Paris, le samedi 14 juillet – A moins d’être un fanatique absolu
d’histoires de super héros et d’être un spectateur assez chevronné
pour ne pas se perdre dans certaines intrigues parfois plus
qu’alambiquées, il n’est pas rare que l’on « décroche » en
regardant un film contant les péripéties de Superman, Spiderman et
autre Batman. Aussi, déformation professionnelle oblige, les
médecins, infirmières et kinésithérapeutes en viennent sans doute à
se demander, distraitement, dans quel état doivent être les pauvres
os de ces héros volants. Il faut croire que Christopher Nolan, le
réalisateur de The Dark Knight Rises, le dernier volet des
nouvelles aventures de Batman (dont les premiers opus étaient des
chefs d’œuvre du genre dans le domaine de l’intrigue alambiquée),
compte parmi ses proches quelques rhumatologues. Rompant avec
l’atmosphère très sombre des deux premiers films (et de ce que l’on
devine du troisième à travers les premières bandes annonces et
autres vidéos promotionnelles savamment distillées ces dernières
semaines), The Dark Knight Rises compte une scène assez
humoristique où Bruce Wayne (alias Batman, joué par Christian Bale)
reçoit les conseils de son médecin. Si ce dernier affirme à la
chauve souris qu’il est plutôt en bonne santé, il ne peut lui
cacher l’état désastreux de son ossature ! Voici une scène,
dévoilée il y a peu, qui pourrait convaincre ceux redoutant
l’atmosphère tragique de The Dark Knight Rises d’aller découvrir ce
film (qui n’a été pour l’heure vu que par une poignée de
spectateurs choisis). En salles la semaine prochaine !
De Montaigne à Pennac
En s’attelant à l’idée surprenante d’écrire le « journal d’un
corps », Daniel Pennac, a peut-être voulu nous rappeler que celui
que nous oublions souvent, que nous maltraitons, que nous cachons
est le héros de notre vie. Supportant les douleurs bien sûr, les
vraies et celles que l’on s’invente (Daniel Pennac livre ici le
portrait d’un corps parfaitement hypocondriaque !) mais surtout
nous permettant de découvrir le monde et d’éprouver des centaines
de plaisirs, des plus petits, des plus honteux aux plus fulgurants.
De la naissance à la mort en passant par le naufrage de la
vieillesse, Daniel Pennac donne la parole à celui que le culte de
la performance à tout prix a souvent fait taire, le corps
souffrant, le corps malade, même si Montaigne dans ses Essais
n’oubliait jamais, lui aussi, de l’évoquer avec forces détails et
un sens de l’autodérision que l’on retrouve évidemment dans les
lignes de l’écrivain contemporain.
Chose vue
Sandrine Buring et Stéphane Orly tentent eux de donner corps à
ceux qui n’en ont pas, à ceux qui ne peuvent en parler. L’origine
des spectacles de ces deux artistes présentés dans le cadre du
festival d’Avignon à partir du 15 juillet, « Ch(ose) » et « Hic
sunt leones », est leurs rencontres avec des enfants gravement
polyhandicapés souvent incapables de se mouvoir et de s’exprimer.
Le metteur en scène et la danseuse ont en effet visité
régulièrement pendant deux ans les pensionnaires de l’hôpital pour
enfants de la Roche Guyon (Val d’Oise). Dans leurs œuvres, ils
tentent de retranscrire l’enfermement et l’isolement vécus par ces
malades. L’enfermement transparaît dans le dispositif scénique
choisi par Sandrine Buring, qui figure une éprouvette, tandis que
sa danse donne corps à l’atonie. L’isolement est pour sa part
représenté par l’épais brouillard dans lequel Stéphane Orly plonge
ses spectateurs à travers lequel ne transpercent que des voix
mystérieuses et déformées. Eprouvant.
Le corps sacrifié
Enfin, encore une histoire de corps dans le reportage : «
Fukushima, la population sacrifiée », mais de corps social. Dans
son documentaire, David Zavaglia revient sur les conséquences de
l'accident de Fukushima sur la population voisine. Il évoque
notamment la perte de confiance des Japonais dans leurs dirigeants
et leur alimentation. Un sentiment de défiance d’autant plus
prégnant que la communication des responsables politiques a été
entachée de nombreuses zones d’ombres, donnant le sentiment à
certains habitants d’avoir été « sacrifiés » sur l’autel des
apparences, qui imposait de donner l’impression d’une maîtrise sans
faille de la crise.
Aurélie Haroche
The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan, sortie en salles le 25 juillet, 2h44
Journal d’un corps, Daniel Pennac, Gallimard, 22 euros, 396 pages
Ch(ose), spectacle de Sandrine Buring suivi de Hic sunt leones, de Stéphane Orly, du 15 au 25 juillet, Chartreuse De Villeneuve Lez Avignon, 58 rue de la République, 30400 Villeneuve-lès-Avignon
Fukushima, une population sacrifiée, La chaîne parlementaire, le dimanche 15 juillet à 21h
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