Berlin, le mercredi 7 mars 2012 – Leitmotiv de certains
candidats à l’élection présidentielle, le modèle allemand serait à
imiter dans de nombreux domaines. Cependant, si l’on vante
l’efficacité de nos voisins pour le dynamisme de leur économie ou
leur force de travail, les avantages de leur système de santé sont
moins souvent évoqués. A tort, si l’on en croit une étude réalisée par l’Institut Thomas
More. Les deux auteurs de l’enquête, Jakob Höber et
Caroline Popovici se sont basés sur des données obtenues grâce à
une méthodologie de collecte, un traitement et une nomenclature
similaires : les statistiques d’Eurostat, de l’OCDE et de
l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ils n’ont utilisé des
sources nationales que lorsque « les informations n’étaient pas
autrement disponibles ». Conclusion de leur analyse comparée :
pour des résultats sanitaires similaires, l’Allemagne parvient à
une maîtrise des dépenses de santé contrastant avec le
déficit français.
Des remboursements moins élevés
L’Assurance maladie allemande jouissait en effet en 2009 d’un
solde positif de 1,4 milliards d’euros, contre un trou de 10,6
milliards en France. Comment expliquer cette différence abyssale ?
Qu’on se rassure pour nos voisins, elle n’est pas à rechercher dans
les cotisations : celles-ci sont plus faibles de l’autre côté du
Rhin (2 277 euros par habitant vs 2 459 euros sous le drapeau
tricolore). Doit-on redouter alors des revenus plus faibles pour
les médecins ? Nenni : les omnipraticiens généralistes y
bénéficient d’un revenu annuel moyen de 74 703 euros, contre 46 824
dans nos contrées. C’est plus certainement dans le fait que le
montant des remboursements est plus restreint chez nos voisins :
atteignant 2 289 euros par habitant, contre 2 551 ici qu’il faut
lire, entre autres, l’explication des écarts constatés. De même on
note que les dépenses publiques de santé par habitant s’élèvent à 2
721 euros en France, contre 2 609 euros en Allemagne, ce qui
représente une différence de 38 milliards d’euros par an. Une étude
détaillée révèle par ailleurs que les coûts liés aux médicaments
représentent 14,8 % des dépenses en Allemagne, contre 16,7 % en
France. Les frais hospitaliers entraînent pour leur part 24 % des
dépenses, contre 35 % en France. Par ailleurs, on relèvera que 10,8
% des Allemands sont couverts par une assurance privée (quand en
France nous sommes tous affiliés à la Sécurité sociale) et que les
dépenses administratives sont bien moins importantes (représentant
5,4 % des dépenses totales de santé, contre 7 % en France).
Accès aux soins : un tableau un peu plus flatteur en
France
Ces multiples différences, pourra-t-on penser, ont très
probablement un impact sur l’organisation de l’offre de soins,
voire sur la santé des Allemands. Une fois encore, rien n’est moins
sûr. Si les Allemands ont un nombre d’établissements hospitaliers
moins importants que nous (2 084 vs 2 751 pour une population plus
importante de 17 millions d’âmes qui compte en outre une part plus
élevée de personnes de plus de 65 ans), le nombre de lits pour 100
personnes est finalement plus élevé outre Rhin (8,2 vs 6,6).
Cependant, les nombre de personnels hospitaliers pour 100 000
habitants est plus faible en Allemagne (1 338/100 000 contre 1
608). Par ailleurs, en terme d’accessibilité la France se
montrerait plutôt favorisée : à l’exception d’une densité de
médecins libéraux un peu plus faible (3,3 vs 3,6), elle compte une
proportion de personnes moins importante renonçant à des soins pour
des raisons financières (23 % contre 26 %) et des délais d’attente
également plus limitées. Ces écarts n’ont cependant pas d’impact
décisif sur la prise en charge des Allemands : leur espérance de
vie n’est ainsi que très légèrement inférieure à la notre (80,3 ans
contre 81 ans). Par ailleurs, l’Institut Thomas More indique que la
mortalité pour cancer du sein est comparable et que l’on trouve
plus de diabétiques bénéficiant de soins préventifs en Allemagne
(40 % contre 31 %). Cependant, on soulignera que ces trois seuls
critères ne suffisent pas pour jauger avec précision des
indicateurs de performance d’un système de santé.
Convergence tarifaire : cherchez l’erreur
Néanmoins, les experts de l’Institut Thomas More tirent de ce
tableau comparatif différents enseignements concernant notamment
les économies qui pourraient être réalisées en France en matière de
dépenses hospitalières. Ll'hexagone disposerait ainsi d’un levier
d’économie de 26,4 milliards d’euros. Pour s’aligner sur ses
voisins, la France serait ainsi bien inspiré d’accélérer la
convergence tarifaire entre public et privé qui existe depuis
plusieurs années en Allemagne. Par ailleurs, il semble que la
fermeture des petites structures ne semble pas représenter une
véritable menace sanitaire. Autres marges de manœuvre de la France
qui apparaissent à la lueur de ce comparatif : la baisse des coûts
administratifs et de la consommation de médicaments ou encore «
la libéralisation de l’offre d’assurance santé ».
Plus de peur que de mal ?
De fait, ce que nous enseigne cette analyse c’est que des
réformes évoquées (mais jamais sérieusement envisagées) en France
et fortement décriées, telle la disparition des petits hôpitaux, la
mise en concurrence de la Sécurité sociale ou la convergence
tarifaire sont des stratégies efficaces économiquement et sans
danger global pour l’accès aux soins.
Néanmoins, rien n’est dit par exemple sur les mouvements
sociaux que certaines réformes engagées en Allemagne ont entraîné.
Et surtout, on ne peut totalement oublier que les difficultés
d’accès aux soins sont apparemment un peu plus fréquentes en
Allemagne qu'en France.
Aurélie Haroche
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