Paris, le samedi 7 juillet 2012 – « J’avais avec une petite
mademoiselle Goton des tête à tête assez courts, mais assez vifs,
dans lesquels elle daignant faire la maîtresse d’école ».
Qu’évoque par cette formulation elliptique celui dont on a
récemment fêté le tricentenaire de la naissance ? La fessée, sans
aucun doute. Jean-Jacques Rousseau n’hésita pas en effet à en
vanter les délices dans ses Confessions, en avouant l’émoi érotique
qu’avait provoqué chez lui, enfant, cette correction infligée par
Mademoiselle Lemercier. Une façon d’appréhender la chose qui fit
dire plusieurs siècles plus tard à Jean Cocteau : « Le derrière
de Rousseau est-il le soleil de Freud qui se lève ? J’y verrais
plutôt le clair de lune romantique ».
Un risque accru de souffrir de désordres mentaux
Pas sûr que les adultes interrogés par une équipe de chercheurs
canadiens au sujet des châtiments corporels dont ils ont été
l’objet enfants partagent cette vision « romantique ». Selon ces
praticiens de l’Université de Manitoba, dont les résultats publiés
par la revue Pediatrics, ont été très commentés cette semaine, les
personnes ayant reçu des fessées durant leur enfance (à l’exclusion
de ceux ayant subi des sévices sévères) auraient en effet entre 2 à
7 % de risques en plus de souffrir de certaines pathologies
mentales par rapport à ceux ayant vécu leurs premières années sans
recevoir de telles punitions. Si évidemment, ces résultats sont
très difficiles à interpréter, ils n’ont pas manqué de rouvrir
l’éternel débat sur le rôle ou la dangerosité de la fessée dans
l’éducation.
La fessée interdite en Espagne, en Nouvelle Zélande et aux Pays
Bas
Cette question avait ainsi alimenté les colonnes du JIM à la
faveur en 2010 de la publication des résultats d’une étude
également publiée dans la revue Pediatrics par Taylor et coll.
faisant apparaître que les enfants plus souvent soumis à ce type de
correction se révélaient plus agressifs que ceux qui en avaient été
épargnés. Dans le sillage de cet article, nous avions interrogé nos
lecteurs sur leur position quant à une interdiction légale de cette
correction. Leur réponse avait été sans appel : 88 % des
professionnels de santé se déclaraient opposés à une telle idée !
Pourtant, cette dernière a germé dans de nombreux pays de la
Finlande au Costa Rica en passant par l’Espagne, les Pays Bas et la
Nouvelle Zélande. Sans parler de la Suède, pionnière en la matière
qui a interdit la fessée en 1979. N’en déplaise à Rousseau.
http://pediatrics.aappublications.org/content/early/2012/06/27/peds.2011-2947.full.pdf+html
Léa Crébat
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