Exclusif : Sarkozy en tête chez les professionnels de santé… mais avec 10 points de moins qu'en 2007

Paris, le mercredi 1er février 2012 – Avec 293 sondages publiés pendant la campagne électorale de 2007, la précédente élection présidentielle avait battu tous les records. Il est cependant fort probable que ce niveau soit facilement dépassé par la campagne actuelle, comme le laissent augurer les très nombreuses enquêtes publiées chaque semaine depuis l’automne. Dès lors, le JIM ne pouvait que sacrifier à cette tendance générale. D’autant plus que les sondages auprès des professionnels de santé se révèlent à plus d’un titre souvent riches d’enseignement. Les différences existant entre cet électorat particulier (schématiquement plus souvent tourné vers la droite [tout au moins pour les médecins et les pharmaciens]et résolument hostile aux extrêmes) peuvent en effet apporter un éclairage intéressant sur la situation générale de l’opinion française. Par ailleurs, les évolutions au sein même de cet électorat de « professionnels de santé » sont souvent très instructives quant aux changements qui pourraient animer l’ensemble des Français. Or, le sondage réalisé cette année sur le JIM bénéficie en la matière d’un solide atout : la possibilité de comparer les résultats obtenus avec ceux collectés en 2007 et ce avec d’autant plus de fiabilité que la population interrogée est identique.

Dégringolade de Sarkozy chez les professionnels de santé

Surprises et ressemblances émaillent ce travail d’analyse comparatif. L’arrivée en tête de Nicolas Sarkozy lors du sondage réalisé du 18 au 30 janvier 2012 sur notre site constitue tout à la fois une surprise (eu égard aux résultats des enquêtes actuelles menées auprès de tous les Français) et une similitude par rapport à 2007 (figure 1). 

  Figure 1. Intentions de vote au premier tour de 1045 professionnels de santé interrogés du 18 au 30 janvier 2012

Si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu demain, les professionnels de santé seraient en effet 29 % à voter pour l’actuel chef de l’Etat contre 25 % pour François Bayrou et 24 % pour François Hollande. La « victoire » était cependant nettement plus belle en 2007 puisque celui qui était alors le leader de l’UMP caracolait en tête début février 2007 avec 39 % des intentions de vote des professionnels de santé interrogés sur le JIM.

Par ailleurs, si l’on s’intéresse aux résultats détaillés métier par métier (figure 2, 3 et 4) on constate que si les médecins (avec 29 %) et les pharmaciens (39 %) placent Nicolas Sarkozy en tête, les infirmières (20 %) lui préfèrent François Bayrou (23 %) et François Hollande (21 %).

Figure 2. Intentions de vote des médecins interrogés par JIM

 

 Figure 3. Intentions de vote des pharmaciens interrogés par JIM

Figure 4. Intentions de vote des infirmières interrogées par JIM

Le résultat de Nicolas Sarkozy constitue également une petite surprise par rapport aux données de l’enquête menée par l’institut CRPM-FR de Celtipharm pour le groupe Impact qui plaçait Nicolas Sarkozy en troisième position et le créditait de 24 %. Cependant les trois premiers candidats (Bayrou, Hollande et Sarkozy) arrivaient dans un mouchoir de poche entre 24 et 27 % (à l’instar de ce que l’on observe sur le JIM) ce qui rend moins solide l’établissement d’un classement. L’enquête du JIM, réalisée ultérieurement, pourrait en outre refléter la petite remontée enregistrée par le chef de l’Etat ces derniers jours (plus deux points selon un sondage BVA publié aujourd’hui). Enfin, on le sait médecins et pharmaciens penchent plus à droite que l’opinion générale. Aussi, n’est-il pas étonnant que le président sortant rencontre (en dépit de sa forte baisse) une adhésion plus large chez les professionnels de santé que dans l’opinion. En 2007, un écart très important s’observait déjà : quand le JIM le créditait de 39 % à la même époque, les sondages "grand public" lui promettaient 33,5 % des suffrages (et le chef de l’Etat a finalement obtenu 31 % des voix). A la lueur de l’expérience du passé (souvent trompeuse), les résultats obtenus par le JIM laissent augurer une très forte baisse du chef de l’Etat en avril prochain par rapport à 2007 (de l'ordre de 10 %). 

