Sida : la prévention médicamenteuse à portée de mains…

Rome, le lundi 18 juillet 2011 – Habituellement moins médiatisée que les conférences internationales dédiées au Sida, la réunion plus scientifique de la Société internationale sur le Sida (IAS) également appelée « Conference on HIV pathogenesis treatment and prevention » devrait pour sa sixième édition qui s’est ouverte à Rome attirer plus d’attention que de coutume. Elle a en effet débuté sous des auspices particulièrement encourageants avec la publication la semaine dernière de résultats très attendus concernant le rôle préventif des antirétroviraux.

Couples sérodifférents : traiter le partenaire non atteint

Le premier essai, mené par le Centre international de recherche clinique de l’Université de Washington, baptisé Partners sur la PPrE a été conduit au Kenya et en Ouganda auprès de 4758 couples sérodifférents. Les sujets ont été divisés en trois groupes : dans le premier, le partenaire non infecté par le VIH recevait un comprimé de Ténofovir par jour , dans le second il était « traité » par Ténofovir/Emtricitabine, tandis que dans le dernier un placebo lui était administré. Résultat, le nombre d’infections par le VIH a été inférieur de 62 et 73 % pour les deux premiers groupes par rapport aux sujets ayant reçu un placebo.

Transmission freinée quand le malade est traité

Même constatation dans un essai réalisé au Bostwana chez 1 200 hommes et femmes hétérosexuels non séropositifs (mais pas nécessairement en couple). Menée par les Centres pour le contrôle des maladies (CDC) des Etats-Unis, l’étude TDF a révélé que la prise de Ténofovir/Emtricitabine a permis de réduire le risque de contracter le virus du Sida de 63 % par rapport aux patients ayant reçu pendant la même période d’un an un placebo. Ces résultats s’ajoutent à ceux d’une étude présentée en mai concernant des couples homosexuels sérodifférents et aboutissant à des résultats semblables.

Par ailleurs, en mai, avaient été rendus publics les résultats de l’étude HPTN 052 menée par le réseau américain d’essais portant sur la prévention du VIH confirmant comment au sein de couples sérodifférents la transmission du virus était pratiquement totalement supprimée par une trithérapie du partenaire malade.

Révolution

Autant d’éléments qui confirment la force préventive des antirétroviraux. « Il s’agit d’une découverte scientifique capitale qui vient confirmer à nouveau le rôle essentiel des médicaments antirétroviraux dans la riposte au Sida. Ces études pourraient nous aider à atteindre le point de basculement dans l’épidémie de VIH » a ainsi déclaré le directeur de l’ONUSIDA, Michel Sidibé. De son côté, le co-président italien de la conférence qui s’est ouverte hier à Rome, Stefano Vella a confirmé que « le traitement comme prévention » représentait une « révolution ».

On peut tenir le coût

Une révolution dont le coût pourra-t-il être supporté par une communauté internationale dont certains ont déjà souligné qu’elle peinerait à tenir durablement ses engagements en raison notamment de la crise financière ? Le professeur en économie de la Santé, Jean-Paul Moatti (Inserm) se montre plutôt confiant. « En 2010, on avait 16 milliards de dollars de financements dont la moitié venait de l’aide internationale et l’autre moitié des gouvernements » a-t-il rappelé. Or, l’accès universel aux antirétroviraux représenterait une dépense de 22 milliards de dollars par an, atteignable selon l’économiste. « Cela ferait une hausse des dépenses dans des proportions contrôlables. Selon les projections, si on fait un programme massif d’accès aux antirétroviraux, en dix ans il est rentable » a-t-il encore ajouté.

Baisse des prix des médicaments

Cet optimisme n’est pas pleinement partagé par tous les observateurs. Ainsi, président de l’IAS, Elly Katabita a ainsi résumé les nouveaux enjeux de la lutte contre le Sida en remarquant « Les chances d’une fin de la pandémie sont meilleures, mais les défis sont plus grands ». De nombreux éléments positifs existent cependant, telle la signature la semaine dernière d’un accord entre Unitaid et les laboratoires Gilead Science qui devrait favoriser la vente à bas prix des antirétroviraux aux pays pauvres.

Aurélie Haroche

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