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Six millions de personnes sous antirétroviraux en Afrique : un succès inespéré mais fragile

Publié le 09/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Genève, le lundi 9 juillet 2012 – Depuis le début de l’année, le patron de l’agence de l’ONU dédiée à la lutte contre le Sida (ONUSIDA), Michel Sidibé, est allé à la rencontre de la plupart des chefs d’Etat africains. L’objectif : rappeler à ces gouvernants l’importance de ne pas se satisfaire trop facilement de l’amélioration considérable de l’accès aux trithérapies dans leurs états au cours des cinq dernières années. Ces progrès indéniables sont en en effet en très grande majorité le fruit de la générosité de la communauté internationale. Ainsi, à l’exception des malades sud-africains 80 % des séropositifs traités en Afrique le sont « grâce à des ressources provenant de l’extérieur de l’Afrique. « Ce n’est pas pérennisable. C’est même dangereux » observe Michel Sidibé, notamment dans un contexte de crise économique internationale. Plusieurs pays voient de fait le financement de leurs traitements assuré à 90 % voire à 100 % par des ressources étrangères et sont ainsi totalement dépendants des contributions (plutôt en stagnation, voire en baisse) versées au Fonds mondial contre le Sida.

Multiplication par 100 du nombre de patients traités en dix ans

Cette situation est d’autant plus regrettable qu’elle met en péril les très importants progrès réalisés ces dernières années. Il est loin le temps où les instances internationales se désolaient de ne pas avoir atteint leur objectif de voir traiter 3 millions de séropositifs vivant dans des pays pauvres ou émergents en 2005. « Personne n’imaginait il y a dix ans qu’on atteindrait un tel résultat » se félicite Michel Sidibé. Aujourd’hui en effet, on compte 6,2 millions de patients sous antirétroviraux en Afrique subsaharienne, soit une multiplication par cent du nombre de séropositifs traités dans cette région en moins d’une décennie. La progression du nombre de personnes bénéficiant d’un accès aux soins ne semble d’ailleurs pas s’essouffler : la couverture du traitement a ainsi augmenté de 19 % entre 2010 et 2011. Dans certains pays, la hausse du nombre de séropositifs soignés a de fait été exceptionnelle en 2011 : 300 000 sud-africains, 150 000 zimbabwéens et 100 000 kenyans supplémentaires ont ainsi été intégrés dans des programmes de prise en charge. En 2011, le Botswana, la Namibie, le Rwanda, le Swaziland et la Zambie comptaient entre 70 et 80 % de patients « éligibles » au traitement sous ARV. Cette formidable progression est notamment liée à une diminution spectaculaire du coût des médicaments passé de 15 000 dollars par personne et par an à la fin des années 1990 à 80 dollars aujourd’hui.

40 % des patients abandonnent leur traitement

Cependant, l’Afrique est encore loin d’offrir un traitement universel : seuls un peu plus de la moitié des patients (56 %) considérés comme « éligibles » sont traités, quand les modélisations les plus récentes plaident pour un traitement dès la découverte de la séropositivité. Par ailleurs, le pourcentage d’abandon du traitement est très élevé en Afrique, atteignant 40 %, notamment « en raison d’une alimentation insuffisante » qui rend difficilement supportables certains effets secondaires, note Michel Sidibé. Autant d’éléments qui devraient être discutés lors du sommet de l’Union africaine qui s’ouvre aujourd’hui à Addis Adeba, au cours duquel Michel Sidibé devrait notamment proposer la création d’une agence africaine du médicament.



Aurélie Haroche



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