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Le modèle allemand est-il également bon pour la santé ?

Publié le 07/03/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Berlin, le mercredi 7 mars 2012 – Leitmotiv de certains candidats à l’élection présidentielle, le modèle allemand serait à imiter dans de nombreux domaines. Cependant, si l’on vante l’efficacité de nos voisins pour le dynamisme de leur économie ou leur force de travail, les avantages de leur système de santé sont moins souvent évoqués. A tort, si l’on en croit une étude réalisée par l’Institut Thomas More. Les deux auteurs de l’enquête, Jakob Höber et Caroline Popovici se sont basés sur des données obtenues grâce à une méthodologie de collecte, un traitement et une nomenclature similaires : les statistiques d’Eurostat, de l’OCDE et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ils n’ont utilisé des sources nationales que lorsque « les informations n’étaient pas autrement disponibles ». Conclusion de leur analyse comparée : pour des résultats sanitaires similaires, l’Allemagne parvient à une maîtrise des dépenses de santé contrastant  avec le déficit français.

Des remboursements moins élevés

L’Assurance maladie allemande jouissait en effet en 2009 d’un solde positif de 1,4 milliards d’euros, contre un trou de 10,6 milliards en France. Comment expliquer cette différence abyssale ? Qu’on se rassure pour nos voisins, elle n’est pas à rechercher dans les cotisations : celles-ci sont plus faibles de l’autre côté du Rhin (2 277 euros par habitant vs 2 459 euros sous le drapeau tricolore). Doit-on redouter alors des revenus plus faibles pour les médecins ? Nenni : les omnipraticiens généralistes y bénéficient d’un revenu annuel moyen de 74 703 euros, contre 46 824 dans nos contrées. C’est plus certainement dans le fait que le montant des remboursements est plus restreint chez nos voisins : atteignant 2 289 euros par habitant, contre 2 551 ici qu’il faut lire, entre autres, l’explication des écarts constatés. De même on note que les dépenses publiques de santé par habitant s’élèvent à 2 721 euros en France, contre 2 609 euros en Allemagne, ce qui représente une différence de 38 milliards d’euros par an. Une étude détaillée révèle par ailleurs que les coûts liés aux médicaments représentent 14,8 % des dépenses en Allemagne, contre 16,7 % en France. Les frais hospitaliers entraînent pour leur part 24 % des dépenses, contre 35 % en France. Par ailleurs, on relèvera que 10,8 % des Allemands sont couverts par une assurance privée (quand en France nous sommes tous affiliés à la Sécurité sociale) et que les dépenses administratives sont bien moins importantes (représentant 5,4 % des dépenses totales de santé, contre 7 % en France).

Accès aux soins : un tableau un peu plus flatteur en France

Ces multiples différences, pourra-t-on penser, ont très probablement un impact sur l’organisation de l’offre de soins, voire sur la santé des Allemands. Une fois encore, rien n’est moins sûr. Si les Allemands ont un nombre d’établissements hospitaliers moins importants que nous (2 084 vs 2 751 pour une population plus importante de 17 millions d’âmes qui compte en outre une part plus élevée de personnes de plus de 65 ans), le nombre de lits pour 100 personnes est finalement plus élevé outre Rhin (8,2 vs 6,6). Cependant, les nombre de personnels hospitaliers pour 100 000 habitants est plus faible en Allemagne (1 338/100 000 contre 1 608). Par ailleurs, en terme d’accessibilité la France se montrerait plutôt favorisée : à l’exception d’une densité de médecins libéraux un peu plus faible (3,3 vs 3,6), elle compte une proportion de personnes moins importante renonçant à des soins pour des raisons financières (23 % contre 26 %) et des délais d’attente également plus limitées. Ces écarts n’ont cependant pas d’impact décisif sur la prise en charge des Allemands : leur espérance de vie n’est ainsi que très légèrement inférieure à la notre (80,3 ans contre 81 ans). Par ailleurs, l’Institut Thomas More indique que la mortalité pour cancer du sein est comparable et que l’on trouve plus de diabétiques bénéficiant de soins préventifs en Allemagne (40 % contre 31 %). Cependant, on soulignera que ces trois seuls critères ne suffisent pas pour jauger avec précision des indicateurs de performance d’un système de santé.

Convergence tarifaire : cherchez l’erreur

Néanmoins, les experts de l’Institut Thomas More tirent de ce tableau comparatif différents enseignements concernant notamment les économies qui pourraient être réalisées en France en matière de dépenses hospitalières. Ll'hexagone disposerait ainsi d’un levier d’économie de 26,4 milliards d’euros. Pour s’aligner sur ses voisins, la France serait ainsi bien inspiré d’accélérer la convergence tarifaire entre public et privé qui existe depuis plusieurs années en Allemagne. Par ailleurs, il semble que la fermeture des petites structures ne semble pas représenter une véritable menace sanitaire. Autres marges de manœuvre de la France qui apparaissent à la lueur de ce comparatif : la baisse des coûts administratifs et de la consommation de médicaments ou encore « la libéralisation de l’offre d’assurance santé ».

Plus de peur que de mal ?

De fait, ce que nous enseigne cette analyse c’est que des réformes évoquées (mais jamais sérieusement envisagées) en France et fortement décriées, telle la disparition des petits hôpitaux, la mise en concurrence de la Sécurité sociale ou la convergence tarifaire sont des stratégies efficaces économiquement et sans danger global pour l’accès aux soins.

Néanmoins, rien n’est dit par exemple sur les mouvements  sociaux que certaines réformes engagées en Allemagne ont entraîné. Et surtout, on ne peut totalement oublier que les difficultés d’accès aux soins sont apparemment un peu plus fréquentes en Allemagne qu'en France.



Aurélie Haroche




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