Surveillance d’une cohorte de 704 traumatismes crâniens dans Astérix : une étude Gothique

Alésia, le vendredi 17 juin 2011 – La littérature médicale peut parfois se révéler frappante… de malice quand certains auteurs décident avec le plus grand sérieux d’appliquer leur sens clinique et critique à des situations pour le moins inattendues. C’est vers une telle bulle de fraîcheur que se sont orientés Marcel A. Kamp et ses confrères du département de neurologie de Düsseldorf qui, ne déclarant aucun conflit d’intérêt avec Goscinny ou Uderzo, se sont penchés sur la spécificité clinique des traumatismes crâniens dans les albums d’Asterix.

Passant en revue les 34 épisodes d’une des plus célèbres bandes dessinées du monde, ils ont pu identifier 704 traumatismes crâniens. Dès lors, afin notamment de comprendre pourquoi, en dépit de leur apparente sévérité (50 % peuvent être classés comme tel), aucune de ces blessures n’a entraîné de décès ou d’incapacité permanente, Marcel A. Kamp et ses confrères ont procédé à une minutieuse description de ces coups et de leurs conséquences.

Astérix et Obélix à Glasgow

Car, les traumatismes crâniens qui affleurent le long des vignettes d’Astérix sont pour leur très grande majorité (98,8 %) provoqués par des combats. Seules six chutes et huit étranglements font exception à la règle. Le symptôme le plus fréquent est l’altération de la conscience : avec un score initial de Glasgow estimé entre 3 et 8 dans 55,4 % des cas et entre 9 et 12 pour 12,6 % des traumatismes. Minoritaire sont les situations où on ne trouve pas d’altération de la conscience ou une altération très minime (31,9 %). L’altération de la conscience est marquée par une absence totale de mouvement et une langue pendante retrouvée dans 26,7 % des cas. « Fait intéressant », remarquent les auteurs : si un patient a été observé avec une pupille de la taille d’une « tête d’épingle », dans aucune bulle, les victimes ne présentent de pupille dilatée signe d’une élévation de la pression intracrânienne.

Etre Romain : un facteur de risque majeur

Au-delà de cette description, les auteurs ont souhaité mettre en avant des facteurs de risque. Etre un Romain est sans conteste une caractéristique qui doit alerter : dans 63,9 % ils sont les victimes des coups assénés et le fait de porter un casque ne les protège en rien. En effet, si 70,5 % des victimes en portent un, elles le perdent dans 87,7 % des cas. Dans 90 % des observations, les coups sont assénés par des Gaulois : à eux seuls Astérix et Obélix sont responsables de plus de la moitié des traumatismes crâniens recensés dans ces pages de Goscinny et Uderzo.

Le secret de la potion magique

Si le devenir des patients n’est pas toujours facilement connu, les auteurs de l’étude notent qu’aucun décès ou incapacité permanente ne sont à déplorer, à l’exception de cas prolongés d’aphasie ou de désorientation après l’emploi d’une force massive. Le secret serait-il à chercher dans la potion magique ? Celle qui est majoritairement employée par les auteurs de coups est également utilisée comme un remède dans l’album Astérix et le Grand Fossé qui permet une récupération très rapide.

Scriboullix

Référence
Marcel A. Kamp et coll. : "Traumatic brain injuries in illustrated literature : experience from a series of over 700 head injuries in the Asterix comic books", Acta Neurochir (2011) 153:1351-1355

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