais « vers le soutien psychologique auprès des personnes les plus vulnérables parmi les déplacés, telles que les personnes âgées, les parents seuls et les personnes déjà touchées par des handicaps ou des maladies chroniques ». Des opérations de sensibilisation ont déjà été réalisées et sur les 2 075 consultations médicales assurées depuis le séisme par les praticiens de MSF, 600 ont donné lieu à des conseils proposés par les psychologues de l’organisation.

Aurélie Haroche

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