Une étude publiée dans la revue Pratiques et organisation des
soins s'est penchée sur le profil des plus gros prescripteurs
d'antibiotiques en Alsace entre juillet 2008 et avril 2010. Au
total, sur cette période, plus de 2,8 millions de prescriptions
d’antibiotiques ont été enregistrées dans la région, dont 87,1 %
émanaient de médecins généralistes. L’étude menée par la Direction
régionale du service médical d'Alsace-Moselle a choisi de se
concentrer sur ces praticiens en particulier.
Les enquêteurs ont constaté que la moitié des généralistes
étaient responsables de 86,7 % des prescriptions d'antibiotiques.
Ils ont identifié quatre profils distincts de prescripteurs.
Le groupe de généralistes qui prescrivent le plus
d'antibiotiques est composé de professionnels installés depuis plus
longtemps que les autres, ayant un nombre de consultations et de
visites plus élevé que la moyenne, ce qui entraîne logiquement un
niveau de prescription global plus important.
Le deuxième groupe, un peu moins ancien, prescrit également plus
d'antibiotiques mais opte plus rarement pour les pénicillines, qui
représentent pourtant la classe de médicaments la plus utilisée,
notamment en première intention.
Les deux groupes de généralistes qui prescrivent le moins (et
notamment moins de quinolones et de macrolides) sont constitués de
médecins installés depuis moins longtemps en moyenne, ayant un
nombre de consultations et de visites moins important, et ayant
dans leur patientèle plus d'enfants, de patients en affection de
longue durée (ALD) et de patients bénéficiaires de la couverture
maladie universelle (CMU).
Bien que les auteurs de l’étude n’aient pas eu à leur
disposition les données permettant d’identifier les pathologies
traitées par antibiotiques et ainsi d’évaluer la pertinence des
prescriptions, ils établissent plusieurs hypothèses.
La première est que les médecins plus jeunes, qui « paraissent
prescrire de façon plus adaptée », ont une « formation initiale
plus récente et peut-être une sensibilisation plus importante aux
plans gouvernementaux et aux campagnes de la Caisse nationale
d'assurance maladie des travailleurs salariés ».
Devant faire face à moins de consultations et de visites, ces
praticiens consacrent plus de temps à chaque patient, ce qui «
pourrait permettre de mieux orienter les diagnostics, mais surtout
fournir davantage d'explications aux patients, de mieux les
sensibiliser sur le mésusage des antibiotiques ».
L’étude relève des comportements atypiques : ainsi, paradoxalement,
les plus gros prescripteurs d'antibiotiques sont aussi ceux qui
commandent le plus de tests de diagnostic rapide de l'angine, alors
même que ces tests sont censés inciter à diminuer les prescriptions
d'antibiotiques inutiles.
L’étude conclut que « l'ancienneté du médecin est un des
facteurs qui interfère dans les habitudes de prescription, tant
d'un point des vue quantitatif que qualitatif ». Elle souhaite que
la caractérisation des comportements et usages professionnels
puisse aider à « déterminer des stratégies d'action personnalisées
» par l’Assurance Maladie.
Amandine Ceccaldi
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