Paris, le vendredi 7 septembre 2012 – L’Europe occidentale voit
depuis plusieurs semaines se multiplier les manifestations de
médecins et de professionnels de santé. Dans les pays les plus
durement touchés par la crise, les praticiens sont en effet souvent
devenus les fers de lance de la contestation en dénonçant les
conséquences fortement dommageables des politiques d’austérité et
des coupes drastiques dans les dépenses de santé. C’est ainsi que
l’on a vu tout l’été et encore très récemment défiler sur le pavé
madrilène des médecins espagnols refusant les nouvelles
prescriptions du gouvernement qui entre autres a mis fin à la
gratuité des soins pour les sans papiers.
Crise humanitaire en Grèce
Les praticiens grecs avaient précédé depuis longtemps leurs
confrères ibériques dans cette entreprise de contestation. Mais à
Athènes, il ne s’agit pas de défendre uniquement les étrangers,
mais l’ensemble de la population. Il faut dire que le pays voit se
succéder les coupes sombres dans le budget de la santé (il a
diminué de 25 % depuis 2009), tandis que la couverture universelle
et gratuite a été totalement supprimée. Autant de bouleversements
qui laissent aujourd’hui la médecine et la population grecque « au
bord d’une crise humanitaire » affirme aujourd’hui un collectif
formé de médecins et de patients. Si leurs inquiétudes sont
aujourd’hui renforcées c’est en raison du projet du gouvernement de
réaliser 1,4 milliard d’euros d’économies supplémentaires dans les
hôpitaux et les centres de santé, alors que depuis plusieurs
semaines, les pénuries de médicament, liées à de trop nombreuses
factures de laboratoires impayées, se multiplient.
Opération ordonnances propres à Rome
A des milliers de kilomètres, d’Athènes, une autre ville
fondatrice de notre civilisation bruisse depuis quelques heures de
la colère des médecins, des infirmiers et des pharmaciens. A Rome,
les blouses blanches sont dans la rue, récusant une grande partie
des mesures adoptées par le gouvernement Monti cette semaine.
Beaucoup touchent au cœur l’exercice quotidien des praticiens qui
par exemple ne pourront plus à partir de l’année prochaine
travailler conjointement dans un cabinet de ville et dans une
clinique. Par ce dispositif, le gouvernement souhaite mettre fin à
de nombreuses fraudes. Dans le même esprit, il sera prochainement
interdit de régler ses consultations en espèce ou de rédiger ses
ordonnances à la main. Enfin, comme partout, les restrictions
budgétaires promettent d’être très élevées : dix milliards d’euros
devront être économisés d’ici 2014.
Privatisations tous azimuts en Allemagne
Enfin, il n’est pas que les pays fortement frappés par la crise
économique qui voient leurs professionnels de santé monter au
créneau. L’Allemagne est également confrontée au blues de ses
blouses blanches. En ligne de mire : les conséquences de la
privatisation à marche forcée de l’offre de soins hospitaliers
depuis quelques années. Nombre de praticiens germaniques affirment
en effet que cette tendance accroît une pression difficilement
supportable sur la gestion des soins, potentiellement dommageable
pour la qualité de la prise en charge des malades.
Aurélie Haroche
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