Paris, le jeudi 1er mars 2012 – Habilement orchestrée par les
représentants des complémentaires santé, la polémique qui a
accompagné l’augmentation de la taxe imposée sur les contrats santé
solidaire l’automne dernier a relancé les réflexions sur les
modalités de prise en charge des dépenses de soins en France. Le
rôle de plus en plus prégnant joué par les mutuelles face aux
déremboursements successifs a notamment été mis en avant pour
justifier l’importance de ne pas prendre de mesures pouvant freiner
l’accès à une complémentaire. Cependant, les chiffres établis en la
matière par la Direction de la recherche des études et des
évaluations et des statistiques (DREES) ne confirment pas de
manière aussi éclatante l’importance croissante des mutuelles. En
effet, si les sommes laissées à la charge des ménages demeurent en
deçà des 10 % dans notre pays, c’est en très grande partie grâce
aux remboursements à hauteur de 75,8 % de la Sécurité sociale (en
baisse de 1,3 point par rapport à 2000), tandis que les mutuelles
assurent une prise en charge des dépenses à hauteur de 13,5 % (en
hausse de 0,7 point seulement en dix ans).
Chômage, immigration, niveau d’études bas : le traitement est
le même
La réflexion pourra également être nourrie par les conclusions
récentes d’une étude de chercheurs de l’INSERM menés par Pierre
Meneton publiées dans le Journal of Hypertension. Leurs travaux
concernaient la consommation de médicaments de 4 646 patients
français atteints de maladies cardiovasculaires. Ils souhaitaient
déterminer les éléments pouvant avoir une influence sur leur niveau
de consommation de médicaments. Bonne nouvelle : les facteurs
susceptibles de créer des difficultés, tels que le fait de vivre
dans une zone sensible, d’être d’origine étrangère, célibataire, de
présenter un niveau d’éducation bas, d’être au chômage ou encore de
présenter de faibles revenus n’ont eu aucune incidence sur le
niveau de consommation.
Une mutuelle, pour quoi faire ?
La seule différence observée a concerné les patients bénéficiant
ou non d’une mutuelle. Chez les personnes n'ayant pas de
complémentaire santé, le niveau de consommation était en effet plus
faible. Le phénomène est d’autant plus interpellant que les auteurs
ont pu constater que « Cette sous-consommation n’est pas liée à
la diminution du nombre de consultations médicales, ni au niveau de
revenus puisque le phénomène s’observe aussi bien chez les
personnes défavorisées qu’aisées ». Dès lors pourrait on
envisager que le fait de renoncer à une mutuelle (quand bien même
on disposerait des moyens nécessaires) participe d’une conception
de la santé particulière. On pourrait en effet concevoir que si ces
patients ont une consommation médicamenteuse moindre ce n’est pas
d’abord pour des raisons financières mais parce qu’ils ont une
certaine réticence à l’idée de prendre des traitements ou de se
concevoir comme malade (et c’est ce qui explique qu’ils ne jugent
pas nécessaire de prendre une mutuelle). L’hypothèse doit
évidemment être étudiée plus avant comme le note Pierre Meneton qui
remarque : « Les raisons de cette sous-consommation demandent
donc à être clarifiées ».
Léa Crébat
Copyright © http://www.jim.fr