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Débats fumeux autour de la taxation des profits de l’industrie du tabac

Publié le 17/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le mardi 17 juillet 2012 – La volonté de Jean-Marie Le Guen, député socialiste spécialisé dans les questions de santé, d’imposer une taxe spéciale sur les profits de l’industrie du tabac ne date pas d’aujourd’hui. Déjà, au printemps, lors de la campagne électorale, l’élu avait confié au JIM que la politique de lutte contre le tabac devrait « être financée par la taxation des supers bénéfices des industries du tabac. Il est en effet inacceptable que cette industrie soit la seule à ne pas contribuer à gérer les dégâts qu’elle génère ». Cette proposition n’était d’ailleurs pas, on le sait, l’apanage du seul élu socialiste. Dans son rapport sur le tabac remis au ministre de la Santé de l’époque, le député UMP Yves Bur avait également prôné la mise en place d’un tel impôt. Cependant, l’ensemble des tentatives législatives ayant eu pour but de mettre en place cette fameuse taxation ont jusqu’à aujourd’hui échoué.

Un chiffre d’affaires fortement croissant

Ces revers n’ont pas empêché hier Jean-Marie Le Guen d’annoncer le dépôt d’un amendement dans ce sens dans le cadre du collectif budgétaire qui doit être très prochainement examiné. Son texte vise à créer une nouvelle contribution de 6 % sur le chiffre d’affaires des industriels et de 45 % sur la progression annuelle de ce chiffre. Pour justifier ce prélèvement particulier, Jean-Marie Le Guen expose : « Les industriels ont enregistré une explosion de leur chiffre d’affaire de plus de 26 % en quatre ans pour une production relativement stable. Ces superbénéfices réalisés au détriment de la vie de nos concitoyens sont aussi injustifiés qu’inacceptables ». Le député parisien a par ailleurs déjà évalué le montant qui pourrait être retiré d’une telle taxe en se basant sur les exercices 2010 et 2011 : il atteindrait 203 millions d’euros. Si cette somme importante pourrait se révéler un atout décisif pour alimenter les programmes de lutte contre le tabac, elle est néanmoins très inférieure au coût représenté par la prise en charge des maladies liées au tabac et qui s’élève à 18 milliards d’euros par an.

L’Etat se pénaliserait-il en taxant d’avantage l’industrie du tabac ?

Si sur le papier, l’idée de Jean-Marie Le Guen est séduisante (et a d’ailleurs été immédiatement saluée par le Comité national contre le tabagisme), dans les faits, la réalité pourrait être moins utopique que ne l’espère le député socialiste. Crise du pouvoir d’achat oblige, le député a en effet promis (un peu vite) que cette nouvelle taxe n’aurait aucune répercussion sur le prix des cigarettes et n’affecterait donc pas les consommateurs. Les affirmations un peu rapides de l’élu ont cependant été rapidement détrompées par les représentants des cigarettiers. « Les prix sont libres » a ainsi rétorqué le porte-parole de British American Tobacco, Yves Trévilly, tandis que Cécile Audeibert, porte-parole d’Imperial Tobacco a affirmé que cet amendement « cache un prélèvement supplémentaire pour le consommateur » puisque la taxe imposée à l’industrie du tabac ne manquerait pas d’être répercutée sur le prix du paquet. Si cette perspective peut se révéler peu engageante pour le gouvernement sans doute soucieux de ne pas trop égratigner le portefeuille des Français (même lorsqu’ils achètent des produits dangereux), la diminution des recettes perçues par l’Etat liées à la vente de tabac pourrait l’inquiéter d’avantage. Or, celle-ci ne fait aucun doute selon les précisions des responsables des cigarettiers. « Si la taxe est adoptée, le prix des cigarettes va fortement augmenter, donc les ventes en France devraient baisser, comme c’est le cas depuis la dernière augmentation, et au final les recettes de l’Etat vont baisser », analyse Yves Trévilly.

Une politique schizophrénique

Ces mécanismes implacables promis par l’industrie du tabac doivent-ils pourtant être si clairement redoutés ? La baisse des ventes est finalement l’objectif à atteindre en terme de santé publique et tant mieux si cette nouvelle hausse des prix parvient à un but que les précédentes ont raté (cantonnées à 6 % elles n’ont en effet que généré des profits supplémentaires pour les cigarettiers). Par ailleurs, il est sans doute temps pour l’Etat d’en finir avec une politique schizophrénique qui consiste à déconseiller un produit dont la vente représente pourtant pour lui un réel bénéfice. Un bénéfice d’ailleurs à relativiser : les 11 milliards récupérés chaque année sur le coût des cigarettes demeurent en effet en deçà des 18 milliards d’euros que coûte la prise en charge des maladies liées au tabac.

Arguments fumeux du gouvernement pour repousser le projet au moins jusqu’à l’automne

Pas sûr cependant que ces arguments convainquent les responsables des finances du gouvernement. Ces derniers paraissent en effet aujourd’hui quelque peu botter en touche. « Cette bonne idée ne devrait pas s’inscrire a priori dans le cadre du collectif budgétaire » argue ainsi le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies qui préfère remettre le projet à l’automne, dans le cadre d’une révision plus globale de la fiscalité du tabac. Jean-Marie Le Guen n’est pas totalement dupe face à cette réponse : « Je veux bien entendre les arguments du gouvernement, mais il me faut des engagements clairs sur le fait qu'une offensive sera menée à la rentrée contre les profits des fabricants, avec des objectifs de santé publique à la clef », répond-il. Le député semble conscient que la bataille ne sera pas si facile, puisqu’il prévoit que déjà lui seront opposés les arguments traditionnels concernant la hausse des achats transfrontaliers et de la contrebande, mis en avant par les buralistes et les cigarettiers. A ce sujet, Jean-Marie Le Guen considère que les données fréquemment présentées ne sont pas parfaitement convaincantes et souhaite la mise en place d’une commission interministérielle pour étudier plus précisément le phénomène.



Aurélie Haroche



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