Induction de faux souvenirs : dix-huit mois de prison avec sursis requis contre un pseudo thérapeute

Paris, le vendredi 13 avril 2012 – Pour la première fois en France, se tenait cette semaine le procès d’un pseudo thérapeute, Benoît Yang Ting, accusé par deux anciens patients de « manipulation mentale ». Celui qui est qualifié de « gourou » dans la presse aurait notamment induit de faux souvenirs chez au moins deux de ses clients. Ainsi mis sous sa coupe après la fausse révélation de ces prétendus traumatismes, ce « thérapeute » aurait réussi à soutirer d’importantes sommes d’argents à ses victimes tout en les éloignant de leurs familles. Ainsi, aurait-il persuadé l’un des plaignants que sa mère aurait tenté d’avorter de lui, grâce à une aiguille à tricoter, tandis qu’une jeune femme a été convaincue que son père avait abusé d’elle dans son enfance. Dans la grande majorité des cas, les faux souvenirs induits sont évocateurs de viols ou de violences. Une situation qui s’explique facilement : « En faisant appel à des événements (…) graves, le psychothérapeute se met plus facilement dans la position du « sauveur », dans la défense du patient face à des parents lui ayant fait du mal. Cela conduit des patients à rompre les liens familiaux et à poursuivre des parents en justice », décrit le docteur Michel Topaloff, psychiatre, interviewé cette semaine par le Figaro.

Plus d’un million et demi de cas d’incestes « révélés » par l’induction de souvenir aux Etats-Unis

Si ce procès qui a abouti hier à une réquisition de dix-huit mois de prison avec sursis et à 100 000 euros de dommages et intérêts et dont le délibéré devrait être rendu le 12 juin est le premier du genre en France, les faux souvenirs induits ont envahi depuis déjà plusieurs années les tribunaux américains. Selon le psychologue Robert A. Blaker qui livrait ces chiffres en 2008, le phénomène concernait aux Etats-Unis « 160 000 cas d’abus sexuels infantiles en 1967 et 1 700 000 en 1985 dont 65 % sans fondement ». Ces données édifiantes avaient été citées en 2008 par la Mission interministérielle de vigilances et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) dont le rapport cette année là était en partie consacrée à cette pratique. « Le syndrome du faux souvenir est le fait de praticiens ramenant systématiquement toutes les difficultés de la personne à des souvenirs occultés souvent dans la prime enfance, de maltraitances tels l’abus sexuel (viol, inceste), dans l’entourage familial, au cours de rites sataniques ou encore d’expériences d’enlèvements par des extra-terrestres » décrivait la Miviludes. Elle soulignait également que les principales victimes de ces manipulations sont des jeunes femmes en état de dépendance affective.

Un guide destiné aux professionnels de santé

L’engagement de la Miviludes face aux dérives sectaires dans le domaine de la santé mentale on le voit ne date pas d’hier. Plus largement, la Miviludes multiplie les actions de prévention dans le domaine sanitaire. Il y a quelques mois, elle avait ainsi organisé une campagne de sensibilisation à l’intention des patients souffrant de cancer. Aujourd’hui, elle publie un guide de 200 pages destiné notamment aux professionnels de santé afin de décrire les risques des dérives sectaires thérapeutiques. L’enjeu est important, rappelle l’institution : « On peut estimer qu’aujourd’hui quatre Français sur dix ont recours aux médecines dites alternatives ou complémentaires, dont 60 % parmi les malades du cancer. Plus de 400 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutiques sont proposées. Si toutes ces pratiques ne sont pas forcément sectaires, la maladie est devenue une porte d’entrée rêvée pour ces mouvements (…). Les dérives sectaires dans le domaine de la santé représentent actuellement près de 25 % de l’ensemble des signalement reçus à la Miviludes et leur nombre va croissant chaque année », écrit ainsi le président de la Miviludes, Georges Fenech dans l’introduction du guide.

Ce dernier décrit les différentes étapes suivies par les pseudo thérapeutes (promesses miraculeuses, séduction, soumission). Il évoque les situations à risque (les troubles de la nutrition, les pathologie de l’enfant, la « psy-thérapie »…), revient sur les questions pertinentes à poser en cas de doute et propose des fiches destinées à chaque profession de santé.

 

Illustration : Salvador Dali, désintegration de la persistance de la mémoire, 1952

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • La Miviludes est-elle crédible ?

    Le 14 avril 2012

    Sans m'immiscer dans un procès dont je ne connais aucunement le dossier, je m'alarme que la Miviludes, qui n'a aucune compétence médicale, mais qui est un simple appareil de répression d'état puisse dicter au monde médical le comportement qu'il doit adopter. On se souvient des déclarations tonitruantes de son président, Georges Fenech alarmant indument toute la presse au prétexte que 80000, ou 60000, ou 20000 enfants (le chiffre changeait à chaque discours) seraient en danger du fait de groupes minoritaires, alors que les auditions de la commission parlementaire qu'il présidait sur le sujet donnaient à peine 10 cas après recensement de l'ensemble des ministères. Beaucoup de médecins se tournent aujourd'hui vers les nouvelles formes de médecine, tandis que celles-ci peu à peu entrent à l'hôpital. Je connais deux personnes qui ont été guéries d'une hernie discale sans opération invalidante grâce à la naturopathie. Mon médecin, par ailleurs biologiste de pointe, a recours à d'autres formes de thérapie avec tant de succès que son agenda est complet pour plusieurs mois à venir et qu'il doit refuser les nouveaux patients. Des amis soignent leur parodontite avec une méthode non validée par les autorités, et pourtant aux résultats plus pérennes que la pratique habituelle. Le monde de la médecine devrait se pencher sur le sujet des nouvelles thérapies avec intérêt et aider à en retirer les bénéfices. Dans ce contexte, on peut se demander pour qui travaille la Miviludes.

    Maryvonne Legoux

  • Ah non, pas l'apologie de la naturopathie versus le rapport de la Miviludes !!

    Le 16 avril 2012

    Vous dites des "c.".
    Evidemment qu'on guérit d'une hernie discale, heureusement, spontanément, la plupart du temps. Moi, je suis docteur en médecine, vous non, vraisemblablement.
    Lisez le rapport de Miviludes, d'un très haut niveau.
    HFP

  • Savoir pointu

    Le 18 avril 2012

    Il n'est pas crédible de dire que le rapport de la Miviludes est de haut niveau...généralités et amalgames, points de vue partiaux, au moins, je sais lire.
    Pour votre information, les deux personnes ayant eu une hernie discale guérie par la naturopathie avaient reçues un diagnostic médical prévoyant l'opération. Elles ont évité l'opération, seule solution de la médecine officielle pour leurs cas, en ayant recours au savoir pointu, quoi que vous en pensiez, de la naturopathie.

    ML

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