Rouziers, le mercredi 20 juin 2012 – Les conséquences de la
désertification médicale sur l’activité de certaines officines sont
redoutées depuis de nombreuses années par l’Association des
pharmacies rurales (APR). Pourtant, au titre des solutions
préconisées pour faire face à cette situation dommageable,
l’organisation s’est toujours montrée réticente à faire la
promotion des maisons médicales de garde. L’association avait même
été l’année dernière jusqu’à considérer que les « maisons
médicales (…) se révèlent en fait un remède pire que le mal »
! Elle en voulait pour preuve le fait que la concentration des
professionnels de santé au sein d’une même structure ne bénéficie
souvent qu’à une seule pharmacie.
Un seul médecin pour 1 300 habitants
C’est d’ailleurs très probablement l’évolution qui se profile à
Rouziers de Touraine (Indre et Loire). Dans cette petite commune de
1 300 âmes, située à une quinzaine de kilomètres de Tours, la
désertification médicale n’est pas une formule creuse. « Il n’y
a pas de dentiste, pas de kiné, pas d’orthophoniste et… un seul
médecin », résume cité par le quotidien la Nouvelle République
le pharmacien du village, le titulaire Patrice Lellouche qui a élu
domicile à Rouziers il y a dix ans et qui détient l’unique officine
de la ville. D’une manière générale, on retiendra que dans l’Indre
et Loire, la densité médicale est inférieure de 30 % à la moyenne
nationale.
Créer l’envie
Parmi les éléments favorisant cette situation, le pharmacien
Patrice Lellouche en a déterminé au moins un sur lequel il pouvait
personnellement agir : l’absence de local disponible. « Je me
suis dit que si on ne leur offrait pas un cabinet en location,
aucun ne prendrait le risque de s’installer à Rouziers ». D’où
son idée de faire construire lui-même le bâtiment manquant, dans le
champ même où sont déjà installés sa pharmacie et son domicile.
Contact a donc été pris avec un architecte de la région et avec la
banque du titulaire qui a accepté de « financer à 100 % le
projet ». Ainsi, vient d’être achevée la construction d’une
maison médicale flambant neuve de 170 mètres carrés, comptant six
cabinets de consultation. Si l’ouverture est programmée pour
septembre, les futurs locataires, trois médecins, deux
kinésithérapeutes, un ostéopathe et une sage femme n’ont pas encore
tous été trouvés. Patrice Lellouche est cependant confiant : «
Concernant les médecins, j’ai eu sept ou huit contacts avec des
jeunes, qui réfléchissent » indique-t-il.
Des idées semblables autour de Tours
L’idée pourrait faire des émules dans d’autres territoires
touchés par la désertification médicale. Déjà, nous rappelle la
Nouvelle République, à Athée sur Cher (Indre et Loire, 2 400
habitants) s’est ouverte l’année dernière sur l’initiative
également d’un pharmacien d’officine, Olivier Delaveau, une maison
médicale où exercent aujourd’hui une dizaine de professionnels de
santé. Olivier Delaveau, proche de Patrice Lellouche n’a fait que
précéder son confrère dans ce projet. Tous deux sont d’ailleurs
pareillement fiers d’avoir servi « un projet de santé »,
tandis que Patrice Lellouche se défend d’avoir voulu procéder à une
« opération financière », même si la proximité
structurelle et physique entre la maison médicale et son officine
le favorisera nécessairement, comme le suggère les mises en garde
de l’APR à l’égard des maisons médicales.
Aurélie Haroche
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