Corse : Xavier Bertrand a-t-il su apaiser en beauté le conflit entre l’ARS et les syndicats ?

Ajaccio, le lundi 1er août 2011 – Les vacances des ministres commencent ce soir et bon élève, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand devrait répondre à la recommandation du Président de la République de choisir une villégiature française. Pas de grand sacrifice pour le locataire de l’Avenue de Ségur, l’île de Beauté est depuis des années son refuge estival privilégié. Cette année, son arrivée en Corse sonnera cependant plus que jamais comme un retour : le ministre de la Santé a en effet déjà séjourné sur l’île trois jours la semaine dernière. Au menu cependant, pas question de goûter les charmes de Monticello où il a ses habitudes, mais plus certainement de se confronter à un conflit syndical qui perdure depuis désormais plusieurs mois.

Neutralité obligatoire

Les négociations qui se sont ouvertes au printemps entre l’Agence régionale de santé (ARS) et les organisations représentant les personnels de santé ont en effet rapidement tourné court. Les discussions qui devaient porter sur la réorganisation des services hospitaliers ou encore sur les mesures à mettre en œuvre pour faire face à la désertification médicale ont rapidement achoppé et entraîné l’occupation des locaux de l’ARS pendant quarante jours. Par ailleurs, des mouvements de grève se sont succédés dans la plupart des établissements de l’île pendant deux mois. A ces difficultés, Paris n’a semblé répondre que par son silence. Une attitude dont le ministre de la Santé se défend aujourd’hui : « Rassurez-vous (…) j’ai suivi la situation de très près et de manière quotidienne (…). Mais je n’avais pas à intervenir dans les discussions entre les syndicats et leur interlocuteur naturel, le directeur de l’Agence régionale de santé qui est le représentant qualifié de l’Etat » a-t-il expliqué vendredi au quotidien Corse Matin.

Spécificité géographique

Une règle cependant que le ministre a fini par enfreindre face à la persistance du blocage. Au cours de ses trois jours de visite le ministre a multiplié les rencontres avec les responsables de l’ARS, les représentants du service public de l’emploi départemental et surtout les syndicats réunis en une intersyndicale (regroupant FO, la CGT, la CFDT, le Syndicat des travailleurs corses et le Syndicat national des cadres hospitaliers). Des discussions plutôt fructueuses car elles ont contribué à un certain apaisement. Le ministre a de fait multiplié les annonces sur les sujets les plus épineux. Ainsi, les syndicats militent depuis plusieurs semaines pour un relèvement du coefficient géographique appliqué à la Corse. Ce coefficient permet de déroger quelque peu à l’objectif de convergence tarifaire afin de tenir compte de certains facteurs spécifiques. Un coefficient de 7 % a ainsi été accordé à Paris et aux départements de banlieue, de 25 % à 30 % aux DOM-TOM et de 6 % à la Corse. Un soutien trop faible selon les organisations syndicales qui appelaient à son relèvement à 15 %. La réponse du ministre à leurs revendications pourra être jugée minimale puisqu’il a indiqué que ce coefficient serait porté à 7 %, ce qui représente cependant a-t-il tenu à préciser « un surcroît de recettes de 10,5 millions d’euros par an ».

Un nouvel hôpital pour Ajaccio

Autre avancée garantie par le ministre : la création de six maisons de santé pluridisciplinaires qui doivent permettre de répondre aux problèmes de désertification médicale. Une étude publiée récemment par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) a de fait récemment rappelé comment en la matière la situation de la Corse est la plus problématique de France. Ainsi, si 95 % des Français vivent à moins de 15 minutes par la route d’un généraliste, cette proportion descend à 89 % sur l’île de Beauté. Enfin, alors que la vétusté des établissements hospitaliers est fortement dénoncée, le ministre s’est déclaré favorable à la reconstruction d’un hôpital à Ajaccio qui « sera financé dans le cadre de la deuxième tranche de l’opération « Hôpital 2012 ». Par ailleurs, installation d’un troisième IRM dans la région et le renforcement de la filière de prise en charge des AVC complètent ces différentes annonces.

Accueil bruyant

Si ces dernières ont su apaiser la tension, des critiques se sont cependant parallèlement déjà faites entendre. Elles concernent notamment l’insuffisance du relèvement du coefficient géographique ou encore le fait que certaines des promesses budgétaires présentées comme nouvelles par le ministre de la Santé pourraient n’être en réalité que le rappel d’annonces ultérieures. Par ailleurs, dans les établissements, la grogne demeure toujours palpable, aiguisée ça et là par des spécificités locales qui agitent l’opinion locale. Sans doute que sur sa route Xavier Bertrand qui s’est imposé comme devoir de vacances de visiter plusieurs hôpitaux corses devrait de nouveau faire l’expérience de ce qu’il décrit comme « le sens de l’hospitalité des Corses ».

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article