François Bayrou, un numéro deux un peu affaibli mais toujours chouchouté par les pros

Pour les lecteurs du JIM, le challenger de Nicolas Sarkozy devrait être François Bayrou, qui réunit 25 % des intentions de vote. Le président du Modem connaît également une baisse significative chez les professionnels de santé par rapport à 2007 : notre sondage à l’époque le créditait en effet en février de 30 % des intentions de vote. Néanmoins, le président du Modem garde sa seconde position. C’est chez les pharmaciens que François Bayrou enregistre le meilleur score (27 % vs 25 % chez les médecins, une tendance retrouvée dans le sondage Celtipharm) tandis que seules les infirmières lui accordent la première place (avec 23 % des intentions de vote). Cette cartographie de l’opinion politique des professionnels de santé répond bien aux schémas classiquement retenus où l’on voit les infirmières moins marquées à droite que les médecins et les pharmaciens. Par ailleurs, à l’instar de ce qui avait prévalu il y a 5 ans, le président du Modem est bien plus largement plébiscité par les professionnels de santé que par l’opinion publique. A l’époque l'écart de voix entre le sondage du JIM et les enquêtes générales atteignait 16 points, il accuse encore aujourd’hui 13 points. Ces observations faites, l’extrapolation (hasardeuse) du résultat final de François Bayrou à partir de ces résultats demeure difficile en raison d’une fluctuation constante de la "cote" du candidat Modem, quand les autres concurrents connaissent plus de stabilité (une dimension déjà retrouvée en 2007).

François Hollande séduit jusqu’aux professionnels de santé

A qui profitent les baisses de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou ? En premier lieu, à François Hollande. Le candidat du parti socialiste recueille chez les professionnels de santé lecteurs du JIM 26 % des intentions de vote, soit 6 % de plus que Ségolène Royal en février 2007. Seuls les pharmaciens paraissent bouder le leader socialiste (18 % des voix), tandis que les infirmiers lui accordent la deuxième place (21 %). Ces résultats confirment nettement la plus grande crédibilité accordée par les médecins à François Hollande par rapport à Ségolène Royal. Une tendance que l’on retrouve également dans les résultats du sondage d’Impact.

Néanmoins, la réticence des professionnels de santé vis-à-vis du candidat socialiste comparativement à l’opinion générale est confirmée : les intentions de vote au premier tour créditent François Hollande de 34 % des voix selon le dernier sondage BVA en date (soit huit points de plus qu’auprès des professionnels de santé). En 2007, déjà, Ségolène Royal faisait huit points de plus dans l’opinion générale que chez les professionnels de santé. Des résultats qui pourraient laisser penser que François Hollande connaîtra bien en avril le succès qu’on lui prédit généralement.

Marine tue le père

Mais François Hollande n’est pas le seul bénéficiaire de la baisse de ses principaux challengers de droite et du centre. L’autre grande percée est celle de Marine Le Pen. La candidate du Front national est créditée par les professionnels de santé de 8 % des voix, contre 3 % accordées à Jean-Marie Le Pen en 2007. C’est au sujet de la candidate frontiste que les différences entre profession sont les plus marquées : elle suscite en effet l’adhésion de 10 % des infirmières, contre 7 % des médecins et 5 % des pharmaciens. Chez les premières, les candidatures « extrêmes » enregistrent jusqu’à 20 % des voix, Jean-Luc Mélenchon étant en effet crédité également de 10 % des suffrages (contre 4 % chez les médecins et les pharmaciens). Ce résultat concernant Marine Le Pen se retrouve également dans le sondage d’Impact, dont la rédaction note qu’elle cumule chez les professionnels de santé trois fois plus de suffrages que son père cinq ans plus tôt. Cependant, la différence entre les soignants et la population générale reste toujours importante : le dernier sondage BVA crédite Marine Le Pen de 15 % d’intention de vote. Quoiqu’il en soit, eu égard au rejet traditionnel des extrêmes par les professionnels de santé et à la possible sous déclaration des intentions de vote des électeurs du Front national, cette percée de Marine Le Pen dans notre sondage laisse augurer un score bien supérieur pour Marine Le Pen que pour son père il y a 5 ans.

Des professionnels de santé pas insensibles au discours de Mélenchon

Au-delà des données concernant les quatre personnalités arrivées en tête, les résultats agrégés « bloc » par « bloc » confirment des tendances similaires. D’abord, on note un net recul de la droite qui recueille aujourd’hui 39 % des intentions de vote (Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Dominique de Villepin 2 %) contre 44 % en 2007. Un recul qui profite nettement à la gauche et non au centre qui cumule 33 % des intentions de vote (François Hollande, Jean-Luc Mélenchon 6 %, Eva Joly 3 %). A cet égard, on observe que le candidat de l’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon suscite une adhésion bien plus forte des professionnels de santé que Marie-Georges Buffet en 2007 (qui avait obtenu 1 % des intentions de vote) ce qui laisse augurer une fois encore une percée de l’extrême gauche en avril prochain.


