Paris, le samedi 23 juin 2012 - Clown, amuseur public, auteur de
comédie, ce n’était pas une vocation. Comment cela pourrait-il
l’être, quand Racine et Corneille sont déclamés, quand leurs vers
resplendissent déjà comme des trésors, à peine le rideau refermé.
Aussi, c’est un peu la mort dans l’âme que Molière pour faire vivre
sa troupe, constatant l’échec de ses tragédies, va s’abandonner à
écrire des farces. Et alors qu’il n’avait pas réussi à « imiter »,
en cette époque où l’imitation était un art, les grands tragédiens,
il parvient parfaitement, en un coup de maître, à « imiter » et
même à dépasser les hérauts de la commedia dell’arte. Ainsi sont la
Jalousie barbouillée et le Médecin volant, premières pièces de
Molière à lui avoir ouvert la voie du triomphe. Ces farces en un
acte sont des chefs d’œuvre qui empruntent au burlesque et aux
lazzis des comédiens italiens de l’époque. Elles portent également
en germe le génie futur de Molière : sa facilité, sa précision
d’écriture, son rythme parfaitement maîtrisé mais aussi son ironie
sur les pédants de son temps (notamment dans le Médecin volant) et
sa façon de transformer enfin la comédie en un genre parfaitement
noble. Quatre siècles plus tard, l’intelligence de Raphaël de
Angelis, metteur en scène de la compagnie le Théâtre de l’éventail
est d’avoir conservé le charme premier des deux pièces en
retrouvant notamment les codes de la commedia dell’arte.
De la médecine à l’écriture en passant par la mer
Les desseins contrariés de Molière rappellent les routes parfois
singulières que peuvent prendre certains destins. Le chemin de
Victor Segalen est à cette image : la voie toute tracée que lui
désignaient ses parents, devenir instituteur ou pharmacien, a été
balayée par le vent du désir. Victor Segalen, né à Brest en 1878
choisit une autre route : celle de la médecine et celle de la mer.
Elle le conduit jusqu’aux confins du monde, en Polynésie, ou
débarqué en 1903 il apprend à soigner et à découvrir une population
meurtrie. L’amour qu’il nourrit alors pour cette terre le pousse à
écrire et le médecin de marine devient alors écrivain dans des
récits librement inspirés de ses voyages. C’est la vie de ce breton
dont le nom résonne régulièrement aux oreilles des brestois (la
faculté de lettre porte son nom) qui est retracée dans l’exposition
« Victor Segalen, Breton du monde », accueillie jusqu’au 29 juillet
à la Maison du livre et du tourisme de Bécherel
(Ille-et-Vilaine)
Fétichisme du corps
Autre décor, radicalement différent proposé jeudi soir par
l’émission Envoyé Spécial. Bien que l’on puisse une nouvelle fois
s’interroger sur les bizarreries de ces destins qui poussent
certains et certaines d’entre nous à faire des capitons le premier
objet de leur ressentiment. Mais les patientes sont-elles vraiment
prêtes à tout pour se débarrasser de leur cellulite disgracieuse ?
C’est la question à laquelle tente de répondre le reportage,
semblant suggérer in petto que certains professionnels peu
scrupuleux sont pour leur part prêt à presque tout pour faire
miroiter aux femmes une vie sans cellulite.
Fétichisme tout court
Cette lutte contre la cellulite sera comme tous les destins,
demain, bientôt, tôt ou tard, avalée par la mort. La mort,
pourtant, n’est pas l’unique préoccupation du docteur Philippe
Charlier, pourtant médecin légiste. Celui qui s'est longtemps
consacré à élucider les disparitions de grands noms de l’histoire
est également un collectionneur patient et émerveillé d’art
premier. Dans son dernier livre récemment paru aux éditions du
Rocher « Arts premiers : autopsie et tradition », il présente ainsi
une longue série de fétiches à vocation souvent thérapeutique. Ces
pièces ouvrent un champ de réflexion insoupçonné sur les mythes,
les représentations et les aspirations des peuples à l’origine de
ces ex voto, statuettes et autres amulettes.
Aurélie Haroche
La Jalousie barbouillée suivie du Médecin volant, de Molière, par la compagnie du Théâtre de l’éventail, mise en scène de Raphaël de Angelis, samedi 7 et dimanche 8 juillet (à 15 h et 18 h), Ecole des Gobelins, 8, rue des Gobelins, 76600 Le Havre (dans le cadre des Estivales du Havre)
Victor Segalen, Breton du monde, jusqu’au 29 juillet à la Maison du livre et du tourisme, 4 route de Montfort 35190 Bécherel
Cellulite, la fin des capitons à tout prix, France 2, Envoyé spécial, jeudi 28 juin, 20h40
Arts premiers : autopsie et tradition, Philippe Charlier, Editions du Rocher, 152 pages, 17,90 euros
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