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Après 22 ans d’absence, les Etats-Unis accueillent de nouveau la conférence mondiale contre le Sida

Publié le 23/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Washington, le lundi 23 juillet 2012 – Le ton très optimiste qui devrait s’imposer tout au long de la conférence mondiale contre le Sida qui s’est ouverte hier à Washington a beaucoup été évoqué la semaine dernière. Les déclarations se sont en effet multipliées pour souligner d’une part que les avancées de la recherche permettaient d’envisager à plus ou moins longue échéance une guérison du Sida et pour affirmer d’autre part que les traitements actuels étaient aujourd’hui assez efficaces pour offrir la promesse d’une disparition de l’épidémie. Pour ce faire, cependant, d’autres stratégies devront être appliquées, en ce qui concerne notamment l’administration du traitement. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà indiqué récemment que les recommandations actuelles préconisant un placement sous anti-rétroviral lorsque le nombre de CD4 est inférieur à 350 cellules/mm3 devraient être changées. Hier, c’était au tour de l’International Antiviral Society-USA, un organisme à but non lucratif, de s’inscrire dans la même lignée que l’OMS et que le ministère américain de la santé (HHS) qui a déjà formulé des recommandations similaires au printemps. Dans ces nouvelles préconisations publiées dans le Journal of the American Medical Association, il est conseillé d’administrer un traitement antirétroviral à tous les adultes infectés par le VIH, sans distinction du statut viral.

La crise n’amoindrit pas la générosité des pays riches

Cette prise de position jugée « ambitieuse » par le Docteur Mélanie Thompson de l’ONG Aids Research Consortium d’Atlanta a été adoptée en considérant que les deux obstacles souvent soulevés pour repousser une telle stratégie ne sont pas des arguments suffisants pour s’y opposer. La question des résistances au traitement qui ont fortement augmenté ces dernières années notamment en Afrique n’est ainsi pas considérée par les experts comme suffisamment inquiétante pour justifier de renoncer à un traitement universel. Concernant l’ampleur des fonds qui devrait être soulevé pour atteindre cet objectif, le docteur Thompson observe : « Je pense que c’est une question de volonté politique, d’établir des priorités et de reconnaître que traiter le VIH est rentable ». Tel est également le leitmotiv de l’ONUSIDA qui dans un communiqué publié la semaine dernière insiste : « Chaque dollar consacré à la lutte contre le sida représente un investissement et non pas une dépense ». Dans ce cadre, les chiffres actuels sont plutôt rassurants en dépit de la crise qui, dit-on souvent, amoindrirait la générosité des grands pays donateurs. En réalité, « le financement de la communauté internationale pour la lutte contre le VIH est resté globalement stable entre 2008 et 2011, à hauteur de 8,2 millions de dollars ».

L’Afrique du Sud finance à 80 % sa lutte contre le sida

En outre, parallèlement à cette stabilité des contributions des pays riches, les états pauvres et émergents ont fait un important effort pour diminuer leur « dépendance » face à ces donations. Pour le président de l’ONUSIDA, la plus grande participation des pays les plus touchés à la lutte contre le VIH est d’ailleurs un des enjeux majeurs de la lutte contre le Sida pour les prochaines années. Or, si dans certaines régions, les fonds internationaux contribuent encore pour une très large part à la prise en charge de la maladie, les progrès enregistrés sont très encourageants. Ainsi, il apparaît que « les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires ont investi 8,6 milliards de dollars dans la riposte contre le Sida, ce qui représente une augmentation de 11 % par rapport à 2010 ». Dans 81 pays, la progression enregistrée au cours des cinq dernières années a même été plus forte, atteignant 50 %. Ce phénomène touche jusqu’aux états les plus fragiles : les dépenses publiques consacrées au Sida ont ainsi cru de 97 % entre 2006 et 2011 en Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud). Ces progrès sont plus spectaculaires encore dans les pays émergents. Dans les états du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), les sommes consacrées au Sida sont ainsi en hausse de 120 % par rapport à 2006. Désormais ces pays « financent (…) plus de 75 % en moyenne des montants investis à l’échelle nationale dans la lutte contre le Sida », un chiffre qui monte jusqu’à 80 % en Afrique du Sud et en Chine.

Back to USA

L’argent, s’il est une condition essentielle pour faire encore progresser le recul de l’épidémie, n’est cependant pas la condition sine qua non. Toujours, la lutte contre les discriminations doit s’imposer, afin de favoriser l’accès aux soins de tous les malades. Sur ce point, la conférence de Washington devrait connaître à l’instar des manifestations précédentes de nombreux appels pour combattre toute forme de stigmatisation. Parmi les plus marquants, on retiendra sans doute celui lancé hier par une vingtaine de multinationales qui se sont unies pour dénoncer la persistance de restrictions de circulation imposées aux séropositifs. Des entreprises comme Levi Strauss, H&M, Gap, Coca-Cola, Merck ou encore Bristol-Myers Squibb ont pris part à cet appel. « Dans le paysage concurrentiel actuel, où les voyages d’affaires à travers le monde, sont capitaux, nous devons pouvoir envoyer nos talents partout où on a besoin d’eux » a ainsi réclamé le patron des jeans Levi Strauss. Des états comme l’Egypte, l’Irak, le Qatar, Singapour refusent de délivrer des visas aux personnes séropositives, tandis que des restrictions existent encore en Chine ou en Russie. Les Etats-Unis ont d’ailleurs longtemps fait partie de cette liste, jusqu’à la levée de l’interdiction en 2009, ce qui permet aujourd’hui à Washington d’accueillir la 19ème conférence internationale de lutte contre le Sida après 22 ans d’absence. Un symbole fort, alors que l’Amérique est aujourd’hui le plus gros contributeur de l’aide contre le Sida (à hauteur de 48 %). Ce retour aux Etats-Unis devrait rimer plus que jamais avec une participation accrue de « stars » à la conférence. Samedi, un gala était ainsi organisé en l’honneur de Bill Gates, pour son action en faveur de l’accès aux traitements. Sharon Stone était présente lors de l’ouverture hier, tandis que Bill Clinton et Elton John sont attendus comme invités de marque. Enfin, alors que le ministre de la Santé Marisol Touraine et celui de l’enseignement supérieur et de la Recherche Geneviève Fioraso sont sur place, un message vidéo de François Hollande devrait être lu à 14h30 ce 23 juillet.



Aurélie Haroche


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