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Exclusif : les professionnels de santé majoritairement favorables à la prohibition du tabac

Publié le 21/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le jeudi 21 juin 2012 – Bien que les choses soient rarement présentées ainsi, afin d’éviter certaines réactions contre productives des farouches défenseurs de la « liberté », le réel objectif de la lutte contre le tabagisme ne peut être in fine que la disparition du tabac. Bien sûr, la mort de la cigarette ne pourra être que l’aboutissement d’un long processus de prévention, d’éducation et d’interdictions ajoutées les unes aux autres. Cependant, depuis quelques temps, certains n’hésitent plus également à prôner de nouveau l’arme de la prohibition pure et simple. Pas demain, bien sûr. Le tabagisme est encore implanté de façon trop importante dans nos sociétés pour qu’une telle mesure ne soit pas source de trafics, peut-être plus dommageables encore que le mal. Mais à terme, dans quelques décennies à peine, il faudrait peut-être pouvoir adopter des lois faisant du tabac un produit illicite, impossible à vendre dans les commerces agréés. C’est la position défendue par le docteur Martine Perez, journaliste spécialiste des questions de santé au Figaro, qui dans un ouvrage récemment paru considère que de programmer une interdiction du tabac à un horizon de dix ans est réaliste. C’est également l’optique poursuivie par la Ligue contre le cancer, qui s’est fixé comme échéance 2030. D’autres, très nombreux, à l’étranger sont porteurs du même message : essayistes, médecins, responsables associatifs. Enfin, quelques pays sont dans ce domaine très en avance, qui ont déjà programmé dans leur législation la fin du tabac (tels l’Islande ou la Suède), sans parler de l’exemple unique du Bhoutan, seul état au monde à avoir déjà banni la cigarette.

La prohibition du tabac : une idée qui ne fait plus peur

Quel regard les professionnels de santé portent-ils sur ces appels à la prohibition du tabac ? Longtemps la position particulière et pour ne pas dire ambivalente des professionnels de santé vis-à-vis de la cigarette a été suspectée, pour ne pas dire dénoncée. Le tabagisme trop prégnant des médecins a ainsi été dans les années 90 un sujet de polémique récurent, de même que le manque d’implication des praticiens dans la lutte globale contre ce fléau. Ces critiques ne semblent plus avoir lieu d’être. Désormais, moins souvent fumeurs, peut être plus séduits par leur rôle en matière de prévention, les médecins voient leur position s’aligner sur les plus sévères pourfendeurs du tabac.

Ainsi, le sondage réalisé sur notre site du 8 au 19 juin révèle qu’une majorité de professionnels, 59 %, seraient favorables à l’interdiction du tabac, tandis que 40 % se déclarent opposés à une telle perspective et qu’un pour cent (seulement) estime difficile de se prononcer en la matière.

La répression a meilleure presse

Ces résultats ne sont pas tout à fait une surprise si l’on se réfère aux résultats d’un sondage similaire réalisé également sur le JIM il y a désormais plus de dix ans (février 2001). L’idée d’une prohibition totale séduisait même à l’époque d’avantage encore de professionnels de santé (64 %).

Sondage réalisé auprès de 618 professionnels de santé du 23 avril au 3 mai

Cependant, témoignant peut-être de la faillibilité des sondages mais sans doute plus encore de l’influence de l’état de la société sur ces questions, en 2003, ils n’étaient plus que 23 % à plébisciter l’idée de la prohibition. A l’époque, il faut le souligner, la prévalence du tabagisme amorçait une diminution enfin encourageante qui laissait présager que peut-être le fléau s’éteindrait de lui-même. La donne est totalement différente aujourd’hui où l’on assiste au contraire à une reprise du tabagisme, notamment chez les femmes et les plus jeunes, semblant imposer l’adoption de mesures plus contraignantes. Par ailleurs, l’époque est plus propice qu’en 2001 et qu’en 2003 aux politiques répressives. Ainsi, à l’heure où les professionnels de santé se déclaraient séduits par une interdiction totale du tabac, ils se montraient tout en même temps favorables à la dépénalisation du cannabis. Cette tendance a aujourd’hui on le sait fait long feu. Et l’efficacité de la répression semble bien moins souvent remise en question.



Aurélie Haroche



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