Bruxelles, le lundi 26 mars 2012 – Vue de l’officine, la
Belgique est en avance sur la France. Depuis le printemps 2010, en
effet, les conseils prodigués par les pharmaciens lors de la
première délivrance d’un médicament sont l’objet d’une
rémunération, prise en charge par l’Assurance maladie (INAMI),
dispositif dont la mise en place est actuellement l’objet de
discussions entre l’UNCAM française et les pharmaciens hexagonaux.
Or, s’il est riche d’enseignement, l’exemple Belge n’a pas que des
aspects enthousiasmants. Depuis l’instauration de cette nouvelle
rétribution, la vigilance de certaines associations de patients
quant à la façon dont les pharmaciens exercent leur rôle s’est
accrue. C’est ainsi que l’organisation de défense des
consommateurs, Test Achats (proche de notre UFC-Que Choisir) a
récemment réalisé deux tests dans 51 pharmacies. Munis d’une
ordonnance, les enquêteurs demandaient en plus du premier
médicament prescrit un produit en accès libre présentant un risque
d’interaction clair avec le premier traitement. Deux scenarios
différents étaient joués : l’un concernant deux médicaments avec
effets anticoagulants et le second alliant une pilule contraceptive
et un médicament homéopathique souvent pris pour des dépressions
mineures.
Un monopole injustifié ?
Les résultats présentés vendredi dernier n’ont guère semblé en
faveur des officinaux belges. Vingt et un des pharmaciens consultés
« ont délivré les deux médicaments incompatibles en termes
d’interactions, vingt-deux ont correctement réagi dans un scénario
mais pas dans l’autre et huit ont refusé la délivrance les deux
fois ou ont proposé une solution de rechange. La moitié des
pharmaciens n’ont posé aucune question dans les deux scénarios »
souligne Test Achats qui jugent les résultats « lamentables ».
Sévère, cette organisation n’hésite pas à remettre en cause le bien
fondé de l’indemnisation perçue par les pharmaciens au regard des
conclusions de son test. Elle ajoute même que le monopole dont
bénéficient les pharmaciens sur la vente de médicaments ne se
justifie que par la qualité de leur conseil et de leur
accompagnement, qualité qui semble pouvoir être aujourd’hui
discutée.
Des pharmaciens proches du mea culpa
Face à cette enquête, les réactions des représentants des
pharmaciens belges n’ont pas uniquement consisté à dénier la
véracité ou la méthodologie de l’étude. Au contraire, l’analyse de
Test Achats et celle de l’Association pharmaceutique belge (APB),
l’un des principaux syndicats de pharmaciens belges ont parfois pu
se rejoindre. Ainsi, alors que Test Achats fait de l’obligation de
la formation continue des pharmaciens l’une de ses revendications
fortes, l’APB observe : « une grande partie des pharmaciens
fait de la formation continue sur une base volontaire, mais
constate aussi avec regret qu’il y a encore beaucoup de pharmaciens
qui ne se recyclent pas ». De même, concernant le danger de
voir certains patients remettre en cause le bien fondé du monopole
de la vente de médicaments par les pharmaciens à la lueur de ces
résultats, Charles Ronlez de l’APB interrogé par RTL.Belgique admet
: « Le monopole de dispensation au niveau de la pharmacie, pour
ce qui concerne le médicament est quelque chose qui est
actuellement bien établi, mais qui pourrait mettre en péril et être
mis en péril, si on n'a pas l'opportunité de prouver la plus-value
du pharmacien par rapport à un autre circuit de distribution. On
voit l'exemple dans d'autres pays d'Europe et du monde ».
Quid de la France ?
A l’heure où, nous l’avons dit, la France s’apprête à s’orienter
vers une évolution du mode de rémunération de ses pharmaciens
semblable à ce qui prévaut en Belgique, les résultats de cette
enquête seront probablement lus avec attention. D’autant plus que
l’UFC-Que Choisir a déjà mené des tests semblables dans notre pays
avec des résultats qui ne se révélaient guère plus favorables aux
pharmaciens d’officine français.
Aurélie Haroche
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