Paris, le jeudi 21 juin 2012 – Bien que les choses soient
rarement présentées ainsi, afin d’éviter certaines réactions contre
productives des farouches défenseurs de la « liberté », le réel
objectif de la lutte contre le tabagisme ne peut être in fine que
la disparition du tabac. Bien sûr, la mort de la cigarette ne
pourra être que l’aboutissement d’un long processus de prévention,
d’éducation et d’interdictions ajoutées les unes aux autres.
Cependant, depuis quelques temps, certains n’hésitent plus
également à prôner de nouveau l’arme de la prohibition pure et
simple. Pas demain, bien sûr. Le tabagisme est encore implanté de
façon trop importante dans nos sociétés pour qu’une telle mesure ne
soit pas source de trafics, peut-être plus dommageables encore que
le mal. Mais à terme, dans quelques décennies à peine, il faudrait
peut-être pouvoir adopter des lois faisant du tabac un produit
illicite, impossible à vendre dans les commerces agréés. C’est la
position défendue par le docteur Martine Perez, journaliste
spécialiste des questions de santé au Figaro, qui dans un ouvrage
récemment paru considère que de programmer une interdiction du
tabac à un horizon de dix ans est réaliste. C’est également
l’optique poursuivie par la Ligue contre le cancer, qui s’est fixé
comme échéance 2030. D’autres, très nombreux, à l’étranger sont
porteurs du même message : essayistes, médecins, responsables
associatifs. Enfin, quelques pays sont dans ce domaine très en
avance, qui ont déjà programmé dans leur législation la fin du
tabac (tels l’Islande ou la Suède), sans parler de l’exemple unique
du Bhoutan, seul état au monde à avoir déjà banni la cigarette.
La prohibition du tabac : une idée qui ne fait plus peur
Quel regard les professionnels de santé portent-ils sur ces
appels à la prohibition du tabac ? Longtemps la position
particulière et pour ne pas dire ambivalente des professionnels de
santé vis-à-vis de la cigarette a été suspectée, pour ne pas dire
dénoncée. Le tabagisme trop prégnant des médecins a ainsi été dans
les années 90 un sujet de polémique récurent, de même que le manque
d’implication des praticiens dans la lutte globale contre ce fléau.
Ces critiques ne semblent plus avoir lieu d’être. Désormais, moins
souvent fumeurs, peut être plus séduits par leur rôle en matière de
prévention, les médecins voient leur position s’aligner sur les
plus sévères pourfendeurs du tabac.
Ainsi, le sondage réalisé sur notre site du 8 au 19 juin révèle
qu’une majorité de professionnels, 59 %, seraient favorables à
l’interdiction du tabac, tandis que 40 % se déclarent opposés à une
telle perspective et qu’un pour cent (seulement) estime difficile
de se prononcer en la matière.
La répression a meilleure presse
Ces résultats ne sont pas tout à fait une surprise si l’on se
réfère aux résultats d’un sondage similaire réalisé également sur
le JIM il y a désormais plus de dix ans (février 2001). L’idée
d’une prohibition totale séduisait même à l’époque d’avantage
encore de professionnels de santé (64 %).
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Sondage réalisé auprès de 618
professionnels de santé du 23 avril au 3 mai
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Cependant, témoignant peut-être de la faillibilité des sondages
mais sans doute plus encore de l’influence de l’état de la société
sur ces questions, en 2003, ils n’étaient plus que 23 % à
plébisciter l’idée de la prohibition. A l’époque, il faut le
souligner, la prévalence du tabagisme amorçait une diminution enfin
encourageante qui laissait présager que peut-être le fléau
s’éteindrait de lui-même. La donne est totalement différente
aujourd’hui où l’on assiste au contraire à une reprise du
tabagisme, notamment chez les femmes et les plus jeunes, semblant
imposer l’adoption de mesures plus contraignantes. Par ailleurs,
l’époque est plus propice qu’en 2001 et qu’en 2003 aux politiques
répressives. Ainsi, à l’heure où les professionnels de santé se
déclaraient séduits par une interdiction totale du tabac, ils se
montraient tout en même temps favorables à la dépénalisation du
cannabis. Cette tendance a aujourd’hui on le sait fait long feu. Et
l’efficacité de la répression semble bien moins souvent remise en
question.
Aurélie Haroche
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