47 000 femmes meurent chaque année d'un avortement clandestin

Paris, le vendredi 20 janvier 2012 – Le petit Uruguay montrera-t-il l’exemple à ses grands voisins ? A Montevideo, les sénateurs ont adopté le 27 décembre dernier un texte destiné à autoriser la pratique de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à douze semaines. Si cette proposition de loi doit encore être entérinée par l’Assemblée, de nombreux éléments laissent présager que cette décision historique sera prise. D’une part l’opinion publique est désormais majoritairement favorable à la légalisation de l’avortement : 57 % des Uruguayens approuvent la loi en discussion. Par ailleurs, le président uruguayen, José Mujica a fait savoir qu’il n’opposerait pas son veto. Cette lente mutation semble le résultat des actions menées sur le terrain par plusieurs associations. Ces dernières ne se sont pas contentées de militer : elles ont mis en place un programme d’assistance médicale et d’information auprès des femmes souhaitant avorter. Grâce à ce dispositif, les ravages de l’avortement clandestin ont pu être en partie limitées (les taux de mortalité associés à ces pratiques ont ainsi diminué).

Uruguay : terre d’exception

L’adoption possible par l’Uruguay d’une loi autorisant l’avortement constituerait une véritable révolution dans cette Amérique latine très majoritairement hostile à l'IVG. Cette dernière n’est autorisée qu’à Cuba, Puerto Rico (pays associé aux Etats-Unis) et dans la ville de Mexico, tandis que quelques rares pays (Brésil, Guatemala, Colombie) autorisent le recours à l’avortement en cas de viol ou de risques mortels pour la mère. Ailleurs, l’avortement clandestin est l’unique voie que peuvent suivre les femmes qui souhaitent mettre un terme à leur grossesse. Pourtant, à la faveur de la pression de certaines organisations, les mentalités changent. En Uruguay, mais aussi au sein de plus grands pays du sous-continent, telle l’Argentine où un débat s’est ouvert au Parlement.

Plus de 95 % des avortements sont clandestins en Afrique et en Amérique du sud

Les pouvoirs politiques ne peuvent en effet plus demeurer aveugles face à l’hécatombe que représentent les avortements clandestins dans ces pays où la mortalité maternelle a par ailleurs fortement régressé grâce à l’émergence d’une médecine de qualité et d’une maîtrise de la natalité. Aujourd’hui dans certaines villes et dans certaines régions, les conséquences de l’avortement clandestin sont devenues la première cause de mortalité maternelle. A l’échelon mondial, comme le révèlent de nouveaux chiffres publiés cette semaine par le Guttmacher Institute dans le Lancet : 13 % des décès maternels sont liés aux IVG pratiqués sans assistance médicale. Cette étude confirme que l’Afrique et l’Amérique du Sud où entre 95 et 97 % des avortements pratiqués sont illégaux sont les deux continents où l’on recense le plus grand nombre d’IVG clandestines. La situation en Afrique est ainsi aussi catastrophique que celle qui prévaut en Amérique du Sud. Alors que cette région ne recense que 17 % de la population féminine mondiale, elle enregistre la moitié des décès liés aux avortements clandestins. Au total, 47 000 femmes sont mortes l’an dernier victime d’une IVG pratiqué sans assistance médicale. Le taux de mortalité de ces avortements non médicalisés est très élevé atteignant 220/100 000. Par ailleurs, 8,5 millions de femmes, toujours dans les pays en voie de développement, présentent chaque année des complications liées à ces avortements clandestins. Une étude menée en 2006 dans treize pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud avait déjà révélé que le taux annuel d’hospitalisation pour ce type de complications s’élevait en moyenne à 5,7/1000.

Les avortements bientôt majoritairement clandestins ?

A ce tableau déjà alarmant s’ajoutent aujourd’hui deux éléments inquiétants. D’une part le nombre d’avortements ne diminue plus depuis 2003, après avoir fortement baissé entre 1995 et 2002. On recense aujourd’hui 28 avortements pour 1 000 femmes dans le monde, contre 29/1000 en 2003 et 35/1000 en 1995. D’autre part, la proportion d’avortements clandestins par rapport au nombre total d’IVG ne cesse de progresser. Ainsi, 44 % des IVG étaient réalisées clandestinement en 1995, contre 47 % en 2003 et 49 % en 2008.

Si l’avortement est légal, il n’est plus si banal

De fait, contrairement à ce que défendent les farouches opposants à l’avortement en Amérique du Sud ou en Afrique : légaliser l’IVG permet très certainement d’en limiter le recours (en plus de restreindre drastiquement la mortalité associée à l’avortement). Dans toutes les régions du monde où l’avortement est légal, les taux d’IVG sont bas : atteignant par exemple 12/1000 en Europe de l’Ouest ou 15/1000 en Afrique australe marquée par la législation permissive d’Afrique du Sud. A contrario, dans le reste de l’Afrique, le taux d’avortement est estimé à 29/1000 et en Amérique du Sud à 32/1000. Seule exception : en Europe de l’Est où l’avortement est majoritairement toléré, le taux d’IVG reste cependant très élevé (43/1000). Cette situation s’explique par « les niveaux relativement faibles des pratiques contraceptives modernes » relève le Guttmacher Institute dont les travaux sont publiés en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé.

Aurélie Haroche

Référence
Dr Gilda Sedgh et coll. « Induced abortion: incidence and trends worldwide from 1995 to 2008” The Lancet, Early Online Publication, 19 January 2012 doi:10.1016/S0140-6736(11)61786-8

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