Washington, le lundi 23 juillet 2012 – Le ton très optimiste qui
devrait s’imposer tout au long de la conférence mondiale contre le
Sida qui s’est ouverte hier à Washington a beaucoup été évoqué la
semaine dernière. Les déclarations se sont en effet multipliées
pour souligner d’une part que les avancées de la recherche
permettaient d’envisager à plus ou moins longue échéance une
guérison du Sida et pour affirmer d’autre part que les traitements
actuels étaient aujourd’hui assez efficaces pour offrir la promesse
d’une disparition de l’épidémie. Pour ce faire, cependant, d’autres
stratégies devront être appliquées, en ce qui concerne notamment
l’administration du traitement. L’Organisation mondiale de la santé
(OMS) a déjà indiqué récemment que les recommandations actuelles
préconisant un placement sous anti-rétroviral lorsque le nombre de
CD4 est inférieur à 350 cellules/mm3 devraient être changées. Hier,
c’était au tour de l’International Antiviral Society-USA, un
organisme à but non lucratif, de s’inscrire dans la même lignée que
l’OMS et que le ministère américain de la santé (HHS) qui a déjà
formulé des recommandations similaires au printemps. Dans ces
nouvelles préconisations publiées dans le Journal of the American
Medical Association, il est conseillé d’administrer un traitement
antirétroviral à tous les adultes infectés par le VIH, sans
distinction du statut viral.
La crise n’amoindrit pas la générosité des pays riches
Cette prise de position jugée « ambitieuse » par le
Docteur Mélanie Thompson de l’ONG Aids Research Consortium
d’Atlanta a été adoptée en considérant que les deux obstacles
souvent soulevés pour repousser une telle stratégie ne sont pas des
arguments suffisants pour s’y opposer. La question des résistances
au traitement qui ont fortement augmenté ces dernières années
notamment en Afrique n’est ainsi pas considérée par les experts
comme suffisamment inquiétante pour justifier de renoncer à un
traitement universel. Concernant l’ampleur des fonds qui devrait
être soulevé pour atteindre cet objectif, le docteur Thompson
observe : « Je pense que c’est une question de volonté
politique, d’établir des priorités et de reconnaître que traiter le
VIH est rentable ». Tel est également le leitmotiv de
l’ONUSIDA qui dans un communiqué publié la semaine dernière insiste
: « Chaque dollar consacré à la lutte contre le sida représente
un investissement et non pas une dépense ». Dans ce cadre, les
chiffres actuels sont plutôt rassurants en dépit de la crise qui,
dit-on souvent, amoindrirait la générosité des grands pays
donateurs. En réalité, « le financement de la communauté
internationale pour la lutte contre le VIH est resté globalement
stable entre 2008 et 2011, à hauteur de 8,2 millions de
dollars ».
L’Afrique du Sud finance à 80 % sa lutte contre le sida
En outre, parallèlement à cette stabilité des contributions des
pays riches, les états pauvres et émergents ont fait un important
effort pour diminuer leur « dépendance » face à ces donations. Pour
le président de l’ONUSIDA, la plus grande participation des pays
les plus touchés à la lutte contre le VIH est d’ailleurs un des enjeux majeurs de la lutte contre le
Sida pour les prochaines années. Or, si dans certaines
régions, les fonds internationaux contribuent encore pour une très
large part à la prise en charge de la maladie, les progrès
enregistrés sont très encourageants. Ainsi, il apparaît que «
les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires ont
investi 8,6 milliards de dollars dans la riposte contre le Sida, ce
qui représente une augmentation de 11 % par rapport à 2010 ».
Dans 81 pays, la progression enregistrée au cours des cinq
dernières années a même été plus forte, atteignant 50 %. Ce
phénomène touche jusqu’aux états les plus fragiles : les dépenses
publiques consacrées au Sida ont ainsi cru de 97 % entre 2006 et
2011 en Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud). Ces progrès
sont plus spectaculaires encore dans les pays émergents. Dans les
états du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du
Sud), les sommes consacrées au Sida sont ainsi en hausse de 120 %
par rapport à 2006. Désormais ces pays « financent (…) plus de
75 % en moyenne des montants investis à l’échelle nationale dans la
lutte contre le Sida », un chiffre qui monte jusqu’à 80 % en
Afrique du Sud et en Chine.
Back to USA
L’argent, s’il est une condition essentielle pour faire encore
progresser le recul de l’épidémie, n’est cependant pas la condition
sine qua non. Toujours, la lutte contre les discriminations doit
s’imposer, afin de favoriser l’accès aux soins de tous les malades.
Sur ce point, la conférence de Washington devrait connaître à
l’instar des manifestations précédentes de nombreux appels pour
combattre toute forme de stigmatisation. Parmi les plus marquants,
on retiendra sans doute celui lancé hier par une vingtaine de
multinationales qui se sont unies pour dénoncer la persistance de
restrictions de circulation imposées aux séropositifs. Des
entreprises comme Levi Strauss, H&M, Gap, Coca-Cola, Merck ou
encore Bristol-Myers Squibb ont pris part à cet appel. « Dans
le paysage concurrentiel actuel, où les voyages d’affaires à
travers le monde, sont capitaux, nous devons pouvoir envoyer nos
talents partout où on a besoin d’eux » a ainsi réclamé le
patron des jeans Levi Strauss. Des états comme l’Egypte, l’Irak, le
Qatar, Singapour refusent de délivrer des visas aux personnes
séropositives, tandis que des restrictions existent encore en Chine
ou en Russie. Les Etats-Unis ont d’ailleurs longtemps fait partie
de cette liste, jusqu’à la levée de l’interdiction en 2009, ce qui
permet aujourd’hui à Washington d’accueillir la 19ème conférence
internationale de lutte contre le Sida après 22 ans d’absence. Un
symbole fort, alors que l’Amérique est aujourd’hui le plus gros
contributeur de l’aide contre le Sida (à hauteur de 48 %). Ce
retour aux Etats-Unis devrait rimer plus que jamais avec une
participation accrue de « stars » à la conférence. Samedi, un gala
était ainsi organisé en l’honneur de Bill Gates, pour son action en
faveur de l’accès aux traitements. Sharon Stone était présente lors
de l’ouverture hier, tandis que Bill Clinton et Elton John sont
attendus comme invités de marque. Enfin, alors que le ministre de
la Santé Marisol Touraine et celui de l’enseignement supérieur et
de la Recherche Geneviève Fioraso sont sur place, un message vidéo
de François Hollande devrait être lu à 14h30 ce 23 juillet.
Aurélie Haroche
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