Le Sida peut-il être (encore) être un thème de campagne ?

Paris, le mercredi 30 novembre 2011 – « Serez-vous le candidat de la fin du Sida ? » : c’est par cette question que l’association Aides entend interpeller la dizaine d’hommes et de femmes politiques français qui ont décidé de briguer l’investiture suprême. Derrière ce slogan, l’organisation souhaite, entre autre, que soit explicitement abordée au cours de la campagne électorale la question des sommes allouées au Fonds mondial contre le Sida qui connaît aujourd’hui une baisse des subventions. Aides entend également sensibiliser les hommes politiques sur la discrimination qui continue à peser sur les séropositifs. Pas sûr cependant que ce programme rencontre un franc succès tant auprès des candidats que des électeurs.

Plusieurs données récentes autour de l’épidémie de Sida en France et dans le monde ont en effet témoigné des changements positifs intervenus ces dernières années. Plus spécifiquement dans l’hexagone, une enquête publiée il y a quelques semaines sur l’accès à l’emploi des séropositifs aura démontré que les discriminations qui les touchaient fortement dans le monde du travail il y a quelques années tendent aujourd’hui si non à disparaître tout du moins à s’estomper . Il semble d’ailleurs que dans l’esprit des Français, l’idée que la lutte contre le Sida ait peu perdu de son caractère d’urgence se soit imposée. En tout état de cause, des résultats publiés en début de semaine indiquent qu’aujourd’hui la part de Français affirmant craindre le Sida a fortement diminué depuis les années quatre vingt dix (passant de 40 à 27 %). Or, il est très probable que parmi les sujets qui feront recette pendant la campagne électorale, les inquiétudes les plus aiguës des Français tiendront la première place.

La notion de « populations à risque » reprend sens

On soulignera par ailleurs que parmi les raisons qui expliquent que le Sida inquiète aujourd’hui beaucoup moins qu’hier, ne figure sans doute pas uniquement le développement de traitements efficaces, ou l’affaiblissement des discriminations, mais également le fait qu’aujourd’hui la « généralisation » de l’épidémie à l’ensemble de la population semble s’être stabilisée. Les résultats de travaux menés à l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP) visant à évaluer l’efficacité et l’opportunité de la réalisation de tests de dépistage rapide dans les services d’urgence avaient déjà permis de mettre en évidence que la grande majorité des nouveaux cas dépistés concernait des personnes considérées comme à risque. Hier, les données publiées par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) l’ont une nouvelle fois confirmé.

Augmentation des cas de séropositivité chez les homosexuels, pas chez les migrants

Sur les cinq millions de tests réalisés en 2010 (un nombre stable depuis 2006), 10 800 se sont révélés positifs, tandis que 6 300 personnes découvraient leur séropositivité, un chiffre qui ne connaît pas d’évolution ces dernières années. Depuis 2005, la proportion de sérologies VIH positives pour 1 000 est en effet demeurée comprise entre 2,1 et 2,2. Les auteurs notent par ailleurs que 40 % des personnes ayant appris leur infection en 2010 ont probablement été contaminées lors d’un rapport homosexuel, tandis que 57 % l’ont été par un rapport hétérosexuel et 1 % par usage de drogues injectables. En outre, un peu moins de la moitié des découvertes de séropositivité concernaient des personnes nées à l’étranger (dont 31,7 % en Afrique subsaharienne). Chez les homosexuels, le nombre de nouveaux cas de séropositivité est en augmentation depuis 2003 à l'inverse de ce que l'on observe chez les personnes nées en Afrique subsaharienne. On notera en outre que si chez les hétérosexuels, les nouveaux cas de séropositivité touchent des sujets de plus en plus âgés, cette tendance ne s’observe pas chez les homosexuels. « Cette différence reflète (…) la diffusion plus rapide du VIH parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) » indiquent les auteurs de l’étude.

Près d’un quart des hommes hétérosexuels découvrent leur séropositivité au stade Sida

Ces derniers mettent enfin également l’accent sur la proportion importante (et inquiétante) de diagnostic très tardif. Ainsi, 11 % des personnes dépistées étaient au stade de primo-infection, 62 % à un stade asymptomatique, 12 % à un stade symptomatique non sida et 15 % au stade sida. Ce sont chez les hommes hétérosexuels que ces diagnostics tardifs sont les plus fréquents (24 %). Par ailleurs, « chez les homosexuels, la part des découvertes au stade sida ne diminue plus et celle au stade de primo-infection n’augmente plus depuis 2007 tandis que les diagnostics à un stade asymptomatique n’augmentent plus depuis 2009 » remarquent les auteurs. L’ensemble de ces résultats témoigne à leur sens de la nécessité de poursuivre les actions de prévention afin « d’atteindre les publics les plus exposés au risque d’infection, tout particulièrement les HSH et parmi eux les jeunes de moins de 25 ans ».

Aurélie Haroche

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