Prothèses mammaires PIP : est-on au sein d’un scandale sanitaire ?

Paris, le lundi 28 novembre 2011 – L’annonce jeudi 24 novembre du décès d’une femme qui avait été porteuse d’implants mammaires Poly Implant Prothèses (PIP), victime d’un lymphome, a très rapidement suscité de nombreux commentaires. Les implants PIP ont en effet, on le sait, été suspendus au printemps 2010 par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) après qu’ait été révélée  l’utilisation par l’entreprise d’un gel de silicone non autorisé pour l’usage médical, qui paraît entraîner un risque de rupture et de suintement accru. En dépit des déclarations tranchées des avocats de l’association des porteuses d’implants PIP (l’organisation PIP), rien ne permettait la semaine dernière d’affirmer que le lymphome développé par Edwige Ligonèche était en lien avec la prothèse contenant un gel inadapté. 

« Antécédents de prothèse mammaire »

Si cette preuve n’a toujours pas été apportée (et pourrait être très complexe à établir), plusieurs précisions ont néanmoins été présentées par les médias ce week-end, qui, bien qu’elles ne soient pas exemptes d’une certaine confusion, semblent devoir renforcer la vigilance et qui pourraient peut-être appeler les pouvoirs publics à prendre de nouvelles mesures. Ainsi, dans un communiqué plutôt ambigu, l’Institut Paoli Calmettes à Marseille où a été prise en charge Edwige Ligonèche, âgée de 53 ans a indiqué qu’elle avait été suivie à partir de mai 2011, en raison d’un « lymphome avec des antécédents de complication sur des prothèses mammaires », tout en ajoutant que le décès de la patiente ne « veut rien dire sur le lien avec la prothèse ». De son côté, la famille d’Edwige assure que dans une lettre « son cancérologue dit clairement que le lymphome s’est développé au contact de la prothèse qu’elle portait ».

Un deuxième cas de lymphome

A ces éléments qui ne peuvent nullement être considérés comme des confirmations, mais qui témoignent cependant que la possibilité d’établir un lien n’est pas infime, s’ajoute la révélation par le Parisien d’un second cas de lymphome chez une porteuse de prothèse PIP. L’âge et l’identité de cette patiente ne sont pas révélés. Cependant, à la différence de ce qui prévalait pour Edwige, il est clairement précisé par le quotidien que la localisation initiale de ce lymphome paraît bien être le sein. Une expertise devrait avoir lieu prochainement afin d’en savoir plus sur les circonstances d’apparition de ce cancer chez cette femme. 

Pourquoi ne pas retirer tous les implants ?

Enfin, le décès d’Edwige et la révélation d’un possible deuxième cas de lymphome ont contribué à faire naître de nouveaux témoignages de femmes porteuses de prothèse PIP qui décrivent leurs douleurs et leurs inquiétudes lorsqu’elles ont été victimes d’une rupture de leur implant. Le Parisien est ainsi revenu sur le cas de Laetitia chez laquelle l’écoulement de silicone a été considéré comme particulièrement préoccupant par son praticien. Le chirurgien Denis Boucq, qui a pris en charge cette femme de 36 ans à la clinique Mozart à Nice explique ainsi : « Je me suis rendu compte que le gel de silicone avait migré dans son corps et atteint ses côtes. Cela aurait pu lui provoquer un pneumothorax ». Le cas de Laetitia, ainsi que les dizaines de femmes (55 au total) chez lesquelles Denis Boucq a procédé à un retrait des implants (soit en raison d’une rupture, soit à titre préventif) a nourri chez le spécialiste la conviction selon laquelle toute les femmes porteuses de prothèses PIP devraient se faire opérer.

Remboursement dans tous les cas

Pour l’heure, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) ne recommande pas une telle mesure. Les femmes concernées doivent se soumettre à un suivi régulier (tous les six mois), l’échographie de contrôle étant prise en charge par l’Assurance maladie. Si un retrait est jugé nécessaire par le chirurgien (qui dispose pour étayer son choix d’un « guide d’aide à la décision » élaboré par l’AFSSAPS), l’intervention est également remboursée par la collectivité. Cependant, la pose de nouveaux implants demeure aux frais de la patiente, sauf si le recours à des prothèses intervenait initialement dans le cadre d’une reconstruction mammaire après un cancer. Si le retrait est souhaité par la patiente, en dépit de l'absence de rupture ou de suintement, il peut également devoir être pris en charge par l’Assurance maladie. L’AFSSAPS ne semble en effet pas distinguer les interventions préventives des explantations provoquées par un incident dûment constaté. Elle souligne uniquement : « Les femmes porteuses d’implants PIP seront remboursées de leurs frais médicaux et chirurgicaux liés à l’explantation (échographies, analyses, retrait de l’implant, examens de contrôle post-opératoire) ».

La prise en charge de nouveaux implants dans la balance 

Si la question financière pourrait donc ne pas être un frein à la volonté des patientes de se faire retirer leurs implants à titre préventif, l’absence de recommandations strictes des autorités sanitaires pourrait représenter pour certaines porteuses de prothèses PIP une raison de douter de la nécessité de cette intervention. Surtout, certaines paraissent considérer que pour franchir le pas, il faudrait qu’elles puissent obtenir la garantie d’une prise en charge de la pose de nouveaux implants. Ce qui semble exclu aujourd’hui.

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