Stockholm, le vendredi 8 juillet 2011 – On l’avait rencontré à
Barcelone en 2008, on le retrouve à Huddinge dans la banlieue de
Stockholm en 2011. Si le professeur Paulo Macchiarini a troqué le
soleil ibérique contre les brumes suédoises, son obsession, elle
n’a pas changé : mettre au point une technique chirurgicale
permettant de remplacer la trachée sans risque de rejet. En 2008,
il publiait dans le Lancet, les résultats d’une première
prometteuse. Le cas concernait une patiente de 30 ans présentant
des séquelles graves de tuberculose bronchique face auxquelles
l’équipe de Paulo Macchiarini avait considéré qu’un traitement
inédit pouvait représenter un véritable espoir. La première étape
avait consisté à prélever une trachée chez un donneur décédé avant
d’en éliminer toutes les cellules et les antigènes majeurs
d’histocompatibilité (MHC). Puis, des cellules épithéliales
bronchiques de la patiente ont été « semées » dans cette trachée,
placée dans un bioréacteur spécialement mis au point. Quatre jours
plus tard, cette trachée était implantée. Les résultats se sont
révélés probants : la patiente a rapidement récupéré et n’a pas
nécessité de traitement anti-rejet.
Sur la voie de la guérison
Le mois dernier, à Stockholm, une procédure similaire mais
évitant l’étape du prélèvement chez un donneur décédé a été
appliquée à un patient de 36 ans souffrant d’un cancer de la
trachée à un stade avancé. L’implantation d’une nouvelle trachée
apparaissait la seule voie possible pour cet homme dont la tumeur
avait pris, en dépit d’une radiothérapie, des proportions telles
qu’elle menaçait d’obstruer complètement la trachée. Plutôt que de
recourir à un donneur, l’équipe de Paulo Macchiarni a utilisé une
trachée synthétique sur laquelle ont été implantées les cellules
souches du patient, grâce une nouvelle fois à un bioréacteur
spécifique mis au point par des chercheurs de Harvard Biosciences.
Menée par Paolo Macchiarini et le professeur Alexander Seifalian de
l’University College of London, l’intervention se révèle
aujourd’hui un véritable succès. « Sur le chemin d’une guérison
totale » selon un communiqué de l’hôpital universitaire de
Karolinska de Huddinge, le patient va en effet pouvoir quitter
l’hôpital dès aujourd’hui et ce sans avoir à suivre un traitement
immunosuppresseur.
Des essais en France
Cette première mondiale évoquera sans doute les travaux en
France du professeur Philippe Dartevelle (Centre chirurgical Marie
Lannelongue) et du docteur Frédéric Kolb (Institut Gustave Roussy).
En novembre 2010 les deux praticiens avaient présenté une série de
sept patients chez lesquels avait été implantée une trachée
reconstruite « avec leurs propres tissus ». Cependant, les deux
médecins avaient à l’époque évoqué « l’imperfection de cette
néotrachée liée à l’absence d’épuration mucociliaire ». Sans doute
la technique suédoise présentée aujourd’hui échappe à ce
défaut.
Une technique à généraliser ?
Cette première offre donc certainement un important espoir en ce
qui concerne l’amélioration de la prise en charge des patients
concernés par une maladie de la trachée. Elle confirme par ailleurs
comment l’utilisation de cellules souches est en passe de devenir
incontournable dans le domaine de la transplantation. Déjà cette
semaine nous évoquions comment, toujours en Suède, à Göteborg, des
chirurgiens avaient implanté chez une petite fille une veine
mésentérique prélevée chez un donneur. Le vaisseau avait été traité
lui aussi afin d’en éliminer toutes les cellules et les antigènes
majeurs d’histocompatibilité (MHC). Puis, les cellules souches
extraites de la moelle osseuse de l’enfant avaient été implantées
sur cette veine avant d’être réimplantée avec succès.
Aurélie Haroche
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