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Mon corps, ce héros

Publié le 14/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le samedi 14 juillet – A moins d’être un fanatique absolu d’histoires de super héros et d’être un spectateur assez chevronné pour ne pas se perdre dans certaines intrigues parfois plus qu’alambiquées, il n’est pas rare que l’on « décroche » en regardant un film contant les péripéties de Superman, Spiderman et autre Batman. Aussi, déformation professionnelle oblige, les médecins, infirmières et kinésithérapeutes en viennent sans doute à se demander, distraitement, dans quel état doivent être les pauvres os de ces héros volants. Il faut croire que Christopher Nolan, le réalisateur de The Dark Knight Rises, le dernier volet des nouvelles aventures de Batman (dont les premiers opus étaient des chefs d’œuvre du genre dans le domaine de l’intrigue alambiquée), compte parmi ses proches quelques rhumatologues. Rompant avec l’atmosphère très sombre des deux premiers films (et de ce que l’on devine du troisième à travers les premières bandes annonces et autres vidéos promotionnelles savamment distillées ces dernières semaines), The Dark Knight Rises compte une scène assez humoristique où Bruce Wayne (alias Batman, joué par Christian Bale) reçoit les conseils de son médecin. Si ce dernier affirme à la chauve souris qu’il est plutôt en bonne santé, il ne peut lui cacher l’état désastreux de son ossature ! Voici une scène, dévoilée il y a peu, qui pourrait convaincre ceux redoutant l’atmosphère tragique de The Dark Knight Rises d’aller découvrir ce film (qui n’a été pour l’heure vu que par une poignée de spectateurs choisis). En salles la semaine prochaine !

De Montaigne à Pennac

En s’attelant à l’idée surprenante d’écrire le « journal d’un corps », Daniel Pennac, a peut-être voulu nous rappeler que celui que nous oublions souvent, que nous maltraitons, que nous cachons est le héros de notre vie. Supportant les douleurs bien sûr, les vraies et celles que l’on s’invente (Daniel Pennac livre ici le portrait d’un corps parfaitement hypocondriaque !) mais surtout nous permettant de découvrir le monde et d’éprouver des centaines de plaisirs, des plus petits, des plus honteux aux plus fulgurants. De la naissance à la mort en passant par le naufrage de la vieillesse, Daniel Pennac donne la parole à celui que le culte de la performance à tout prix a souvent fait taire, le corps souffrant, le corps malade, même si Montaigne dans ses Essais n’oubliait jamais, lui aussi, de l’évoquer avec forces détails et un sens de l’autodérision que l’on retrouve évidemment dans les lignes de l’écrivain contemporain.

Chose vue

Sandrine Buring et Stéphane Orly tentent eux de donner corps à ceux qui n’en ont pas, à ceux qui ne peuvent en parler. L’origine des spectacles de ces deux artistes présentés dans le cadre du festival d’Avignon à partir du 15 juillet, « Ch(ose) » et « Hic sunt leones », est leurs rencontres avec des enfants gravement polyhandicapés souvent incapables de se mouvoir et de s’exprimer. Le metteur en scène et la danseuse ont en effet visité régulièrement pendant deux ans les pensionnaires de l’hôpital pour enfants de la Roche Guyon (Val d’Oise). Dans leurs œuvres, ils tentent de retranscrire l’enfermement et l’isolement vécus par ces malades. L’enfermement transparaît dans le dispositif scénique choisi par Sandrine Buring, qui figure une éprouvette, tandis que sa danse donne corps à l’atonie. L’isolement est pour sa part représenté par l’épais brouillard dans lequel Stéphane Orly plonge ses spectateurs à travers lequel ne transpercent que des voix mystérieuses et déformées. Eprouvant.

Le corps sacrifié

Enfin, encore une histoire de corps dans le reportage : « Fukushima, la population sacrifiée », mais de corps social. Dans son documentaire, David Zavaglia revient sur les conséquences de l'accident de Fukushima sur la population voisine. Il évoque notamment la perte de confiance des Japonais dans leurs dirigeants et leur alimentation. Un sentiment de défiance d’autant plus prégnant que la communication des responsables politiques a été entachée de nombreuses zones d’ombres, donnant le sentiment à certains habitants d’avoir été « sacrifiés » sur l’autel des apparences, qui imposait de donner l’impression d’une maîtrise sans faille de la crise.



Aurélie Haroche


The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan, sortie en salles le 25 juillet, 2h44
Journal d’un corps, Daniel Pennac, Gallimard, 22 euros, 396 pages
Ch(ose), spectacle de Sandrine Buring suivi de Hic sunt leones, de Stéphane Orly, du 15 au 25 juillet, Chartreuse De Villeneuve Lez Avignon, 58 rue de la République, 30400 Villeneuve-lès-Avignon
Fukushima, une population sacrifiée, La chaîne parlementaire, le dimanche 15 juillet à 21h



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