Paris, le vendredi 20 juillet 2012 – Rarement, tout au moins
depuis le début du nouveau siècle, une conférence internationale
dédiée au Sida n'avait été précédée d’une telle effervescence.
Alors que s’ouvrira à Washington dimanche la dix-neuvième édition
de cette réunion devenue depuis 1985 incontournable, les
déclarations se multiplient en effet quant aux stratégies qui
pourraient permettre d’en finir avec le Sida.
La théorie et la pratique
Première piste que nous avons déjà abordée dans ces colonnes
cette semaine et qui devrait tenir une place centrale tout au long
de la conférence : la disparition du Sida grâce aux moyens dont
nous disposons aujourd’hui. Nous avons ainsi déjà évoqué comment
beaucoup dont le directeur de l’Institut américain des allergies et
des maladies infectieuses (NIAID) Anthony Fauci sont convaincus que
les antirétroviraux dont nous disposons actuellement pourraient
nous permettre de voir naître d’ici un siècle une « génération sans
Sida ». La pertinence « scientifique » de cette thèse n’est pas
remise en question. Le Prix Nobel de médecine Françoise
Barré-Sinoussi confirme : « Avec les traitements actuels on
sait très bien qu’en 2050, si on suit les modèles (informatiques),
et si toute personne infectée peut avoir accès au traitement, on
devrait être capable d’éliminer cette épidémie mondiale ». Si
l’intérêt d’une telle stratégie est qu’elle ne nécessite pas
davantage d’efforts de recherche, les obstacles à sa réussite sont
néanmoins nombreux. Ils sont notamment financiers, culturels et
également liés à l’organisation des soins.
Elargir les critères de prise en charge
En dépit de ces difficultés connues de tous, l’ONUSIDA et
l’Organisation mondiale veulent y croire. Cette espérance est
nourrie des bons résultats obtenus ces dernières années : le nombre
de personnes bénéficiant d’un traitement atteint en effet
aujourd’hui 8 millions, soit 20 % de plus qu’en 2010 et une
multiplication par vingt-six depuis 2004 comme l’a révélé un
rapport publié cette semaine par l’ONUSIDA. Cependant, pour
permettre aux antirétroviraux de faire « disparaître » le Sida,
l’augmentation du nombre de patients traités en fonction des
critères appliqués actuellement ne suffira pas. L’ONUSIDA et l’OMS
ont donc proposé cette semaine plusieurs autres recommandations
destinées à permettre aux antirétroviraux d’être un rempart plus
puissant contre les nouvelles infections. Il s’agirait de proposer
systématiquement un traitement aux séropositifs dont le partenaire
n’est pas infecté et ce quel que soit son nombre de CD4 +. La prise
en charge médicamenteuse de toutes les femmes enceintes infectées
est également préconisée. Et d’une manière plus générale, l’OMS
estime que les trithérapies devraient être initiées plus
précocement et non uniquement lorsque le patient présente un nombre
de CD4+ égal ou inférieur à 350 cellules/mm3. L’ensemble
des ces recommandations devrait permettre de faire reculer le
nombre de nouvelles infections et à terme enrayer l’épidémie.
Guérir plutôt que faire disparaître
Cependant, même s’ils reconnaissent la légitimité de ce type de
préconisations, de nombreux chercheurs considèrent que d’autres
stratégies doivent également être suivies, voire préférées. Hier,
la Société internationale sur le sida (SID) a ainsi dévoilé les
pistes qui lui semblent les plus prometteuses pour espérer un jour
en finir avec le Sida. Il s’agit de se baser sur l’amélioration des
connaissances sur les « mécanismes de persistance du VIH à l’état
latent » a expliqué le professeur Steven Deeks hier (Université de
Californie). « Nous parvenons à un stade de l’épidémie où nous
pouvons commencer sérieusement à tester des traitements pour, soit
empêcher cet état latent du VIH, soit le forcer à sortir de sa
cachette pour le détruire ». Pour avancer sur cette voie, les
chercheurs fondent de grands espoirs dans l’observation de cas très
particuliers. Celui, tout d’abord de Timothy Brown, ce patient
américain présenté comme le seul homme à avoir « guéri du Sida »
après une greffe de moelle osseuse provenant d’un donneur porteur
d’une mutation très spécifique lui conférant une « résistance au
VIH ». Mais d’autres patients particuliers intéressent les
chercheurs et notamment « un groupe de patient en France qui ont
reçu un traitement classique par des antirétroviraux, puis qui les
ont arrêtés et qui vivent aujourd’hui sans traitement en contrôlant
parfaitement leur infection » indique François Barré-Sinoussi.
Enfin, la très petite catégorie de séropositifs (0,3 %) qui sans
avoir jamais reçu de traitement « contrôle naturellement leur
virus de façon permanente » compte également parmi ces «
pistes » qui permettent aux chercheurs de croire qu’une véritable «
guérison » du Sida et non pas seulement sa disparition sera bientôt
possible.
Aurélie Haroche
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