Paris, le vendredi 10 août 2012 – Retour sur l’affaire des
chemises d’hôpital qui découvrent les fesses ou comment une note
postée sur un blog au cœur de l’été prend une ampleur nationale et
devient l’un des principaux sujets du mois d’août. Tout a commencé
par le témoignage d’une kinésithérapeute, qui sur son blog, s’est
émue de constater que nombre de patients dans les hôpitaux doivent
encore arborer ces chemises qui se ferment dans le dos à l’aide de
boutons pressions et qui trop courtes dans la majorité des cas
laissent au moindre mouvement deviner les fesses de celui ou celle
qui la porte. Ce message n’était qu’une des énièmes manifestations
d’indignation de professionnels de santé sur ce sujet. Pour
l’auteur du blog Farfadoc, médecin généraliste, le billet de
Leya_MK fut cependant décisif, elle décida de lancer une pétition,
assortie de nombreuses références (et notamment l’évocation
d’études suggérant l’importance du malaise provoqué par ces tenues
chez les patients).
7 000 signatures en quinze jours
Cette action en faveur « de chemises d’hôpital respectant la
pudeur et la dignité des patients » a rencontré un écho totalement
insoupçonnable. D’une part en quinze jours, la pétition a recueilli
pas moins de 7 000 signatures. Mais surtout, l’affaire a interpellé
jusqu’au ministre de la Santé, elle-même. Marisol Touraine a en
effet écrit personnellement à l’auteur du blog Farfadoc pour lui
faire part de son soutien. « Les situations très concrètes évoquées
sur vos blogs décrivent parfaitement la gêne, pouvant parfois aller
jusqu’à l’humiliation, qui peut être celle des patients, âgés ou
non, dans de telles circonstances. Il y a va tout simplement de la
dignité de la personne » a ainsi remarqué le ministre dans un texte
relayé sur Twitter par Farfadoc et dont le ministère a confirmé la
véracité. « Je partage le sentiment qui est le vôtre, à savoir que
l’intimité de la personne doit être respectée dans l’ensemble du
processus de soins, sans toutefois que ce respect perturbe la
pratique des personnels soignants » a-t-elle ajouté avant de
promettre que les services concernés du ministère avaient été
sollicités et que des propositions étaient attendues au retour des
vacances.
Tenue correcte exigée
Cette intervention du ministre témoigne de l’influence
aujourd’hui décisive des réseaux sociaux. Elle pourrait cependant
par ailleurs raviver la polémique créée par cette pétition. Car si
beaucoup semblent s’être retrouvés dans les descriptions de
Farfadoc et ses confrères blogueurs, d’autres n’ont pas partagé
cette vision des choses. Certains tout d’abord ont fait valoir que
la chemise impudique était aujourd’hui une tenue révolue dans la
plupart des hôpitaux, où les patients, du reste, portent souvent
les vêtements qu’ils ont apportés. Pour en avoir le coeur net,
Farfadoc a lancé sur son site une enquête auprès des praticiens,
des patients ou des visiteurs. Pour l’heure un peu moins de 500
personnes ont répondu. Il apparaît que la chemise ouverte est très
majoritairement le vêtement proposé (ce qui ne veut pas dire
qu’elle soit portée par tous les patients, certains notent que ces
derniers peuvent utiliser leurs affaires personnelles). Si bien
sûr, l’enquête ne répond probablement pas à toutes les exigences de
rigueur, il n’en reste pas moins que ces premiers résultats
confirment que cette pratique est loin d’être devenue marginale.
Autre critique : aussi impudiques soient-elles ces chemises sont
nettement plus pratiques pour la réalisation de certains soins. Une
infirmière sur Twitter n’a ainsi pas hésité à se révolter : « Vous
savez ce que c’est d’ôter un pyjama à un patient en arrêt ? Non,
alors fermez là », a-t-elle lancé. Des réticences auxquelles
Farfadoc répond en soulignant que les alternatives existant dans
d’autres pays telle la Grande-Bretagne et le Canada offrent elles
aussi des ouvertures faciles et la possibilité d’un déshabillage
rapide.
Aurélie Haroche
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