Pise, le mardi 24 juillet 2012 – Le domaine de la robotique est
loin d’être la chasse gardée du Japon, des Etats-Unis (en ce qui
concerne les appareils militaires) ou encore de l’Allemagne
(particulièrement en pointe dans le domaine industriel). L’Italie
occupe elle aussi dans ce panorama une place très importante,
notamment pour la robotique médicale.
Toutes les idées sont bonnes à prendre
En dignes héritiers de Leonard de Vinci, dont ils ont parfois
utilisé le nom pour leurs créations, les chercheurs italiens se
caractérisent par une imagination sans frein et par une ingéniosité
à toute épreuve. Des qualités qui, ajoutées à une politique de
sélection des projets très souple, représentent un formidable
moteur comme le résume le recteur de l’Ecole supérieure Sant’Anna de
Pise (SSSA), Maria Chiara Carrozza : « Chez nous,
il est possible d’innover. Quiconque a un projet reçoit de l’aide,
les idées ne sont pas entravées. Nous parions sur les individus et
nous considérons nos professeurs comme des actionnaires,
dépositaires de la philosophie de Sant’Anna ». Cet état
d’esprit et cette organisation très libérale se retrouvent dans la
structuration de la SSSA. Cette dernière est en effet composée de
six instituts de recherche, ainsi que de sociétés dites « spin-off
», le tout étant abrité par ce que l’on nomme la Silicon valley
italienne, le long de l’Arno. Ce fonctionnement semble porter ses
fruits : ouvrant il y a quelques jours les portes de son domaine,
Paolo Dario, directeur de l’Institut de bio-robotique de la SSSA a
pu rendre compte des très nombreux projets portés par ses
chercheurs.
Une main bionique alimentée par deux batteries de téléphone
portable
Parmi les plus marquants, on retiendra notamment la mise au
point par l’équipe du professeur Marco Controzzi d’une main
bionique commandée par le cerveau. Dès mars 2011, les avancées du
programme SmartHand avaient été dévoilées. La nouvelle main
robotique élaborée par les chercheurs italiens, équipée de quatre
moteurs et d’une quarantaine de microcapteurs doit permettre aux
patients amputés d’écrire, de mélanger et même de verser de l’eau.
Si les premiers essais se sont révélés très encourageants, les
perfectionnements actuels consistent à la rendre plus légère et
plus autonome. Marco Controzzi souhaite ainsi qu’elle puisse être
alimentée par l’équivalent de deux batteries de téléphone
portable.
Dutscart : la guerre des ordures
Autre prototype très prometteur : un exosquelette capable de
soulever objets et pans de murs lourds et volumineux. Grâce à cette
« armure » créée par l’équipe de Marco Fontana, qui se fixe par des
sangles, la force de celui qui la porte est multipliée par vingt. «
L’idée est d’utiliser ce genre d’instrument par les secouristes
en cas de catastrophe, comme des tremblements de terre »
explique l’ingénieur. A côté de ces prototypes déjà très élaborés,
de nombreux autres robots sont nés des laboratoires de la SSSA.
Dustcart qui ressemble à s’y méprendre au petit R2-D2 de la guerre
des étoiles facilite le ramassage des ordures. S’il effectue
parfaitement sa tâche, quelques problèmes techniques et juridiques
restent à régler. « Nous l’avons testé pendant deux mois avec
quinze familles (…). Tout a bien fonctionné mais il y a encore des
problèmes à résoudre. D’abord, il est lent (…). Ensuite, légalement
il ne peut pas circuler sur la route car il n’y a pas encore
d’assurance possible pour ce genre de robot en cas d’accident
» note Pericle Salvini.
On citera enfin Sabian, robot à tête d’humanoïde capable de
programmer grâce à plusieurs ordinateurs et logiciels intégrés un
parcours à réaliser en tenant compte des obstacles, un programme
qui pourrait se révéler très utile pour certaines personnes
handicapées. Enfin, on n’oubliera pas que c’est également à Pise,
dans le centre de chirurgie robotique multidisciplinaire qu’ont été
conçus les robots Da Vinci, désormais devenus indispensables dans
de nombreux blocs opératoires.
Aurélie Haroche
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