Discours sur la méthode

Ce sondage a été réalisé du 18 au 30 janvier 2012 sur JIM.fr auprès de 1 045 professionnels de santé français inscrits sur le site. Les résultats sont publiés sans aucun redressement.

Les répondeurs, bien "qu’autodésignés", sont, selon toutes nos analyses antérieures, parfaitement représentatifs de l’ensemble de notre lectorat. Par ailleurs, la "représentativité" des lecteurs du JIM par rapport à la population générale des médecins, des pharmaciens et des infirmières est certaine : plus de 220 000 professionnels de santé sont inscrits sur notre site soit plus de 2 médecins exerçant en France sur 3 et plus d'un pharmacien sur 2. De plus de façon empirique, la comparaison des enquêtes en ligne conduites sur notre site avec des sondages portant sur des thèmes identiques réalisés par des institut utilisant la méthode des quotas a montré des résultats très proches.  

Soulignons pour finir que les sondages réalisés par Internet sont désormais de plus en plus fréquents et que ce média aujourd'hui largement utilisé par les grands instituts de sondage n'introduit plus aucun biais dans les réponses. 

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Droite gauche: la séquence imposée...

    Le 02 février 2012

    Il n'y a pas de malades de gauche ou de droite et contrairement à ce qu'on entend il n'y a pas de médecine de droite ou de gauche, même si les politiciens tentent de formater les esprits à cette idée saugrenue... En revanche il y a bien une médecine libérale qui a depuis longtemps intégré un certain nombre de principe empathiques et solidaires.
    Un système de protection sociale et d'assurance maladie qui se dit solidaire et qui échoue en participant à l'entretien d'une crise systémique interne permanente et ruineuse n'est ni de gauche ni de droit mais simplement nul... et curieusement aucun des candidats de quelque bord qu'il se réclame ne semble disposé à en modifier la structure... Et c'est la tout le problème qui se pose tant aux médecins qu'à l'ensemble des citoyens...A ce jour aucun candidat n'est décidé à s'attaquer aux vaches sacrées et aux canards boiteux de la République. Dans cette optique On peut renvoyer dos à dos monsieur Hollande et monsieur Sarkozy...

    Dr J-F Huet

  • Manipulation quand tu nous tiens

    Le 10 février 2012

    Je ne vois pas en quoi le JIM se proclame représentant des professionnels de santé.
    C'est un biais énorme de n'interroger que via internet et via le Jim, il y a déjà une population sélectionnée.
    Titrer :"Sarkozy en tête chez les professionnels de santé… " cela s'apparente à de la manipulation d'information.
    Il aurait fallu titrer "les professionnels de santé qui sont abonnés au JIM mettent Sarkozy en tête". Là est toute la nuance.
    Si tous les articles du JIM sont faits de la même façon on est en droit de se demander si ils sont honnêtes.
    Adrien Defrance

  • La réponse de la rédaction

    Le 10 février 2012

    Nous avions répondu par avance aux arguments de notre contradicteur dans un encadré intitulé : "Discours sur la méthode". Ces précisions paraissant insuffisantes pour convaincre de la représentativité de nos résultats indiquons que :
    1) Internet n'introduit plus aucun biais dans les enquêtes auprès des médecins (par rapport à la voie téléphonique ou postale ou au face à face) puisque leur taux d'équipement et d'utilisation régulière est proche de 100 %.
    2) Nous n'interrogeons pas à proprement parlé comme un institut de sondage un échantillon de la population des professionnels de santé mais, bien mieux, plus de 60 % des médecins et plus de 50 % des pharmaciens (qui sont inscrits au Jim). Ce mode de "sélection", évidemment impossible pour un sondage grand public (il faudrait sonder plus de 20 millions d'électeurs !), est, en théorie, supérieur sur le plan de la représentativité à la méthode des quotas avec redressements.
    3) Les médecins lecteurs du Jim (que nous connaissons bien) sont parfaitement représentatifs des médecins français en terme d'âge, de sexe, de mode d'exercice et de spécialités.
    4) Cette adéquation entre les répondeurs aux enquêtes du Jim et la population générale des professionnels de santé est attestée empiriquement par le fait que les résultats que nous obtenons, pour des questions équivalentes, sont très proches de ceux publiés par des instituts de sondage utilisant la méthode des quotas.
    Pour finir nous souhaiterions que, bien que la période se prête aux polémiques en tout genre, on ne nous prête pas des arrières pensées inavouables et que l'"honnêteté" de chacun (et donc la notre) ne soit pas systématiquement remise en cause lorsque des opinions émises ne sont pas en accord total avec les convictions de tel ou tel.
    La rédaction

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