Paris, le mercredi 18 juillet 2012 – Le décès d’une patiente et
l’hospitalisation de plusieurs autres au printemps 2006 victimes
d’un traitement reposant sur la prise de gélules à base d’extraits
thyroïdiens destiné à favoriser la perte de poids avaient rappelé
et mis à jour plusieurs éléments concernant la prise en charge de
l’amaigrissement. Ce drame confirmait en effet les risques que
n’hésitent pas à prendre un nombre croissant de patients pour
parvenir à maigrir et la place cruciale des médicaments et autres
produits de santé dans cette folle quête de minceur. Par ailleurs,
les pratiques peu scrupuleuses de certains professionnels, le
manque de contrôle et de régulation et le caractère anarchique de
l’offre proposée sur internet ont peu à peu été dévoilés.
Préparations magistrales : mieux vaut s’en passer
Aussi, depuis 2006, la vigilance des autorités sanitaires et
notamment de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits
de santé (AFSSAPS, devenue l’Agence nationale de sécurité du
médicament) s’est considérablement renforcée. Récemment, l’ANSM a
ainsi formulé de nouvelles recommandations et édicté plusieurs
interdictions concernant les préparations magistrales à visée
amaigrissante. Tout en rappelant que ces dernières n’étaient pas «
recommandées » dans le cadre d’une démarche de réduction pondérale,
elle a ainsi parallèlement interdit l’utilisation de plusieurs
plantes et substances dans la composition de ces préparations.
Charlatanisme
Aujourd’hui, au-delà de la question spécifique des préparations
magistrales, l’ANSM publie un rapport d’expertise sur
l’évaluation des risques liés à l’utilisation de produits de santé
à des fins d’amaigrissement. Parmi les principaux
dangers identifiés, l’ANSM cite « le détournement de
médicaments non indiqués dans le traitement du surpoids ou de
l’obésité » et l’achat de médicaments en dehors du circuit
officinal, notamment sur internet. Si les cas d’intoxication liés à
ces produits acquis sur le web demeurent rares ils ne sont pas
inexistants. Ainsi, entre 2001 et 2011, sur la soixantaine de
signalements à la commission de pharmacovigilance concernant des
médicaments achetés sur internet, une vingtaine était liée à des
produits pour maigrir. Les produits achetés sur internet sont très
divers : il peut s’agir de médicaments autorisés et détournés (avec
un risque important de recevoir des produits contrefaits), de
compléments alimentaires souvent en infraction avec la
réglementation en vigueur, de médicaments retirés du marché ou
encore des « méthodes revendiquant un effet amaigrissant
relevant fréquemment du charlatanisme ». Enfin, autre type de
risques liés à l’utilisation de produits de santé dans le but de
maigrir : l’utilisation sans méfiance des préparations à base de
plantes « souvent perçues comme une approche naturelle mais qui
ne sont pas dépourvues de risque ».
Plus de prescription hors AMM
Forte de ces différents constats, l’ANSM a accompagné son
rapport d’expertise de recommandations spécifiques à l’intention
des professionnels et du grand public.
Aux médecins, il est ainsi recommandé « d’inclure dans le bilan
initial la recherche des comportements potentiellement dangereux
face aux produits et pratiques à visée amaigrissante ». Les
praticiens devraient ainsi interroger leurs patients sur leurs
éventuelles tentatives d’achat de médicaments sur internet, sur
leur recours à des méthodes non validées ou sur leur utilisation «
détournée » de médicaments (laxatifs ou diurétiques vendus sans
ordonnance). Ces recommandations incitent également les médecins à
éviter la prescription de préparations magistrales et à « ne
pas prescrire de médicaments hors AMM » (sans doute une
conséquence de l’affaire du Mediator).
A l’intention du grand public, l’ANSM invite à se «
méfier » des produits vendus en dehors des pharmacies,
notamment sur le net, mais aussi des médicaments « conseillés
ou transmis par votre famille ou des amis », des «
produits dont vous ne connaissez pas l’origine, même s’ils se
revendiquent naturels » et des « méthodes miracles
».
Aurélie Haroche
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