Publicité sur les vaccins : pas de feu vert à l’industrie

Paris, le jeudi 26 juillet 2012 – Le fiasco de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) ou encore l’épidémie de rougeole qui sévit dans notre pays depuis plusieurs années en témoigne : il existe en France un courant de défiance vis-à-vis des vaccins qui dépasse les discours sectaires de quelques groupes très minoritaires. C’est ainsi notamment que l’on trouve une très forte adhésion à certaines idées reçues de plus en plus largement véhiculées sur internet qui si elles ne remettent pas directement en cause l’innocuité des vaccins favorisent les réticences. Face à cette tendance, certains voudraient croire à l’efficacité des piqûres de rappel, sous forme de publicité. La promotion de la vaccination contre telle ou telle pathologie à travers des spots télévisés ou radiophoniques devrait de fait en théorie permettre de toucher un large public et inverser une tendance délétère.

Un sujet piquant

Peut-être, mais tout dépend du promoteur de ces campagnes répond en substance dans un avis récemment mis en ligne le Haut conseil de la santé publique (HCSP). Au lendemain de la promulgation de la loi du 29 décembre 2011 qui prévoit que des « campagnes publicitaires non institutionnelles auprès du public pour des vaccins soumis à prescriptions médicales ou remboursables ne sont autorisés que s’ils figurent sur une liste de vaccins établie (…) par arrêté après avis du HCSP », le gouvernement a donc interrogé le haut conseil pour qu’il rende ledit avis. La réponse des membres du conseil n’était guère difficile à concevoir. Déjà, en octobre 2008, au sujet d’opérations promotionnelles concernant la vaccination contre le papillomavirus, le HCSP avait regretté que « les firmes productrices de vaccin soient autorisés à faire des publicités télévisuelles et radiodiffusées pour le grand public ». Trois ans plus tard, il confirmait sa position dans une lettre adressée au Directeur général de la Santé (DGS). En 2012, le sentiment des membres du haut conseil ne s’est pas modifié : il considère (contrairement à ce que propose la loi) qu’il n’a pas lieu d’établir de listes de vaccins pouvant faire l’objet de campagne non institutionnelle. Par ailleurs, il invite encore une fois à mettre en place des « procédures permettant des actions de communication indépendantes des firmes ».

Climat de défiance (entretenu ?)

Pourquoi une telle hostilité à l’égard des programmes de communication élaborés par les firmes ? Pour le HCSP en raison principalement du discrédit dont sont l’objet aujourd’hui les laboratoires pharmaceutiques, discrédit qui risque très fortement d’altérer la portée du message diffusé. De fait, la défiance des populations à l’égard des vaccins se double (voire même est favorisée) par les réticences qu’elles nourrissent souvent de façon croissante à l’égard de l’industrie pharmaceutique. Pour étayer son argumentation, le HSCP cite une étude menée aux Etats-Unis dont les résultats ont été publiés en janvier et qui concernaient la vaccination contre le papillomavirus des jeunes garçons. Quelques 544 parents d’enfants d’adolescents ont été invités à regarder quatre messages publicitaires faisant la promotion de cette vaccination : le premier était placé sous l’égide d’une firme pharmaceutique, le second sous l’autorité des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), le troisième était présenté par une association de lutte contre le cancer et le dernier ne comportait pas de logo. Résultat : les annonces jugées le plus crédibles étaient celles où n’apparaissait pas la présence du laboratoire. Ces résultats ainsi que plusieurs autres conclusions d’études témoignant de la mauvaise image de l’industrie auprès du grand public incitent donc le HSCP à déconseiller la diffusion de campagnes réalisées par les laboratoires. En espérant que les pouvoirs publics ne soient pas eux aussi l’objet d’un désaveu similaire (et qu’ils aient des moyens équivalents pour une vaste promotion !). Il s’agit d’une position on le voit fermement défendue en dépit du risque de conforter chez quelques esprits parmi les plus pernicieux la conviction qu’il existe bel et bien des raisons de se méfier des firmes.

Aurélie Haroche

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