Londres, le mardi 7 août 2012 – La piscine olympique de Londres,
son vélodrome et depuis quelques jours son stade n’ont plus de
secret pour personne. Les passionnés de sport ont en effet pu
découvrir toutes les installations et toutes les innovations au fil
des premières compétitions. Mais il est une autre structure
incontournable au cœur du village olympique : la polyclinique.
L’établissement a lui aussi fait l’objet d’une large présentation
médiatique à travers notamment une vidéo virtuelle proposée par GE
Healthcare où l’on peut découvrir l’ensemble des équipements mis à
la disposition des 22 000 athlètes participant aux Jeux Olympiques
et Paralympiques. Rien ne manque : de l’imagerie par résonance
magnétique (IRM) à la tomographie assistée par ordinateur (TAO) en
passant par l’échographie par ultrasons, les rayons X, sans oublier
les incroyables électrocardiogrammes et autres défibrillateurs.
La cardiologie : discipline olympique !
La cardiologie est de fait une des disciplines les plus
sollicitées durant la compétition. De nombreuses équipes ne s’y
trompent d’ailleurs pas : certaines délégations comptent en leur
sein un voire plusieurs cardiologues. Cependant, en cas de
symptômes évocateurs, les athlètes concernés doivent d’abord être
vus par les praticiens de la polyclinique. Il faut dire que
l’équipe chapeautée par le cardiologue Sanjay Sharma (St George’s
Hospital de Londres) bénéficie de tous les moyens nécessaires pour
diagnostiquer la plupart des pathologies. Cependant, le traitement
des cas les plus urgents et complexes se fait au London Chest
Hospital ou à l’University College Hospital après le transfert des
patients. Néanmoins, la polyclinique dispose bien évidemment de
plusieurs défibrillateurs, tandis que de nombreux appareils sont
installés aux abords de tous les stades.
Certains sports à plus hauts risques
La mort subite reste de fait la plus grande inquiétude des
équipes médicales. Le docteur Sanjay Sharma qui n’est pas parvenu à
réanimer au mois de mai dernier une jeune femme de 32 ans, Claire
Squires, qui s’était effondrée durant le marathon londonien,
ressent de façon d’autant plus vive cette crainte. S’il sait que
ces accidents gravissimes sont rares, il n’oublie pas que nombreux
sont les athlètes présentant des prédispositions. « Notre
expérience montre qu’environ un athlète sur cent souffre d’une
disposition congénitale pouvant potentiellement entraîner des
complications vers le milieu de la vie (…). Et un sur trois cent
présente des dispositions capables de tuer soudainement.
Malheureusement, seulement 20 % des sportifs souffrant de telles
prédispositions présentent des symptômes annonciateurs. La mort
subite est souvent la première des manifestations » remarque
interrogé par le site The Heart, Sanjay Sharma. A ces
prédispositions, s’ajoutent des spécificités en fonction des
disciplines sportives. Ainsi, alors que de nombreuses études ont
permis d’évaluer le risque de mort subite chez les athlètes à 1 sur
50 000, le Docteur Robert McCormack (University of British
Columbia, Vancouver) directeur médical de la délégation canadienne
à Londres affirme que chez les joueurs de basket-ball, le risque
est supérieur à 1/50 000. « Les sportifs de haut niveau, dans
certains sports, tels que le basket-ball, la natation ou le
football ont tendance à présenter un risque accru »
affirme-t-il. Chaque sport en outre n’expose pas aux mêmes dangers
: la rupture de la plaque d’athérome est ainsi plus souvent
redoutée chez les coureurs de fond s’entraînant dans des conditions
extrêmes, tandis que les oedèmes pulmonaires guetteraient plus
fortement les nageurs.
ECG or not ECG, telle est la question ?
Face à ces risques plutôt bien identifiés, la prévention semble
incontournable. Cependant, dans ce domaine, les instances
internationales tardent à harmoniser leurs recommandations. Le
comité international olympique conseille sans l’imposer
l’évaluation du risque de mort subite chez les athlètes concourant,
ces tests devant notamment inclure dans l’idéal la réalisation d’un
ECG. Cette prescription n’est cependant pas partout suivie d’effet.
Ainsi, l’American Heart Association (AHA), l’American College of
Cardiology (ACC), la Canadian Heart and Stroke Foundation et la
Canadian Academy of Sport and Expertise Medicine ne recommandent
pas le recours à l’ECG et se contentent de préconiser un examen
physique et un interrogatoire sur les antécédents familiaux du
patient. Le coût, l’accessibilité et le risque de faux positif
inhérent aux ECG sont les explications les plus souvent avancées
pour justifier la réticence des autorités nord-américaines à le
recommander. Mais le docteur Robert Mc Cormack, favorable à une
généralisation de l’ECG dans ces tests d’évaluation, voit une autre
raison. Beaucoup refusent en effet de reconnaître que le risque de
mort subite puisse être aussi élevé que le suggèrent les résultats
des quelques rares pays, dont l’Italie, qui ont fait du recours à
l’ECG une obligation (un sur 50 000). Au-delà de ces divergences
statistiques, il est en tout état de cause certain qu’une
évaluation précise du risque de chaque athlète permet de déceler
des malformations contre-indiquant fortement la pratique du sport à
un haut niveau. Sanjay Sharma a ainsi examiné quelque 1 000
candidats britanniques aux Jeux Olympiques et décelé chez deux
d’entre eux un syndrome de Wolff Parkinson White.
Aurélie Haroche
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