Paris, le mardi 4 septembre 2012 – En 2009, la Haute autorité de
Santé (HAS) publiait un rapport d’évaluation de la politique du
dépistage du VIH en France. Elle y rappelait la part importante de
patients découvrant leur séropositivité à un stade déjà avancé. «
En 2007, une étude a révélé que 37 % des patients traités pour
un VIH débutaient les soins à un stade tardif » relevait le
professeur Yazdan Yazdanpanah, spécialiste des maladies
infectieuses au CHU de Tourcoing et membre du groupe de travail de
la HAS. Par ailleurs, l’institution notait qu’environ 40 000
séropositifs s’ignoreraient en France.
Ces différentes données paraissaient mettre en évidence les
failles de l’organisation du dépistage. Aussi, plusieurs
propositions avaient été formulées parmi lesquelles une plus grande
systématisation de la proposition du dépistage et une
diversification de l’offre de tests. La HAS se montrait ainsi
favorable à une plus grande utilisation des tests rapides et à leur
diffusion dans un cadre extérieur à la sphère médicale et
hospitalière.
La grande majorité des suggestions de la HAS ont depuis été
reprises dans le nouveau plan Sida 2010-2014 et c’est ainsi
notamment que l’on a vu se multiplier les initiatives consistant à
proposer la réalisation d’un dépistage rapide dans un cadre
associatif. Une étape supplémentaire n’a cependant pas été franchie
: la possibilité de réaliser seul, chez soi, un test salivaire n’a
toujours pas été envisagée en France.
Un choc
Un test buccal qui livre ses résultats en vingt minutes, sous la
forme d’une bande violette apparaissant ou non dans la fenêtre de
lecture est en effet autorisé depuis 2009 en Grande-Bretagne et
vient d’être définitivement approuvé aux Etats-Unis par la FDA. En
France, cependant, la demande d’autorisation de ce test avait été
repoussée il y a quelques années. Aujourd’hui, la position des
autorités politiques paraît moins définitive, mais demeure emprunte
de grandes réticences. Ainsi, au début du mois d’août, le ministre
de la Santé, Marisol Touraine, tout en se disant prête à étudier de
nouveau le dossier (le
Comité consultatif nationale d’éthique et le Conseil national du
Sida ont été saisis), énumérait principalement les inconvénients
d’un tel système. « Cela peut être un choc d’apprendre sa
séropositivité seul chez soi » remarquait-elle avant
d’insister sur le fait que sa « volonté c'est que les malades
puissent être accompagnés » lors du dépistage.
Des résultats sans appel en faveur de l’autotest
Cette position très timorée du ministre de la Santé est très
loin d’être partagée par les professionnels de santé qui paraissent
très majoritairement favorables à la diffusion d’un tel test. Le
sondage réalisé sur jim.fr du 9 août au 3 septembre révèle en effet
que 78 % des professionnels de santé accueilleraient de façon
positive la commercialisation dans notre pays d’un autotest
salivaire de dépistage du VIH.
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Sondage réalisé du 9 août au 3 septembre
auprès de 420 professionnels de santé internautes
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Ils ne sont que 19 % à s’y montrer hostiles, tandis qu’un
pourcent des personnes ayant répondu estiment difficile de se
prononcer (s’interrogeant peut-être sur la légère différence de
fiabilité entre ce type de tests et les analyses sanguines
traditionnelles).
Mieux vaut toujours une bonne nouvelle
Ces résultats sans appel confirment que les professionnels de
santé ne considéreraient pas comme un danger la possibilité pour
les patients de découvrir seuls leur séropositivité, mais préfèrent
au contraire ne retenir que les atouts de tels dispositifs qui
viennent élargir l’offre de dépistage. De fait, certaines enquêtes
ont déjà pu montrer comment l’organisation classique du dépistage
pouvait être vécue par certains sujets comme une véritable entrave,
tandis que des critiques ont pu être émises à l’égard des
rencontres pré et posts tests. Une enquête menée par Sida Info
Service du 15 juin au 26 juillet 2010 avait apporté en la matière
des éléments de réflexion intéressants. Ce sondage réalisé par
internet auprès de 1 357 personnes (et qui était marqué par une
légère sur représentation des homosexuels par rapport à la
population générale) s’intéressait entre autres aux raisons
invoquées par ceux et celles refusant de réaliser un test de
dépistage. Il apparaissait que 13,6 % des sondés affirmaient ne pas
connaître les démarches à réaliser et 7,6 % les jugeaient
contraignantes. L’enquête mettait par ailleurs en évidence le fait
qu’une majorité des personnes interrogées se montraient séduites
par la simplification des démarches et la discrétion assurées par
les tests de dépistage à résultat rapide, qui venaient à l’époque
d’être autorisés en France. Les auteurs de l’enquête avaient pu
observer sur ce point que : « le counselling pré et post test
est parfois mal vécu. Le fait de parler de sexualité n’est pas
chose facile et dépend également de l’expert menant la discussion.
Cette conversation pré et post test peut constituer un véritable
frein au dépistage ». Cependant, a contrario, Sida Info
Service observe que « les témoignages montrent que les
participants apprécieraient les autotests… particulièrement en cas
de résultat négatif ».
Aurélie Haroche
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