Washington, le vendredi 27 juillet 2012 – La 19ème conférence
mondiale contre le Sida qui se tient à Washington depuis le début
de la semaine jusqu’à aujourd’hui a été comme souvent marquée par
de nombreux discours politiques. Une part très importante de cette
manifestation est bien sûr également consacrée à la recherche comme
l’a rappelé hier la présentation de trois études jugées
essentielles pour la meilleure compréhension du VIH et la mise au
point dans l’avenir de traitements véritablement curatifs du
Sida.
La cohorte Visconti, du grand art
Evoqué depuis plusieurs jours, l’intérêt de la cohorte Visconti
(Viro-Immunogicial Studiens in CONtrollers after teratment
Interruption) a enfin été exposé plus en détail. Les douze patients
inclus dans ce groupe sont des séropositifs français placés sous
antirétroviraux très rapidement après leur infection (8 à 10
semaines). Cette prise en charge a duré trois ans, avant d’être
suspendue. Pendant les six années qui ont suivi et jusqu’à
aujourd’hui, ces malades sont parvenus à maîtriser l’infection, de
la même manière que les patients porteurs de la mutation dite CCR5
qui permet de « contrôler » la maladie. « Ces patients de la
cohorte de Visconti ont des caractéristiques immunologiques et une
capacité à contrôler le VIH qui sont exceptionnelles et
représentent vraiment un groupe très prometteur pour trouver un
moyen de contrôler l'infection chez des séropositifs » a commenté
l’un des principaux auteurs de l’étude, le docteur Azier
Saez-Cirion de l'Institut Pasteur.
Timothy Brown fait des petits (sans mutation génétique)
Autre observation qui suscite le plus grand intérêt des
chercheurs : celle concernant deux patients séropositifs ayant reçu
une greffe de moelle osseuse pour traiter une leucémie. Ces deux
malades n’ont présenté aucun signe d’infection par le VIH depuis
l’intervention (recul de 8 et 17 mois). Cependant, à la différence
du premier cas très médiatisé de Timothy Brown, la moelle osseuse
transplantée ne provenait pas d’un donneur porteur de la mutation
CCR5. Ce qui a contribué à la possible « guérison » des deux
patients est le fait qu’ils ont continués à être traités par des
antirétroviraux pendant la greffe, ce qui a permis d’éviter que les
cellules du donneur ne soient infectées et aux patients de «
développer une nouvelle immunité » a expliqué le Docteur
Daniel Kuritzkes, professeur de médecine à l'hôpital Brigham and
Women à Boston.
Le vorinostat traque le VIH
Enfin derniers travaux ayant soulevé hier un grand enthousiasme
: l’utilisation prometteuse chez huit séropositifs d’un traitement
indiqué dans les lymphomes cutanés à cellules T, le vorinostat
(inhibiteur des histones déacétylases). Publiés dans la revue
Nature par l’équipe du docteur David Margolis de l’Université de
Caroline du Nord, les résultats obtenus montrent comment ce
traitement parvient à cibler le VIH existant à l’état latent dans
les cellules du système immunitaire. Autant de travaux qui
soulignent qu’une guérison du Sida demeure toujours un objectif
raisonnable à poursuivre, même si tous les chercheurs présents à
Washington admettent que le chemin sera encore long.
Illustration : Activiste anti-sida manifestant devant la maison
blanche en marge de la 19eme International AIDS Conference
Aurélie Haroche
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